Bilan

Joël Dicker: «Voir mes personnages à l’écran est très troublant»

Depuis une semaine, le romancier suisse Joël Dicker est au Canada pour assister au tournage de la série télévisée adaptée de son roman «La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert», réalisée par Jean-Jacques Annaud et avec le comédien Patrick Dempsey. Interview en exclusivité.

Joël Dicker est au Canada où il assiste à la série télé adaptée de son roman "la Vérité sur l'affaire Harry Québert". Quatre mois de tournage sont prévus pour tourner les 10 épisodes.

C’est Jean-Jacques Annaud qui a été choisi pour réaliser la série télévisée adaptée du roman best-seller vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde. Produite par MGM Télévision, Eagle Pictures et Barbary Films pour la chaîne câblée américaine EPIX, elle sera diffusée en dix épisodes dans de nombreux pays. Des stars sont au casting puisque Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy, Bridget Jones’s Baby) incarne le rôle-titre de Harry Quebert et Ben Schnetzer (Snowden, Pride) celui de Marcus Goldman. L’auteur nous répond en exclusivité depuis le Canada.

Bilan: Comment se passe le tournage au Canada?

Joël Dicker: Je suis au Canada depuis 10 jours et sur le tournage depuis une semaine. Il se prolongera jusqu’au mois de décembre. Je vais y passer beaucoup de temps en faisant pas mal d’aller-retours.

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Vous avez souvent déclaré que le milieu du cinéma est un univers qui vous fascine. Comment le vivez-vous?

Joël Dicker: Quand on a débuté le projet avec Jean-Jacques Annaud, il m’a parlé de ses précédentes collaborations avec des écrivains: Umberto Eco pour Le Nom de la Rose, ou avec Marguerite Duras pour L’Amant. Il m’a alors demandé quelles étaient mes envies et mes intentions par rapport à l’adaptation. Je lui ai répondu clairement que je ne voulais me mêler de rien, car ce n’est pas mon métier. Je voulais juste comprendre sa façon de travailler, poser des questions. Et c’est pour cela que je suis heureux sur ce tournage car je peux comprendre, observer cette grosse production qu’est la MGM. Une production américaine qui pourra porter l’histoire vers un très large public.

Qui a vraiment permis à ce projet d’aboutir?

Joël Dicker: C’est Fabio Conversi, qui co-produit le film avec la société Barbary Films. C’est le père du projet, qui a été voir Bernard de Fallois et Jean-Jacques Annaud. Il y a eu énormément de propositions avant celle-ci. Mais ce qui ne ment pas, c’est le feeling que j’ai pu avoir avec Fabio Conversi et Jean-Jacques Annaud. Ils ont un tel respect, de tels enthousiasme et générosité, et de ma part un tel plaisir à les rencontrer, que quelque chose s’est passé avec eux, du même ordre que le lien que j’ai avec Bernard de Fallois.

Une condition au succès selon vous?

Joël Dicker: On ne peut jamais prévoir un succès. Mais je sais que le projet sera beau. Je sais que la garantie ou la promesse que je me suis faite à moi-même en signant le projet c’est que l’expérience et le projet seront beaux. C’est aussi ce que m’avait dit Bernard de Fallois à la sortie du livre: «Au pire, on se sera tellement amusé, que ce sera déjà beau en soi». Le plaisir à voir les acteurs jouer, à travailler avec eux est extraordinaire. Tout le casting est bon. J’ai juste dit à Jean-Jacques Annaud «J’ai un seul reproche à te faire: j’ai peur que la série soit meilleure que le livre».

C’est le cas?

Joël Dicker: Les images qui sortent sont vraiment belles. A l’écriture du livre, les paysages étaient importants. Le décor est un personnage à part entière. Et je suis heureux que la série se tourne au Canada, au Québec, même si ce n’est pas le Maine.

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Justement, vous n’êtes pas déçu?

Joël Dicker: Non. Je suis très heureux que cela se passe au Canada, que l’on parle français sur le tournage. Le plateau est super sympa, il y a beaucoup de respect. Jean-Jacques Annaud a souhaité faire un repérage dans la petite ville perdue au fin fond du Maine où je passais mes vacances et qui avait beaucoup inspiré mon roman. Il a ensuite trouvé le lieu idéal qui pouvait le mieux s’y approcher et accueillir la super-production de 250 personnes qui travaillent sur le tournage. La ville de Forestville s’y prête vraiment. D’ailleurs, il y a une frontière commune avec le Maine, et c’est le même paysage.

Comment ça se passe avec les acteurs?

Joël Dicker: Ils sont tous tellement bienveillants. Ce qui est vraiment troublant, c’est que j’ai l’impression de voir vivre mes personnages. Dans le camp de base, là où sont les loges, il n’y a pas le nom des acteurs, mais le nom des personnages sur leurs portes. Déambuler, et voir Nola, Harry, Genny… C’est exceptionnel… Jean-Jacques a vraiment suivi le découpage du livre. Il a d’ailleurs procédé lui-même à l’adaptation du roman, dans un grand respect. Les acteurs ont tous lu et aimé le livre. D’ailleurs, hier, au moment d’un petit doute sur la formulation d’une scène, ils se sont tous tournés vers moi pour me demander ce que j’avais précisément écrit dans le livre. C’est très émouvant pour moi.

C’était votre condition?

Joël Dicker: Tout était évident avec eux, la question ne s’est même pas posée. C’est une rencontre artistique. J’ai confié mon livre à Jean-Jacques Annaud. Notre première rencontre était en janvier 2016. Tout s’est fait très vite. J’avais la conviction de laisser mon livre dans les meilleures mains. Et de voir la force du cinéma, d’une image, qui peut résumer des pages entières en une seule scène, c’est fascinant.

Pourquoi l’idée de la série télé, alors que Jean-Jacques Annaud n’en a jamais réalisée?

Joël Dicker: La question à se poser c’est: qu’est-ce qu’une série télé aujourd’hui? Ce que fait Jean-Jacques, ce n’est pas un épisode par semaine qui est diffusé juste après, c’est une forme de méga-métrage en dix épisodes tournés à la manière d’un film.

Mais cela veut dire aussi que le budget est démultiplié… Une grosse prise de risque?

Joël Dicker: Je n’ai sincèrement pas une idée de la somme allouée.

Vous auriez pu avoir des craintes légitimes…

Joël Dicker: Quand vous avez la MGM qui signe avec enthousiasme, je ne me suis pas vraiment posé la question de savoir si des problèmes de financement allaient avoir lieu. Un projet comme ça, qui permet de retrouver un vrai beau cinéma, avec une aussi belle qualité photographique enlève tout questionnement.

Patrick Dempsey dans le rôle de Harry Quebert correspond bien au personnage? Vos impressions?

Joël Dicker: Oui. Je me rends compte que je suis très heureux de retrouver les sensations de mes personnages. D’ailleurs, si Jean-Jacques Annaud m’avait demandé mon avis, j’aurais été incapable de le donner. C’est en voyant mes personnages joués que cela confirme le choix.

Ce projet est arrivé parmi les derniers. Il y a eu plus de 90 propositions, désespériez-vous un peu?

Joël Dicker: Non, car je n’étais pas dans cette attente. Bernard (de Fallois) m’avait dit qu’il ne valait mieux pas de film du tout qu’un mauvais film. Je ne voulais pas faire un film à tout prix, même si c’était bien sûr un rêve. Mais je ne voulais pas d’un projet à moitié convaincant

Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Joël Dicker: Jean-Jacques Annaud avait tout compris du livre. A part Bernard de Fallois, c’est le seul à l’avoir autant saisi.

Alors qu’est-ce que les autres n’avaient pas compris ?

Joël Dicker: Il faudra voir la série pour cela (rire). Plus sérieusement, lorsque je vois l’écran de contrôle, je me dis que c’est exactement ça. Il m’a compris à travers sa lecture du livre. Pas le Joël que tout le monde connaît dans les médias, mais celui qui écrit ses livres. Ceux qui me connaissent savent qu’il y a deux Joël…

D’autres adaptations de best-seller ont été des méga flops au cinéma, à l’instar «50 nuances de Grey». C’est une peur?

Joël Dicker: Non. Dans le cas de ce livre, le tournage s’est très mal passé je crois. L’auteur n’arrêtait pas de se plaindre du metteur en scène, et du coup, cela ne peut pas vraiment être un projet artistique abouti. Un écrivain qui se mêle d’un tournage, ce n’est pas justifié, car ce n’est pas son métier. Moi je suis juste spectateur. Quand on va voir une adaptation cinématographique d’un livre, on va voir les images d’un lecteur. L’adaptation est toujours différente, c’est la beauté de l’interprétation.

Est-ce que vous y ferez une apparition, à la Hitchcock ou même plus?

Joël Dicker: Qui sait… surprise!

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Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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