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Hôtels suisses: l’art du lobby à la chambre

Il y a les hôtels où l’on séjourne pour aller voir des oeuvres d’art dans les musées voisins. Et il y a les hôtels où l’art s’invite partout. Tour d’horizon de quelques adresses et coups de coeur en Suisse.
  • The Alpina Gstaad expose des oeuvres d'art (dont ce portrait de femme chamarré) depuis l'accueil jusqu'aux chambres et au jardin d'enfants.

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  • A Gstaad, le photographe David Yarrow a collaboré avec The Alpina Gstaad pour mettre en avant son travail.

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  • A Genève, le street art et le tag ont droit de cité dans le café de l'hôtel N'Vy.

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  • Sur les hauteurs de Zurich, les clients du Dolder Grand sont accueillis par une oeuvre monumentale d'Andy Warhol.

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  • A St Moritz, le Carlton propose une suite Kandinsky inspirée par l'oeuvre du célèbre peintre.

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  • A Bâle, le Teufelhof a confié à divers artistes la décoration de chambres (ici L'Atelier).

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Hôtel arty, hôtels design,… pour se distinguer des usines à touristes, un nombre croissant d’hôtels, notamment en Suisse, mise sur l’art pour séduire les clients. Ici, pas question de trouver dans les couloirs des affiches achetées par centaines dans des magasins d’ameublement suédois et disposées selon une stratégie décidée pour l’ensemble des établissements à travers le monde.

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Première étape en ville de Genève. Au milieu des Pâquis, l’hôtel N’vy (groupe Manotel) mise sur le design et des oeuvres contemporaines qui accueillent le visiteur dès l’entrée. Dans ce quartier populaire à deux pas de la gare, pas question d’en mettre plein la vue, mais la volonté d’instaurer un autre rapport avec le client.

Botero, Dali, Tinguely et Warhol à Zurich

Suite des découvertes en Suisse alémanique. Sur les hauteurs de Zurich, le Dolder Grand est un musée avec des chambres. Dès l’entrée, l’art s’impose: au-dessus de la réception trône la «Big Retrospective Painting» et ses 11m, signée Andy Warhol. Dans le parc, c’est «Woman with fruit» de Fernando Botero, qui attend les visiteurs, mais aussi des oeuvres de Salvador Dali, Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely,…

Plaisir des yeux? Pas uniquement, car le visiteur peut demander des tablettes tactiles pour parcourir l’ensemble de l’exposition, bénéficier d’informations sur les oeuvres et leurs auteurs et lier ainsi celles-ci à l’histoire de l’établissement. Quant aux chambres, ce sont de grands noms de la peinture qui inspirent la décoration de certaines, à l'image de Kandinsky.

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A Bâle, le Teufelhof va encore plus loin. Au coeur de la ville historique, dans un quartier calme et pourtant à deux pas des musées, restaurants et clubs de jazz, la direction a confié à des artistes l'aménagement et la décoration des chambres. Ainsi, le client va être plongé dans l'univers graphique et chromatique d'un créateur et vivre dans l'art et pas seulement avec cet art.

Dans cet élégant bâtiment historique à la façade classique, l'expérience artistique prend tout son sens. Dès la cour, le ton est donné avec un voile résolument moderne pour abriter les clients, qui tranche avec l'atmosphère historique de l'édifice.

L'art prend du sens à Gstaad

Dernière étape à Gstaad. Là, c’est The Alpina Gstaad qui sert d’écrin. Mais plus encore qu’un simple lieu d’exposition, la famille Mimran a voulu donner du sens à cette mise en scène de l’art, la rendre vivante aux yeux de tous, dans l’hôtel et même au loin. Ainsi, un antique van à glaces redécoré en version pop-art a été acheté lors d’une vente aux enchères à but caritatif: «Nous l’exposons dans le tunnel d'accès à l’hôtel mais nous avons voulu aller plus loin et lier ça à nos programmes humanitaires, explique Nachson Mimran. Nous avons encouragé des enfants de réfugiés dans des camps en Ouganda, au Bangladesh ou ailleurs dans le monde à construire des répliques du van avec des matériaux de récupération, et nous avons relié l’ensemble des vans à travers le monde avec un système de téléphone: un réfugié ougandais peut donc décrocher et discuter avec un influenceur qui séjourne à Gstaad».

Cette volonté de donner du sens et de s’ancrer dans l’ensemble de l’action de la famille Mimran, notamment sur le plan philanthropique. «Une bonne partie des oeuvres exposées sont issues de ventes aux enchères caritatives ou de liens d’amitié avec des artistes. Ainsi, le photographe anglais David Yarrow était de passage à l’hôtel; je discute avec lui par hasard, sans le reconnaître, il me parle de son travail sur les animaux sauvages et nous avons improvisé une vente aux enchères pendant le réveillon du 31 décembre. Et le courant est tellement bien passé qu’il nous a offert une oeuvre», narre Nachson Mimran. Dans le lobby, d’autres animaux ornent les murs: un rhinocéros et une vache. Mais des petits reliefs parsèment ces peintures et un petit texte voisine avec elles: un poème écrit et transcrit en braille sur l’oeuvre. Et les thèmes choisis lient la Suisse et l’Afrique, où la famille déploie la plus large partie de ses activités.

Des oeuvres choisies à dessein partout dans l’établissement. Dans le grand salon, deux femmes, l’une très colorée et d’inspiration africaine, l’autre basée sur Las Meninas de Velazquez, dialoguent de part et d’autre de la pièce. «A l’heure où tout le monde se réveille sur le thème de la place accordée aux femmes, nous avons choisi ces oeuvres, liées à la défense des droits des femmes, il y a cinq ans maintenant», rappelle Nachson Mimran. Et entre les deux, douze masques rituels africains peints de couleurs vives. Toujours ce lien avec le continent noir.

Et dans le chambre? L'art est loin d’être absent. Sur une chaîne spéciale, le client qui allume son téléviseur peut admirer un film de la destruction de l’ancien hôtel Alpina de Gstaad, tourné par la mère de Nachson Mimran, et confié par ce dernier à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) pour en faire une oeuvre vidéo qui interroge sur le temps, la transmission et la notion d’artiste.

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L'Idée Week-end vous est proposée par Bilan en partenariat avec Suisse Tourisme.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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