Bilan

James Cameron au fond de l’espace aquatique

Le réalisateur de « Titanic » et d’« Avatar » a réalisé son rêve: plonger au point le plus bas de la planète par 11 kilomètres sous la surface du Pacifique. Il en ramène une expérience à la fois scientifique, entrepreneuriale et artistique avec la production d’un documentaire, « Deepsea Challenge », bientôt visible en Suisse. Rencontre à New York.
  • Crédits: Mark Thiessen
  • Rolex, partenaire technique du projet, signe une série limitée “Deepsea Challenge”

    Crédits: Dr
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«Je n’ai fait que huit films alors que je ne compte plus mes plongées.» Ainsi parle James Cameron, un explorateur pas comme les autres dont on aurait presque l’impression qu’il s’est lancé dans le cinéma uniquement pour nourrir sa vraie passion, explorer les océans. Il se trouve que le gagne-pain a produit plus qu’espéré. Dans les huit films, il y a quand même « Avatar » et « Titanic », les deux blockbusters qui ont le plus rapporté d’argent à Hollywood et ont marqué des générations.

Mais James Cameron n’en démord pas. Son truc à lui, c’est la plongée et – plus généralement – l’aventure scientifique avec ses personnages hors du commun et ses techniques en constante évolution. En 2012, le réalisateur canadien a mis de côté sa carrière artistique pour se lancer dans une véritable odyssée: plonger dans la fosse des Mariannes, le point le plus profond du globe. «Jim» Cameron est un artiste, un inventeur hors pair et un vrai leader charismatique.

Pour lancer ce défi, il a constitué toute une équipe, construit un mini sous-marin et inventé des caméras capables de filmer à 11 km sous l’eau. Aujourd’hui il revient avec un documentaire qui témoigne de cette aventure. « Deepsea Challenge » fera forcément penser aux épopées du commandant Cousteau. Le talent de « story teller » du réalisateur âgé de 60 ans en plus.

Car si l’illustre officier français ne donnait à voir que son célèbre bonnet rouge en surface, James Cameron montre l’entreprise « Deepsea Challenge » depuis le début. Hollywood n’est plus très loin de la Silicon Valley quand on voit l’explorateur motiver ses troupes dans les séances de briefing, s’énerver froidement à cause des retards et tester son matériel.

Une entreprise, certes non lucrative, mais qui reste tout à fait comparable à celle d’un entrepreneur face aux défis de la technologie et du management… le risque létal en plus. Car la tension de l’aventure se perçoit à chaque moment du documentaire (à voir très prochainement sur les écrans suisses) et pas uniquement lorsque deux membres de l’équipe décèdent lors d’un vol de reconnaissance en hélico.

La plongée finale s’effectue dans les pires conditions, là où les intempéries ont fait échouer les tentatives précédentes. Mais « Capitaine Jim » n’hésite pas: il plonge alors que les conditions météo ne sont pas au rendez-vous et de nuit, ce qu’il n’avait jamais réalisé jusqu’ici.

James Cameron s’amuse de la question. Il a tâté du « Titanic » pour de vrai, en plongée à -3800 mètres, avant et après le film pour tester du matériel et évaluer les capacités des nouveaux sous-marins. Idem avec la visite de l’épave du « Bismarck » par 4700 mètres de fond, un autre Graal des plongeurs. Mais le fond du fond de cette bonne vieille planète,
-11 000 mètres, seuls Don Walsh et Jacques Piccard (le père de Bertrand) l’ont touché avec leur « Trieste » en 1953.

« C’était une sacrée veine d’accueillir Don Walsh à bord de notre bateau pour la date anniversaire de leur plongée », s’exclame notre interlocuteur qui n’a finalement pas battu le record de l’expédition précédente. « Quand je lui ai demandé où exactement le « Trieste » avait plongé en 1953, il m’a montré un point sur la carte en me disant : « Là, à plus ou moins deux kilomètres ! » Nous ne saurons donc jamais qui a été au plus profond, au vu des techniques de mesure de l’époque, mais peu importe. Le record n’avait rien d’important pour moi. Même s’il en avait plus pour les autres.»

Le National Geographic – qui a nommé James Cameron « explorateur en résidence » pour l’occasion – a aidé à financer l’opération et ses divers volets : construction du sous-marin, financement de l’expédition, production du documentaire. Rolex joue le rôle de partenaire technique et même au-delà. L’équipe de James Cameron a appelé le géant horloger juste trois semaines avant la plongée. Un défi pour les équipes techniques de l’horloger, comme il y a soixante ans quand il avait fallu doter le « Trieste » de montres de plongée.

Pour l’homme de cinéma qui porte une Rolex depuis ses 25 ans, ce devait être cette marque et pas une autre. « Je me suis séparé une seule fois de ma Rolex pendant ma vie d’adulte: lorsque j’ai offert celle que je portais au chef amazonien Raoni pour le remercier de m’avoir accueilli parmi son peuple. » L’horloger genevois a sorti une montre qui commémore la plongée de James Cameron, une rareté pour une maison qui n’apprécie pas les séries spéciales. « Le lien entre Jim et la marque est tellement fort, cela s’imposait », explique Arnaud Boetsch, directeur de la communication de Rolex.

Et aujourd’hui, fini les explorations ? Le serial réalisateur s’amuse : « Je n’exclus pas de repartir, mais dans l’immédiat je dois tourner « Avatar » 2, 3 et 4 et j’en ai jusqu’en 2019. » Fichu passe-temps. |

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

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Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

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