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Hors piste

Trop coûteuse pour les écuries, désaimée du public, la formule 1 s’interroge sur son avenir. Doper artificiellement le spectacle s’avère un art difficile. Analyse.
Crédits: Dr

Les audiences télévisées ont plongé de 30 % en trois ans. Jusqu’à 50 % des places spectateurs sont désormais inoccupées. Les temps où la formule 1 accaparait des millions de ménages devant la télévision le dimanche et déplaçait des foules entières d’amateurs sur les circuits automobiles semblent désormais révolus. La guerre des moteurs n’intéresse-t-elle plus que ses actionnaires ?

Les sponsors s’interrogent. Les plus petites équipes, elles, sont pour la plupart étouffées par les dettes. La faute, entre autres, à des règlements de plus en plus contraignants qui réduisent les retours sur investissement. Si Force India, Lotus et les suisses Sauber connaissent des difficultés, d’autres ont déjà fait faillite, comme Caterham et Marussia en 2014, ou Virgin et Hispania Racing Team avant elles.

La catégorie reine du sport automobile s’est désormais lancée dans une course à la surenchère. « Du temps où je courais, la F1 ne coûtait pas aussi cher. Une écurie pouvait réussir à avoir des résultats avec 50-60 millions d’euros. Maintenant, ce serait plutôt 200-250 millions », confiait l’ancien coureur Olivier Panis à la presse française il y a quelques mois.

Les écuries en manque de liquidités tendraient à privilégier des pilotes soutenus par des sponsors généreux afin de boucler les budgets… Quitte à attribuer leurs monospaces à ceux qui ramènent de l’argent plutôt que du talent. Comment leur en vouloir? La situation est urgente… voire désespérée. Car si la F1 pèse quelque 2 milliards de dollars par année, ils ne sont que quelques-uns à en profiter pleinement.

Les champions sont désormais vite identifiés. Ferrari a brillé du temps de Michael Schumacher (2000 – 2004), Red Bull remportait les titres mondiaux entre 2010 – 2013, puis Mercedes a enchaîné les records historiques (2014-2015), aujourd’hui toute-puissante, loin devant les autres écuries.

Le sulfureux Bernie Ecclestone, responsable des droits commerciaux de la F1, veut une révolution pour reconquérir son public. Il gesticule des idées: créer un championnat 100 % féminin, faire partir les coureurs plus rapides en milieu de peloton, ou encore rendre la F1 plus bruyante avec un retour des moteurs à huit cylindres…

Or, avant de monter les décibels sur les circuits, le grand argentier devra se pencher plus sérieusement sur le vacarme qui règne dans les paddocks. Les teams principaux des écuries multiplient les tacles  – on se souvient du « Ferrari glande autour d’une assiette de spaghettis » lancé par Niki Lauda chez Mercedes – tandis que d’autres menacent de quitter la compétition – « nous ne sommes pas satisfaits des règlements de la F1 ni de la façon dont elle est dirigée », pointait un des managers de Red Bull en mars dernier.

Pour faire pression sur le règlement et le modifier, les écuries devront parler d’une seule voix. Or les plus puissantes lèvent le bouclier : davantage de spectacle dans les championnats, mais pas au détriment de la compétitivité.

Pour sortir de l’impasse, un changement de propriétaires reste la solution la plus radicale et la plus probable. Le géant du capital-investissement CVC Capital Partners, principal bénéficiaire de la catégorie reine, cèderait ses 35.5 % des droits commerciaux. En lice : le Qatar. Une opération qui ne manquerait pas de secouer les paddocks. Jusqu’à relancer la F1 ? « Think before you drive », la devise de Bernie présente sur chaque Grand Prix, prend dès lors une toute autre dimension.

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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