Bilan

Hodler (en)chanté par Bâle et Zurich

L’homme du Langenthal, venu à pied se former à Genève auprès de Barthélemy Menn, et qui y demeurera sa vie durant, est devenu symbole suisse, « blochérisé » à force qu’on le montre en caricature. Or la peinture de Ferdinand Hodler ne se limite pas au Bûcheron du Palais fédéral, ni aux grands pieds des soldats de La retraite de Marignan au Musée d’art et d’histoire (Genève). Elle fut rebelle pour l’époque, double dans son esthétique comme dans ses sujets. Tantôt séductrice avec ces vues du Léman aux couleurs de Monet, tantôt âpre quand il s’agit de dire ce qui est. Hodler a peint le paysage aussi bien que l’homme – comme peu ont réussi ce grand écart – et bien plus souvent la femme, d’ailleurs, qu’il aima par-dessus tout. Il est également représentant de la « vérité », qu’il a cherchée en lui – en témoignent ses nombreux autoportraits – jusque dans la maladie et la mort de son grand amour, Valentine Godé-Darel, dont il montre le calvaire jusqu’à sa phase finale. Choquant le bon Genève, ses nus n’empêchèrent pas la reconnaissance tardive d’arriver.

Ferdinand Hodler, du 27 janvier au 26 mai 2013, Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Riehen (Bâle), www.fondationbeyeler.ch Restauration du tableau grand format « La vérité », première version, de Ferdinand Hodler, du 18 janvier au 17 mars 2013. Kunsthaus Zürich, Heimplatz 1, Zurich, www.kunsthaus.ch

Hodler à Beyeler

La Fondation Beyeler a choisi d’exposer cette toute dernière époque, 1913-1918. De la naissance de sa fille Pauline, qu’il eut avec Valentine Godé-Darel, à sa propre mort. Ces années, très exactement, où il occupe un appartement au 29, quai Gustave-Ador face au « lac de Genève », qu’il peindra jusqu’au bout, affaibli devant sa fenêtre. Beyeler propose un choix complet: autoportraits, panoramas des Alpes et du Léman ainsi que la série tragique de la maladie de Valentine. Le guest: Blick in die Unendlichkeit (Regard dans l’infini), une peinture murale monumentale longtemps conservée cachée.

Hodler au Kunsthaus

A Zurich, deux versions monumentales de La vérité (196x273 cm) se font face, accompagnées d’études préalables que le Kunsthaus sort rarement, pour ne pas prétériter leur état. A trop se montrer, on finit par s’abîmer… Mais les dommages de la lumière sont enfin réparés sur le premier tableau datant de 1902. Sa restauration est prétexte de l’exposition qui présente une seconde version de 1903, créée pour l’exposition de 1904 à la Sécession viennoise. Hodler : « Les puissances des ténèbres, du mensonge et de la malveillance reculent devant la proverbiale nudité de la Vérité, sœur du personnage lumineux au centre du jour. »

Markus Raetz montre ses dessins

Le Kunstmuseum de Bâle organise une rétrospective complète de l’œuvre dessinée de Markus Raetz. L’artiste suisse polymorphe qui sculpte, peint, grave, installe, pour questionner la manière de voir et de percevoir, a lui-même cosélectionné ses dessins – parfois même animés – croquis et autres folioscopes. Certains quittaient son atelier pour la première fois. Toute une vie du Bernois (né en 1941) qui s’imposa très jeune sur la scène internationale et qui compte parmi les artistes suisses les plus fameux.

Markus Raetz, dessins, du 20 octobre 2012 au 17 février 2013, Kunstmuseum Basel, St. Alban-Graben 16, Bâle, www.kunstmuseumbasel.ch  

Picasso au travail

Le concept de cette exposition reçue par le Musée d’art et d’histoire de Genève: montrer Picasso en train de réaliser ses œuvres – une, peut-être, parmi les 150 pièces également exposées – à travers 150 clichés du reporter de guerre, David Douglas Duncan, intime du peintre. La mise en abyme est à son comble sur les clichés représentant le maître en train de peindre les Baigneurs à la Garoupe (offert à Genève par Marina Picasso). Duncan à propos de cette œuvre majeure réalisée en une nuit de 1957 : « Picasso me dit : « C’est la plage de la Garoupe – du moins telle que je la vois! […] D’autres peintres peuvent passer une année à peindre et à repeindre un centimètre carré de toile. Moi, je pense à cette toile depuis un an. Maintenant je dessine pendant quelques minutes – et c’est assez pour la terminer ! »

Picasso à l’œuvre. Dans l’objectif de David Douglas Duncan, Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH), du 30 octobre 2012 au 3 février 2013, rue Charles-Galland 2, Genève, www.ville-ge.ch/mah

Tout Dali à Paris

Le Centre Pompidou rend hommage au peintre contemporain ultrapopulaire et controversé pour son amour de l’argent, ses provocations et sa peinture dont le « classicisme » fut souvent opposé à la radicale modernité de Picasso. Les incontournables y sont tous ou presque, à commencer par Les montres molles (La persistance de la mémoire de son vrai prénom) prêtées par le MoMA. Plus de 200 peintures, sculptures, dessins, ainsi que des films, des photographies et des extraits d’émissions qui prouvent que Dali avait bien fait de l’art « un fait global de communication ».

Dali, du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013, Centre Pompidou, rue Beaubourg 19, Paris, www.centrepompidou.fr

L’art en guerre

L’artiste est particulièrement sensible à la guerre, qui le pousse dans ses retranchements esthétiques. Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris donne à voir l’influence, sur plus de 100 artistes, du quotidien de Paris sous l’Occupation mêlé aux échos de l’horreur. Pour mesurer le bouleversement du fond mais aussi de la forme. Des pièces de Picasso, Kandinsky, Ernst, Man Ray, Matisse, Artaud, De Chirico, Vasarelli, Giacometti, Breton and Co, venues des plus prestigieuses collections publiques et privées de la planète.

« L’art en guerre, France 1938-1947. De Picasso à Dubuffet », du 12 octobre 2012 au 17 février 2013, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, avenue du Président-Wilson 11, Paris, www.mam.paris.fr

Crédits photos: Dr

Laetitia Guinand

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