Bilan

Il redonne vie à des écrits anciens

Alain Pittet passe ses journées dans les chiffres et ses soirées dans les livres du XVIe au XVIIIe siècle, lesquels nourrissent sa créativité.

  • Crédits: Georges Braunschweig
  • Alain Pittet devant sa plume géante qui fut exposée au Grand Palais de Paris en 2018, réalisée à partir de vieux écrits.

    Crédits: Georges Braunschweig

Tout démarre en 2016 par une commande à son ami Stéphane Gros d’une cinquantaine de magnums de son Cabernet Franc 2012. Alain Pittet requiert la rédaction d’une «déclaration d’amour au papier» à un autre ami, Christophe Nicod, ex-banquier épris des mots, pour en faire des étiquettes de vin. Des étiquettes qu’il fabrique dans son atelier en utilisant comme matière première les pages d’un livre très endommagé datant du XVIIe siècle. Puis chaque bouteille est placée dans un coffret créé artisanalement pour l’occasion et vendue au profit de l’association Exaltatio (laquelle favorise l’insertion des adolescents et des jeunes adultes dans la vie professionnelle). Il récidive l’an dernier, mais cette fois-ci juste pour ses nombreux amis, à nouveau avec le vin de Stéphane Gros et une étiquette réalisée avec du papier de 1602. «Je fais cela pour le plaisir», nous confie cet employé de banque, spécialiste des questions de successions d’entreprises, qui a décidé de réduire quelque peu son temps de travail pour se consacrer davantage à ses projets artistiques.

Passionné de vin, cet artiste-banquier a récemment réalisé les étiquettes d’une édition spéciale d’une cuvée de Nicolas Bonnet, avec du papier datant de 1750. (Crédits: Georges Braunschweig)

Plus récemment, le vigneron Samuel Lang lui organise une visite de la cave de Nicolas Bonnet (Domaine de la Comtesse Eldegarde à Satigny). Le courant passe si bien entre les deux hommes qu’au final Alain Pittet lui a réalisé les étiquettes d’une édition spéciale. Pour se faire, il a déniché du papier datant de 1750, soit de l’origine de la construction de l’actuelle cave du domaine. «Une manière de lier le passé au présent, l’histoire au produit», comme l’a joliment écrit notre «banquier» iconoclaste.

«Les vieux écrits, par la texture, le caractère ou l’apparence, sont des témoins qui nous racontent une multitude d’histoires. De fleurs des champs à étoffes de tisserand, le coton, le chanvre et le lin ont pris diverses formes grâce aux artisans du passé», résume très bien notre passionné. Il travaille avec du matériel en mauvais état, d’où la difficulté à en dénicher alors que celui en bon état est stocké chez des libraires un peu partout. Il n’y a pas très longtemps, il s’est rendu à Angers (soit à près de 700 km de Genève, ndlr) pour y récupérer des livres ayant pris l’eau. A l’heure actuelle, Alain Pittet a de quoi voir venir puisqu’il détient une centaine de vieux ouvrages. «Depuis quelque temps, je cherche à réaliser des projets en fonction de l’année de fabrication des ouvrages que je détiens. Cela permet de mieux comprendre à quoi on a affaire.» Il essaie généralement de les lire pour dénicher un lien avec un événement historique: «1789, la Révolution française; 1776, Déclaration de l’indépendance américaine, j’ai de quoi faire.» L’air de rien, mais avec un œil malicieux, il nous en sort un, imprimé en 1528 à Bâle, qu’il n’entend pas dissoudre dans l’eau: «Il est trop beau. Si le livre témoigne de quelque chose que je juge important, je renonce à l’utiliser comme matière première.»

(Crédits: Georges Braunschweig)

Le Genevois a eu l’honneur d’être convié à exposer une sélection de ses œuvres au Salon du livre rare et de l’objet d’art qui s’était tenu au Grand Palais à Paris les 13, 14 et 15 avril 2018. Il faut dire que sa passion pour les vieux écrits l’a poussé à expérimenter toutes sortes d’œuvres. A cette occasion, il avait réalisé une immense plume de papier, de fines oriflammes ou des sculptures élancées faites de petits cubes encollés de papiers anciens. Avis aux amateurs, Alain Pittet a prévu une exposition en avril 2022 à la galerie Fontaine à Choully (Satigny/GE).

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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