Bilan

Horlogerie: beaucoup d'incertitudes après la suppression de centaines d'emplois

Les suppressions d'emplois se chiffrent à plusieurs centaines dans l'horlogerie suisse depuis la mi-mars. "Il est très difficile de savoir si les licenciements vont se poursuivre ou s'arrêter", selon François Matile, un expert du domaine.

L'évolution de l'emploi dans l'horlogerie dépendra de la forme de la reprise, en V, en W, en U ou en L .

Crédits: Keystone

Les annonces de suppressions d'emplois se sont succédé ces dernières semaines chez les marques horlogères comme Greubel Forsey ou chez Corum, selon le syndicat Unia. Les sous-traitants ont aussi réduit la voilure, comme Gilbert Petit-Jean, actif dans l'assemblage de mouvements mécaniques, aux Brenets (NE) qui a annoncé le 10 juin 30 licenciements.

"Les situations sont très contrastées d'une entreprise à l'autre. Certaines ont toujours du travail, y compris de toutes petites sociétés, et d'autres n'ont pas vendu une seule pièce depuis deux mois", a déclaré à Keystone-ATS François Matile, secrétaire général de la Convention patronale horlogère.

Doit-on s'attendre à une nouvelle vague d'annonces de suppression d'emplois ? "Ce qui va rester déterminant est la demande mondiale car l'horlogerie s'est beaucoup rationalisée depuis 15 ans. Lors de périodes d'incertitudes, l'achat de biens non essentiels est repoussé à des jours meilleurs et certains clients pourraient renoncer à l'achat d'une montre", a précisé François Matile.

L'évolution de l'emploi dans l'horlogerie dépendra de la forme de la reprise, en V, en W, en U ou en L . "Le pire scénario serait une reprise en L", avec un maintien de l'activité à bas niveau, a ajouté François Matile.

30'000 personnes en RHT


Et dans l'horlogerie, quand la situation économique est mauvaise, les premiers à subir la crise sont les sous-traitants, surtout s'ils ne travaillent que pour ce secteur, comme les fabricants de boîtes, de cadrans ou d'aiguilles. Ceux qui sont actifs dans la galvanoplastie ou le décolletage ont d'autres débouchés, même si dans le secteur automobile, cela reste compliqué.

Les entreprises, qui annoncent des licenciements actuellement, avaient déjà des problèmes avant la crise sanitaire, a expliqué François Matile. La branche a déjà souffert en 2019, avec notamment la situation politique à Hong Kong, son premier marché d'exportation.

Lors du semi-confinement, près de 400 entreprises sur les 550 qui sont conventionnées, ont bénéficié de la mesure de réduction de l'horaire de travail (RHT). Au total, 40'000 personnes ont été touchées.

"Actuellement, il reste encore environ 30'000 personnes en RHT mais les situations peuvent être différentes. Certaines entreprises sont à l'arrêt complet et d'autres ne le sont qu'en partie. Au sein d'une même entité, il peut y avoir des différences, selon les secteurs ou les ateliers", a ajouté François Matile. La branche compte 59'000 emplois, dont 51'000 sont conventionnés.

A la mi-mars, beaucoup d'entreprises horlogères ont choisi d'arrêter la production, en raison des nombreuses incertitudes et contraintes liées à la situation sanitaire. Actuellement, la très grande majorité a pu mettre en place des règles pour reprendre le travail.

Cantines à l'arrêt


Certaines ont imaginé deux blocs de travail pour éviter d'avoir tout le personnel en même temps et pour qu'il n'y ait personne au moment du repas de midi, la plupart des cantines étant encore fermées. Dans les ateliers, des plexiglas ont aussi été installés entre les employés mais ces derniers ne portent pas de masque en général car les distances sanitaires sont respectées.

Hormis les incertitudes sanitaires, le confinement mondial a posé des problèmes importants d'approvisionnement et de distribution aux entreprises horlogères. "Le Covid-19 a gelé le transport aérien et 90% des exportations horlogères se font via les avions de ligne", a ajouté François Matile.

"La crise a montré que certains producteurs dépendaient de livraisons de l'étranger, de Chine notamment. Ils se sont alors tournés vers des fournisseurs suisses, mais cela ne concerne qu'une minorité d'entreprises", a précisé l'expert.

Revers positifs du semi-confinement: les entreprises ont eu plus de temps pour investir dans la recherche de nouveaux produits ou de procédés de fabrication. Certaines ont aussi accéléré leur présence dans l'e-commerce.

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