Bilan

Hôtellerie de luxe: l’heure de vérité

Au Tessin, le Kurhaus Cademario affichait complet à l’Ascension, alors que le Richemond à Genève fait état de grandes difficultés. La résilience dépendra beaucoup des touristes suisses.

Vue sur le lac de Lugano depuis le Kurhaus Cademario.

Crédits: Dr

Le week-end de l’Ascension, le Kurhaus Cademario Hôtel & Spa (TI) affichait complet. Pour la Pentecôte, le taux d’occupation de ce quatre-étoiles flirtait avec les 80%. De quoi faire des envieux, dans un secteur hôtelier pour qui l’année 2020 sera celle de tous les dangers. Etablissement emblématique à Genève, le Richemond annonçait de son côté à la fin mai une fermeture temporaire de plusieurs mois afin de limiter les pertes. Des mesures qui devraient entraîner le licenciement des 141 employés. CEO du Kurhaus Cademario, Maurizio Migliardi revient sur ses récents bons résultats: «Nous bénéficions d’une forte clientèle d’habitués alémaniques. Nombre de ceux qui n’ont pas pu venir à Pâques en raison de la pandémie de Covid-19 ont repoussé leur séjour à l’Ascension.» L’hôtel dispose d’une piscine intérieure et d’un spa. Des avantages précieux dont disposent tous les établissements du Ticino Hotels Group (Villa Principe Leopoldo, Villa Sassa, Park Hotel Principe). Maurizio Migliardi ajoute: «Ticino Hotels Group est propriétaire de ses murs, ce qui lui épargne les charges de loyer. C’est un atout essentiel.»

CEO de Michel Reybier Hospitality (La Réserve Group, Victoria-Jungfrau, Seiler Hotels Zermatt), Raouf Finan est du même avis: «Etre à la fois propriétaire du bâtiment et exploitant évite les divergences d’intérêt.» Dans les grandes villes, la reprise devrait être plus précoce qu’en montagne. «Jouxtant le Palais fédéral, le Bellevue à Berne bénéficie des activités politiques helvétiques. En revanche, l’Intercontinental de Davos restera fermé jusqu’à l’hiver prochain. En été, cet hôtel vit de congrès, tous annulés pour 2020. En outre, les touristes américains, chinois et indiens ne viendront pas, ce qui affectera certains de nos hôtels.»

Pour les exploitants, tout l’enjeu est de maintenir des équipes positives et motivées, afin de garantir la satisfaction de la clientèle dès la reprise. «Cette crise aura malheureusement un effet d’accélérateur. Le coronavirus va précipiter la fin des établissements qui étaient déjà en difficulté. Cette situation ne fera aucun gagnant. Dans notre secteur, tout le monde sera affecté.»

Le mécénat joue un rôle important

Pour 2020, la résilience dépendra de la visite de Suisses partis à la découverte de leur pays. Dans le luxe, faire tourner un hôtel consomme des frais énormes, qu’un taux d’occupation de 25% est insuffisant
à couvrir. En conséquence, de nombreux établissements ont préféré fermer pendant la crise alors que ce n’était pas une obligation dictée par les autorités, à l’instar du Beau-Rivage Palace à Lausanne. «L’hôtel a rouvert le 12 juin. Après des semaines de fermeture, le manque à gagner est énorme. Heureusement, nous pouvons compter sur la vision à long terme et la passion du patrimoine de notre propriétaire, la Fondation de famille Sandoz», dévoile la directrice, Nathalie Seiler-Hayez.

Pour conserver une image glamour et des installations de dernier cri, les quatre et cinq-étoiles sont tenus de consacrer quelque 5% du chiffre d’affaires à des rénovations constantes. La rentabilité se révèle un exercice d’équilibrisme. Un fait qui explique que le mécénat joue un rôle important dans le maintien d’un paysage hôtelier de premier plan. Il est ainsi de notoriété publique que le Dolder Grand, fleuron zurichois rénové à grands frais par Sir Norman Foster en 2008, subsiste grâce à l’engagement financier du milliardaire allemand Urs Schwarzenbach.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Du même auteur:

CFF: Comment éviter le scénario catastrophe
L’omerta sur le harcèlement sexuel existe aussi en suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."