Bilan

Kern: «L’agilité devient la qualité la plus importante»

Georges Kern, actuel CEO d’IWC, évoque les défis de 2017 avec son successeur Chris Grainger-Herr. En avril, il reprend le pôle horloger de Richemont.

Chris Grainger-Herr (à g.) et Georges Kern.

Crédits: Dr

Société horlogère présentant l’un des plus fort taux de croissance ces dix dernières années, IWC a été portée par le talent visionnaire de Georges Kern, stratège au flair incomparable, qui prendra la place de responsable de la division horlogère ainsi que du marketing et marketing digital du groupe Richemont en avril, après plus de quinze ans à la tête d’IWC. Alors qu’elle employait 300 collaborateurs à son arrivée, la maison en affiche 1250 aujourd’hui. Dès le mois d’avril, Georges Kern passera les commandes d’IWC à Chris Grainger-Herr, 38 ans, jeune prodige au profil hautement créatif et méticuleux (architecte de formation), qui travaille depuis plus de dix ans au sein de la marque schaffhousoise. Pour les deux responsables, 2017 sera une année d’ambitions et de nouveaux défis.

Déménagement en septembre

Tout d’abord, la nouvelle manufacture IWC à Schaffhouse, qui a représenté un investissement d’environ 40 millions de francs, et qui permettra d’augmenter les capacités de production et d’optimiser et moderniser le flux de production (lean manufacturing). Le déménagement est prévu dès septembre, impliquant le déplacement de près de 250 employés.

Chris Grainger a annoncé sur le stand IWC, sur fond d’un impressionnant décor de palazzio florentin très remarqué au SIHH, que la marque rééditait cette année une collection phare «Da Vinci», revisitant le design pour lui conférer une ligne plus féminine (diamètre réduit, lunettes serties de diamants). «Le marché féminin est actuellement porteur et il nous semble opportun de nous diversifier de nos lignes traditionnelles masculines», confirment Georges Kern et Chris Grainger. IWC revendique à cet égard un héritage féminin qui remonte à la collection «Portofino» et sa version reliftée en 2005.

Certaines marques se concentrent toujours plus sur les très hautes complications. Pour IWC, le brand building et le design, qui a fait son succès mondial, sont l’atout clé: «Lorsqu’on a des modèles qui plaisent au public, on les fait évoluer. Ce qui ne nous empêche pas d’apporter régulièrement des innovations de haute horlogerie», souligne Georges Kern, qui aime à dire que la marque combine une esthétique latine à une technologie germanique. Mais vouloir plaire aux millennials avec des montres connectées n’est pas la vision d’IWC.

«Les produits horlogers n’ont pas fondamentalement changé sur le plan technique depuis 250 ans; mais on peut offrir un produit traditionnel tout en innovant et attirer un public jeune», estime Georges Kern. Aujourd’hui, la marque est disponible sur les sites incontournables du luxe en ligne tels que Net-à-porter, et lance son propre site de l’e-commerce aux Etats-Unis, après des années de communication précoce sur les canaux digitaux. Toutefois, Georges Kern et Chris Grainger ne divulguent pas les chiffres des ventes résultant de ce canal de distribution: «Nous pouvons néanmoins affirmer que les ventes en ligne connaissent un succès certain», affirme Chris Grainger.  

La fin des différentiels de prix

Quant à la Chine, Georges Kern et Chris Grainger soulignent que les ventes sur le continent sont en expansion, tandis que Hong Kong continue d’être plus difficile, tout comme les achats des touristes chinois notamment en Europe. «Au total, la clientèle chinoise demeure la plus importante du globe», affirment les responsables. Chris Grainger évoque comment les clients asiatiques en particulier comparent désormais instantanément les prix pour chaque modèle à l’aide d’applications mobiles dédiées. «Nous faisons en sorte que nos prix soient aussi comparables que possible et que les différentiels soient réduits au minimum.» 

«Nous faisons face à un marché qui change continuellement et qui restera instable», résume Georges Kern. Il cite les incertitudes géopolitiques, les préférences changeantes des clients, leur mobilité et leur sensibilité aux taux de change: «On ne peut plus avoir de différences de prix marquées entre Paris, New York, Londres et Tokyo.» Bref, conclut-il, «il faut s’adapter rapidement à ces nouvelles donnes. C’est cela le management, et nous sommes là pour gérer ces défis; désormais, c’est l’agilité qui va compter pour offrir la réponse la plus adéquate au plan de l’offre, des prix et de la communication.»    

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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