Bilan

Hippisme: l’histoire magique d’une complicité

L’attelage de Pierre Emonet et Jérôme Voutaz fait partie des meilleurs du monde. Avec leurs chevaux de la race Franches-Montagnes, ils ont une nouvelle fois épaté le public du Concours hippique de Genève.

Jérôme Voutaz, au CHI de Genève en 2015. 

Crédits: CHI

Le premier est agriculteur, le second garagiste. Les deux habitent la commune de Sembrancher (VS). Un voisinage qui a uni leur destinée dans une passion, une entreprise improbable comme seul un petit village peut générer. Le truc de Pierre Emonet (53 ans) et Jérôme Voutaz (37 ans), c’est l’attelage. Ces chars de six cents kilos tirés par quatre chevaux puissants et rapides qui atteignent parfois à 50 km/h et qui slaloment entre des cônes oranges et des panneaux. Le week-end dernier, Jérôme Voutaz et cie ont une nouvelle fois conquis le public du Concours hippique de Genève. Vitesse, précision et dextérité: l’attelage de chevaux de Franches-Montagnes, en terminant quatrième du concours, a prouvé qu’il appartenait à la crème mondiale de la discipline.

A la sortie de la piste principale, Pierre Emonet s’est occupé des quatre chevaux, Lenny, FlyEva et Belle du Peupé, les yeux un peu humides: «Quand on pense où ces juments nous ont menés, il y a beaucoup d’émotion.»

L’histoire du team La ferme des Moulins? Improbable et magique. Elle qui trouve ses racines… Pierre Emonet peine à dater: «Les parents de Jérôme habitaient à côté de ma ferme. J’avais des vaches, notamment de la race d’Hérens. Il venait souvent, mais j’ai tout de suite vu qu’il s’intéressait plus aux chevaux.» Puis, il y a eu 1984 : «A la fin de mon école de recrue, j’ai décidé de racheté mon cheval d’armée.»

La machine était lancée, mais le duo n’imaginerait pas qu’elle allait s’emballer. De naissances à la ferme en achats de jeunes poulains, Pierre Emonet a eu un, deux, trois, puis quatre, puis… beaucoup de chevaux. Et au fur et à mesure que l’écurie grandissait, le duo a développé ses attelages: «Mais on était nul, vraiment. Alors j’ai décidé de faire le brevet.» Histoire d’avoir de vraies bases. Le talent naturel de Jérôme Voutaz en tant que meneur a fait le reste. Le team s’est mis à grimper les échelons, jusqu’à aujourd’hui chatouiller l’Australien Boyd Exell, référence absolue de la discipline.

Si «l’entreprise» marche depuis si longtemps, c’est parce qu’entre les deux hommes les choses sont claires, fixées par le bon sens plutôt que les contrats, même si leur passion coûte assez cher. «Je m’occupe de soigner les chevaux, de les nourrir et Jérôme est responsable de les entraîner, du char et du camion pour les déplacements. Il n’y a que nous deux à prendre des décisions. Rien que nous deux. Un autre élément est primordial. Mon âge un peu plus avancé me permet de garder les idées claires pour éviter les folies qui nous laisseraient sur la paille. Tous les chapitres de notre histoire, nous les avons ouverts au bon moment. J’ai toujours tenu à ce que nous ayons une bonne assise privée.»

Désormais, c’est chose faite. Le duo a la possibilité d’investir de sa poche – un peu -, mais dispose aussi de quelques soutiens: «Les résultats ont attiré quelques sponsors. Il arrive que des gens amoureux des Franches-Montagnes débarquent à la Ferme des Moulins avec une enveloppe, parfois bien remplie. Et puis nous avons un dîner de soutien qui réunit 350 personnes chaque année. Ce sont des moments incroyables.»

Devant les écuries de Palexpo, Pierre Emonet affiche la fierté des hommes de la terre. Sans exubérance, mais solide: «Au départ, certains voulaient nous faire douter. De l’attelage avec des chevaux de la race des Franches-Montagnes, personne n’y croyait.» Désormais, le monde hippique sait qu’à Sembrancher, c’est du sérieux.

Patrick Oberli

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