Bilan

L’art d’ériger des villas de rêve

Le Genevois d’adoption Olivier Dain a créé à saint-Barthélemy un bureau d’architecture devenu leader sur son marché. Ses constructions attirent une clientèle aisée à la recherche d’exclusivité. Rencontre.
  • Olivier Dain s’est d’abord lancé comme promoteur, tout en mettant ses villas en location à la semaine.

    Crédits: Xavier Merchet-Thau
  • Villa Wings: l’architecture s’efface devant le spectacle de la nature.

    Crédits: Dr
  • Réaliser une résidence luxueuse à Saint-Barth est possible dès  6 millions de francs.

    Crédits: Dr
  • Villa BHW: Ouverte à la location, elle a été conçue par l’agence cocréée par Olivier Dain. 

    Crédits: Dr

Avant de dominer le marché des maisons haut de gamme sur le petit paradis de Saint-Barthélemy, Olivier Dain a eu plusieurs vies: pilote de chasse de l’armée de l’air française dans un prestigieux escadron ayant pour mission principale la frappe nucléaire, puis dirigeant d’un groupe de grande distribution aux Antilles, avant de se lancer en 1995 dans la construction et la décoration de villas à Saint-Barth, secondé par son épouse Delphine. 

«A l’époque, le mètre carré valait 10 francs français. Aujourd’hui, le moins cher (c’est-à-dire sans la vue sur l’océan) se négocie à 1000 euros. A l’autre extrême, dans la capitale Gustavia et à Flamand, on atteint 6000 à 7000 euros le mètre carré, voire parfois davantage. Personne n’aurait pu imaginer l’essor que cela allait prendre», confie Olivier Dain, lequel a fondé le bureau d’études techniques ODP en 1999 en s’associant avec Hugues Bousquet. 

Aujourd’hui, avec son équipe d’une douzaine de spécialistes, ODP se retrouve leader sur le marché du luxe avec 18 réalisations en cours sur une quarantaine de constructions haut de gamme. «Trouver des terrains devient extrêmement compliqué. Aujourd’hui, plus aucun jeune de Saint-Barth ne peut plus rien acheter. Les propriétaires de terrain veulent vendre en encaissant la marge du promoteur», témoigne cet entrepreneur établi depuis plusieurs années sur la rive gauche genevoise.

Olivier Dain a commencé en tant que promoteur, en mettant ensuite ses villas en location à la semaine via le spécialiste Wimco (qui gère un parc de près de 400 maisons). Avant de les vendre quand un client manifestait son intérêt. «A l’époque, tout le monde se fichait de la décoration, car les maisons étaient mises en location en permanence. Tout le mobilier était en plastique. Et le budget consacré à l’électricité, par exemple, était minimal. Nous avons été les premiers à réaliser des maisons comme si nous allions y habiter nous-mêmes.»

Le changement a été radical. Ainsi, le budget électricité a été multiplié par quatre. «Nous avons mis des belles gravures avec des encadrements de qualité sur les murs afin de rendre ces demeures beaucoup plus attrayantes. Mais ce n’est qu’un exemple anecdotique.» Il faisait alors deux maisons par année. 

Depuis lors, deux changements majeurs sont intervenus à Saint-Barth: la demande a considérablement augmenté, surtout de la part de clients toujours plus riches; et les prestations proposées ont, elles aussi, pris l’ascenseur (avec, par exemple, à l’initiative de Wimco, un système de concierge dédié à la maison mise en location qui va s’occuper de tout: soins, repas, sports, sorties, etc.). La clientèle vient de loin, même si les Asiatiques, les Africains et les ressortissants du Moyen-Orient sont absents. La très grande majorité des maisons sont faites en béton coulé, puis habillées de bois.

«Nous dessinons des maisons que nous faisons réaliser par des artisans à Bali. Puis elles sont démontées, numérotées et ensuite livrées par conteneur à Gustavia, avant d’être remontées.» Aujourd’hui, le rythme est plutôt d’une douzaine de projets en parallèle. De plus, en ce moment, ODP œuvre sur un projet de construction d’un hôtel 5 étoiles à Flamand, à côté de l’Hôtel Cheval-Blanc du groupe LVMH.

Le bureau fonctionne soit comme promoteur de A à Z, mais cela lui arrive de moins en moins faute de temps et de terrains disponibles, soit en agissant comme agence pour un client. «Nous élaborons l’ensemble du projet et lui facturons des honoraires. Le processus est transparent.»

La clientèle ne se contente plus d’une vue magnifique, d’une piscine à débordement et de vastes espaces lumineux. Elle réclame aussi une salle de projection, un fitness et une piscine chauffée, même si l’eau ne descend jamais en dessous de 25° à Saint-Barth. Aujourd’hui, le ticket d’entrée sur l’île pour réaliser une résidence luxueuse est à 6 millions de francs (ce qui représente 4 à 6 chambres), soit environ 3 millions pour un terrain de 1000 m2 et 3 autres millions pour la maison elle-même. 

D’excellentes affaires

Parmi les réalisations récentes d’ODP, citons la villa Wings, baptisée ainsi pour sa toiture en forme d’ailes. Le propriétaire, Jean-Noël Machon, a témoigné de sa satisfaction dans un magazine local: «Je suis tombé amoureux de ce remarquable terrain, tout en pente douce, sur les hauteurs de la baie de Saint-Jean. Terrain et panorama exceptionnels, mais il a fallu beaucoup de patience et d’habileté pour négocier les écueils qui guettent un projet d’architecture contemporaine aussi original, du permis de construire aux finitions.» 

C’était déjà la deuxième expérience de Jean-Noël Machon avec ODP. Il avait démarré avec la restauration d’une propriété acquise à Camaruche qui l’avait comblé. Avec Wings, l’architecte a réussi le pari de faire oublier la nature urbaine d’une construction, pour laisser la vedette à la situation. L’agence Home by ODP, créée en partenariat avec Nicolas Gessat, a conçu pour sa part des éléments d’aménagement, telle une table suspendue. Cette maison est mise en location par l’entremise de Wimco (sous le nom de WIN), tout comme deux autres maisons conçues par ODP: la villa ROX à Gustavia et la villa BHW à Colombier. Olivier Dain reconnaît avoir réussi d’excellentes affaires. 

Avec Vincent Allioux-Le Bourvelec, dirigeant de Viadim, une société indépendante de conseil en immobilier, ils ont mis au point SB Valor. Son but est d’offrir l’opportunité à un nombre restreint d’investisseurs de participer conjointement à la réalisation d’une villa de luxe, cela en les associant dans une société dédiée. L’idée est la suivante: SB Valor achète un terrain ou un terrain d’habitation existant afin d’y construire une villa de prestige en vue de sa revente.

Dans l’attente de cette revente, la villa est mise en location saisonnière, étant précisé que chaque associé aura la possibilité de jouir personnellement de celle-ci durant une période minimale d’une semaine par an. Voilà une alternative proposée pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas consacrer plusieurs millions de francs pour accéder au marché de l’immobilier de luxe à Saint-Barth.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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