Bilan

L'aéromodélisme, une passion dévorante

L’aéromodélisme est un hobby populaire en Suisse romande. Apprécier tous ses attraits exige du temps, de l’expérience et des connaissances techniques.
  • Un moment fort: faire voler la maquette que l’aéromodéliste a construit durant des heures.

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  • Il existe pas moins de cinq clubs d’aéromodélisme dans le canton de Genève.

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Flâner yeux au plafond dans un magasin de modélisme, comme par exemple Technic-Hobby au Grand-Lancy (GE), a l’effet d’une machine à remonter le temps pour un homme mûr. Les magnifiques maquettes d’avion, comme suspendues en plein vol, rappellent des souvenirs d’enfance quand, enfant, on assemblait de petits avions en bois, ou en plastique, les peignait puis y appliquait des décalques afin que la maquette ressemble au plus près à l’original.

Sauf qu’ici, comme l’indique Benjamin Modoux, propriétaire du magasin, «il ne s’agit pas de jouets». Les F4-U Corsaire, P51 Mustang ou Rafale exposés, assemblés et peints, mesurant chacun plus d’un mètre de long, sont tous prêts à voler moyennant plusieurs centaines de francs, de l’expérience en matière de décollage et d’atterrissage sur une piste en herbe, et une télécommande capable de contrôler l’appareil aussi loin que porte la vue.

Dans le seul canton de Genève, il y a cinq clubs d’aéromodélisme où les fanas de maquettes d’avion et d’hélicoptère peuvent jouir de faire voler leurs machines, les régler, s’entraîner à la voltige et partager leur passion. L’un d’eux, GAM Genève (Groupe Aéro-Modélisme Genève) situé à Laconnex, existe depuis déjà huitante ans et compte environ 100 membres,  dont 80 sont actifs.

Son président, Serge Thierrin, est mordu de la discipline et, à 52 ans, reconnaît s’assouvir à sa passion depuis plus de trente-cinq ans, parfois quotidiennement, dans le but d’exceller dans des compétitions internationales de free-style, ou de vol aéromusical. «C’est comme pour le sportif, dit-il, à la fin de la journée, aller faire voler mon avion c’est ma bouffée d’oxygène.» Pourtant, cette pratique n’est pas si simple: «C’est un truc ingrat, dit-il. Il faut y passer du temps pour prendre du plaisir.» 

Contrairement à un joueur de tennis, par exemple, qui, une fois la technique acquise, a besoin de la raquette et des chaussures qui lui conviennent, l’aéromodéliste construit souvent lui-même la maquette qu’il fera voler. Et ça n’est pas toujours une mince affaire.

Serge Thierrin, qui possède plusieurs avions, indique que l’assemblage d’un planeur de 6 mètres d’envergure lui a demandé 1500 heures de travail. Mais, dit-il, «la satisfaction de voler avec une machine qu’on a construite soi-même n’a rien à voir avec celle qu’on a avec une machine achetée toute prête», et c’est bien ici que se trouve tout le charme du hobby.

Une passion parfois coûteuse

Bien que cela ne soit pas une obligation, les aéromodélistes préfèrent faire partie d’un club pour des raisons pratiques, et de sécurité. Une maquette d’avion à hélice décolle sur quelques mètres, alors que celle d’un jet a besoin de 50 mètres et seuls les clubs peuvent mettre à disposition de leurs membres une piste de longueur suffisante, entretenue toute l’année dans un lieu approprié, et sécurisée aussi bien pour se faire plaisir seul que pour participer à une manifestation de plus grande envergure. La cotisation annuelle du GAM s’élève ainsi à 250 fr. pour un adulte, et 150 fr. à verser à l’Aéroclub de Suisse. Ces sommes permettent de profiter de l’usage de la piste toute l’année. 

Les avions valent eux dès 1000 fr. prêts à voler, auxquels il faut ajouter le prix de la télécommande, dès 109 fr. jusqu’à 2800 fr. selon sa qualité, et ses capacités. Cependant, selon Benjamin Modoux, bien que ses clients dépensent généralement de 300 à 500 fr. par mois, certains n’hésitent pas à investir jusqu’à 1500 fr. mensuels; dans son magasin, il n’y a pas seulement de tous petits moteurs de 15 cm3 fonctionnant à l’essence, mais aussi des turbines adaptées aux jets, comme le Rafale exposé, entièrement réalisé en fibre et dont la turbine peut valoir jusqu’à 2000 fr.

Pour un gros avion à hélice, il est aussi possible d’acquérir un moteur en étoile à 7 cylindres, 4 temps de 260 cm3 pour le même prix. Et, comme l’indique Serge Thierrin, les avions n’ayant aujourd’hui plus de limites, il est possible de se construire un grand appareil de voltige, de 3 mètres d’envergure, pour 10 000 fr.

Les membres sont à 99% des hommes et tous les âges sont représentés, comme de nombreuses catégories socioprofessionnelles. Au GAM, il y a aussi bien un horloger qu’un crypto-informaticien, un professeur de techniques d’impression qu’un pilote de ligne. Tous partagent la même passion pour la fabrication de machines volantes, le réglage de leurs petites mécaniques et le plaisir de les faire virevolter des heures durant. 

Henry Plouïdy

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