Bilan

Kristen Stewart: «Je m’aime comme je suis» 

Fragile, mystérieuse mais aussi courageuse et déterminée, c’est toute l’ambiguïté qui fait le charme et la force de Kristen Stewart. Henry Arnaud depuis Los Angeles

1990

Naissance à Los Angeles le 9 avril

2002

Panic room, le film qui la révèle avec Jodie Foster comme partenaire.

2008-2012

Notoriété mondiale grâce à son interprétation de Bella Swan dans les adaptations de la série Twilight.

2013

Devient l’égérie Chanel

2015

César de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film Sils Maria, d’Olivier Assayas

2017

Kristen dévoile sa bisexualité lors de l’émission Saturday Night Live

Crédits: Gilles Toucas

Elle fut longtemps la coqueluche des médias lorsqu’elle incarnait Bella Swan dans la saga cinématographique américaine «Twilight». Kristen est devenue, par la suite, la cible des paparazzi après sa rupture avec Robert Pattinson, puis en affichant ses premières sorties en public avec des filles. A 30 ans, elle assume tout et refuse d’avoir à se justifier. En exclusivité pour Bilan Luxe, elle a répondu à nos questions.

Ce qui surprend quand on rencontre Kristen, c’est son mélange de timidité et de confiance en soi. D’un côté, elle pince souvent ses lèvres ou a besoin de tripoter son bracelet comme pour cacher sa gêne lorsqu’elle doit parler de sa personne. Mais d’un autre côté, elle se redresse droite et vous regarde bien en face avec ses yeux perçants dès que vous abordez sa vie privée. S’il y a bien une chose importante qui fait consensus dans le septième art, c’est la reconnaissance de ses talents de comédienne. De Julianne Moore à Sean Penn en passant par Jodie Foster et Juliette Binoche, les plus grands noms du cinéma ont tenu à tourner avec elle. Film après film, Kristen peut tout jouer et prouve qu’elle n’a jamais peur d’un challenge, bien au contraire. Le prochain en date: elle incarne la princesse Diana dans «Spencer» dont le tournage est en cours.

Kristen Stewart est à l’affiche du prochain film de Pablo Larrain,  Spencer, biopic consacré à un pan de la vie de Lady Diana. (Crédits: Gilles Toucas)

Vous incarnez la princesse Diana dans votre prochain film. Avez-vous peur des réactions étant donné la sensibilité du public sur cette femme adorée?

Non, mon seul désir est de faire du bon boulot à l’écran. J’étais très jeune lors de sa mort, mais cela m’avait choquée car c’était la première fois qu’une personne célèbre décédait et je me souviens que tout le monde ne parlait que de cela durant des mois. J’ai grandi à Los Angeles, et pas à Londres, ce qui me permet d’être un peu plus détachée de cette appréhension d’incarner Lady Di. Ce que j’ai retenu en premier dans ma préparation, c’est sa connexion avec ses fans. Elle a vécu un drame intime en étant totalement délaissée dans sa vie intime mais adulée par le public. C’est un drame d’être à ce point adorée par les foules et rejetée par ceux qui doivent vous donner de l’amour et du soutien quand vous rentrez chez vous. Elle était tellement seule et isolée. Diana est toujours une icône aujourd’hui, car elle continue à vivre dans l’esprit des gens par l’intermédiaire de ses garçons. Ils sont l’exemple d’une mère aimante et d’une femme qui a donné sa vie pour préserver ses enfants.

A gauche, Kristen Stewart est la première Américaine à remporter un César pour un second rôle dans le film Sils Maria d’Olivier Assayas. (Crédits: Dr)

Comment vivez-vous le fait d’interpréter la «princesse des cœurs»?

Je suis loin de prendre cela à la légère. C’est l’une des histoires les plus tristes de ces dernières décennies, et je ne veux pas juste jouer Diana, je veux la comprendre, l’étudier et l’incarner dans toute sa complexité de femme. Je n’ai pas été aussi fascinée par un personnage depuis très, très longtemps. J’ai lu plusieurs biographies, visionné des documentaires, écouté toutes les interviews de Lady Di et travaillé durant des mois pour maîtriser son accent. J’ai un coach de dialecte avec moi tous les jours, car elle avait une voix bien particulière, et il est capital que je réussisse ce challenge. C’est une expérience formidable. Chaque personne a une approche différente de ce que Diana représentait pour eux.

A droite, l’actrice a tourné un court-métrage sur Coco Chanel signé Karl Lagerfeld. (Crédits: Dr)

Avez-vous peur de la comparaison entre votre interprétation de Diana dans «Spencer» et la version de la princesse Di dans la série «The Crown» sur Netflix?

Non, car j’incarne Diana alors qu’elle a presque 30 ans, donc nous racontons sa vie environ un an après la fin de l’histoire de cette saison de «The Crown». Emma Corrin a fait un travail remarquable dans ce film. Elle est sublime et très émouvante. Elle peut être fière de son travail.

Concernant le cinéma, pensez-vous que des géants comme Netflix vont remplacer les films sur grand écran dans les salles?

Je ne vois pas les plates-formes comme des concurrents du cinéma, mais plutôt une manière complémentaire de voir des films ou des séries. Un spectateur a une multitude de choix de nos jours pour visionner un long-métrage et cela est une aide supplémentaire à la création. Je ne pense pas qu’un acteur aujourd’hui choisit de signer pour une série Netflix plutôt qu’un film sur grand écran. Moi, je regarde le projet qui m’attire, le scénario, le réalisateur, l’équipe... Le choix du support de diffusion n’intervient qu’ensuite, lorsque mon travail est fini. Durant toute cette pandémie, beaucoup de films ont été diffusés sur ces services de vidéo à la demande puisque les salles de cinéma étaient fermées.

Justement, comment avez-vous géré cette crise du Covid depuis un an?

Enfermée le plus possible chez moi comme tout le monde. J’ai la chance d’avoir des proches très présents et d’avoir mon chien, «Cole», qui me suit partout. Il est mon meilleur ami (rire). Je me suis battue pour lui faire obtenir un passeport pour qu’il puisse voyager et me suivre partout.

Vous avez été durant des années l’idole des adolescentes avec la saga «Twilight» avant de devenir un modèle pour de nombreux jeunes de la communauté LGBTQ qui soutiennent votre choix d’afficher librement vos amours et votre copine. Avez-vous l’impression que, depuis quelques années aux Etats-Unis, il est plus facile d’afficher ses préférences sexuelles?

Je ne me suis jamais posé la question de cette manière, car je n’ai jamais cherché à cacher mes choix. D’autres l’ont fait pour moi, ils ont voulu me faire garder le silence. Mais si vous regardez mes apparitions publiques, je ne me suis jamais privée d’aller quelque part avec ma copine et de lui tenir la main. Je refuse d’en parler en détail dans la presse, car j’essaie de préserver ma vie intime et celle de mes proches, mais je n’ai jamais fait de mystère. Je suis gay et je m’assume.

Avez-vous l’impression qu’Hollywood discrimine les actrices homosexuelles? Ou, au contraire, est-ce un avantage?

Ni un avantage ni un inconvénient et je revendique le droit de pouvoir tout jouer. Je dirais que ma génération m’a aidée à me libérer de mes préjugés en la matière. Il n’y a pas besoin de regarder très loin dans le miroir. Mon dernier film «Ma belle famille, Noël et moi (sortie en décembre aux USA et disponible uniquement en VOD en Suisse en raison de la fermeture des salles, ndlr) n’aurait jamais été financé il y a quelques années. Une comédie romantique sur un couple de lesbiennes qui fêtent Noël en famille, cela n’aurait jamais été réalisé avant que les jeunes se montrent intéressés par ces films. Le cinéma n’est que le reflet de la société puisque les producteurs veulent surtout produire des projets qui vont être vus et donc rapporter de l’argent. Si, en vivant librement mes amours sans me cacher, cela peut aider d’autres filles, c’est génial. Mais sachez que je suis aussi constamment inspirée et influencée par d’autres jeunes connus ou anonymes qui se battent pour davantage de liberté.

Dans «Ma belle famille, Noël et moi», votre personnage propose à sa copine de se marier. Est-ce quelque chose que vous considérez vous-même?

Oui, j’adore les traditions, j’aime les grandes déclarations et preuves d’amour. Il y a quelque chose de beau à affirmer son amour pour une personne. Je suis plutôt partagée sur la nature sacro-sainte du mariage, mais j’espère un jour me marier à ma façon. Je n’ai pas encore réfléchi sur la manière de faire cela car, au final, cela reste un moment où vous voulez être entouré de vos proches pour célébrer votre union.

Voulez-vous des enfants aussi?

Bien sûr, une maison avec quatre murs, une cheminée et une famille... Je veux tout ce que les couples hétéros veulent!

Sortie en 2020, Happiest Season est une comédie romantique où l’actrice principale - Kristen Stewart – souhaite demander sa petite amie en mariage lors d’une fête de famille. (Crédits: Dr)

Est-ce que votre coming out a été facile à faire?

Nous avons tous des expériences différentes en la matière, mais mon approche a été unique, car la question ne s’est jamais posée. Je ne veux pas que cela soit pris de manière négative. Je ne me suis jamais inquiétée de la réaction des autres. Je n’ai pas eu de révélation ou de doutes sur ma sexualité. Il y a juste eu un jour où je suis tombée
amoureuse d’une fille pour la première fois. Ça n’était pas un désir enfoui en moi, plutôt une surprise d’avoir cette attirance que je n’ai pas cherché à refouler. Il n’y a pas eu de grande réunion de famille où j’ai demandé à mes parents de s’asseoir autour de la table du salon pour leur révéler que j’étais gay (rire). Je n’ai jamais pensé de la sorte, car je suis une fille sacrément chanceuse qui n’a jamais songé que c’était une mauvaise chose d’être attirée par une personne du même sexe. Je ne connais pas assez de détails sur la situation à travers le monde, mais grandir de nos jours dans des métropoles comme New York ou Los Angeles a bien changé d’il y a quelques décennies. Les jeunes ne se posent plus ce genre de question et chacun est libre de sa sexualité. Cela n’est pas facile si vous devez grandir dans un environnement où l’on vous dit que c’est horrible et dégoûtant d’être gay. C’est terrible si l’on est lesbienne et qu’on doit se cacher. Moi, j’ai simplement dit à mes parents que j’avais une copine, que j’étais amoureuse, que c’était un truc nouveau que je n’avais jamais ressenti avant et que j’étais heureuse de cette nouvelle étape de ma vie.

Vous êtes l’égérie de Chanel. N’avez-vous pas eu peur de perdre certains de vos contrats en faisant votre coming out?

Je n’y ai pas pensé une seule seconde et la question ne s’est jamais posée, heureusement d’ailleurs! Je suis fière de ma collaboration avec Chanel et personne ne m’a jamais demandé d’être une autre que moi-même. Je m’aime comme je suis.

Comment voyez-vous votre avenir?

Je suis une personne optimiste de nature. Cela n’est pas facile tous les jours avec cette pandémie mais je m’organise. J’étais souvent anxieuse durant mon adolescence et je dormais mal jusqu’à ce que je découvre le kickboxing. Je pratique cette discipline au quotidien si je le peux car cela me vide la tête, me remplit d’énergie positive et m’aide à trouver mon équilibre.

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