Bilan

Golf, St Andrews: populaire et fier de l'être

Un lieu unique incarne pour tous les golfeurs du monde le mythe absolu: St Andrews. Berceau originel du golf, la petite cité écossaise célèbre le passé de la petite balle blanche avec autant de dévotion qu’elle prépare son déploiement planétaire. Décryptage à l’occasion de l’Open britannique, 3e étape du Grand Chelem.
  • Le Castle Course, situé sur une falaise avec vue spectaculaire sur St Andrews, est le dernier parcours inauguré en 2008.

    Crédits: Dr
  • Old Course, le plus ancien et emblématique terrain de golf au monde, est ouvert à tous.

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  • Old Course, le plus ancien et emblématique terrain de golf au monde, est ouvert à tous.

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  • L’Américain Zach Johnson, âgé de 39 ans, a remporté la 144e édition du British Open de golf

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  • Jordan Spieth, Témoignage Rolex, numéro 1 au classement mondial en août 2015

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Il en va du golf comme du caviar. Certains adorent, d’autres adorent détester, sans même – la plupart du temps – s’y frotter. L’indifférence ne semble pas avoir droit de cité. Néanmoins, plus que le sujet lui-même, c’est bien son image qui polarise, cristallisant les critiques des détracteurs. Trop élitaire, inaccessible, jugent certains. Un voyage sur les terres qui ont vu naître le golf permet une vision plus nuancée de ce qui pourrait bien devenir un sport démocratisé, prisé aux quatre coins du monde. 

St Andrews : « The home of golf »

Sitôt l’aéroport d’Edimbourg quitté, l’autoroute déroule son ruban d’asphalte au beau milieu d’une campagne verdoyante. L’herbe contraste avec le ciel lourd, chargé de nuages menaçants qui – avec une régularité métronomique – viennent arroser copieusement le paysage. Une carte postale typique que quelques maisons de briques rouges et la présence de panneaux de signalisation routière évoquant de célèbres whiskies viennent encore compléter.

St Andrews apparaît soudain, fièrement dressé sur la côte est, face à la mer du Nord. Riche d’un patrimoine culturel important – hérité d’une histoire aussi longue que mouvementée – elle rayonne aujourd’hui grâce à son université – la plus ancienne d’Ecosse, fondée en 1413 – et au golf. Difficile d’ignorer ce dernier, tant il paraît ici chez lui. Au point de croiser régulièrement des habitants avec leurs clubs sur le dos. Une bonne raison de surnommer St Andrews « The home of golf ».

Le lien historique qui unit la cité et le sport remonte à près de cinq siècles, mais ne fait cependant pas toute la lumière sur l’origine du golf. Pratique de bergers locaux qui trompaient jadis leur ennui en tapant de leur canne des galets pour les uns, jeu importé par des marchands hollandais pour les autres, peu importe. Son succès menaçant l’entraînement des archers aux yeux du roi Jacques II, il fut interdit dans toute l’Ecosse jusqu’au début du XVIe siècle.

Prestigieux et populaire à la fois

Les quelque 15'000 habitants de St Andrews bénéficient de pas moins de sept parcours répartis le long de la plage. Le plus légendaire d’entre eux, l’Old Course, cultive – comme seul le Royaume-Uni sait le faire – un paradoxe étonnant. Bâti sur un terrain public, il ferme le dimanche afin de permettre aux non-golfeurs de profiter pleinement du lieu. Les familles viennent donc y déjeuner sur l’herbe méticuleusement entretenue la semaine durant, les joggeurs y courir, les chiens s’y faire promener. Tout simplement impensable ailleurs.

Même s’il n’est pas le plus ancien parcours du monde, l’Old Course demeure le plus prestigieux, véritable Mecque du golf. Ainsi, sur les 250'000 parties jouées chaque année à St Andrews, pas moins de 45'000 le sont sur son fairway. Alors que les parcours appartiennent généralement à des clubs très exclusifs, dont seuls les membres peuvent bénéficier, l’Old Course – de par ses statuts – s’ouvre à qui le souhaite.

Encore faut-il s’armer de patience pour y jouer, tant il est victime de sa renommée. Les plus organisés s’inscriront en ligne – possibilité offerte une fois l’an, quinze jours durant en septembre – en espérant être tirés au sort parmi les nombreux prétendants. Les autres se rendront sur place en comptant décrocher le précieux sésame parmi ceux attribués par tirage au sort quotidiennement. Un véritable parcours du combattant au regard de la possibilité offerte aux étudiants de l’université de jouer à l’année pour le coût d’une seule partie… Preuve irréfutable d’une conception très démocratique de l’accès à ce sport.

Vous faites partie des quelques heureux élus ? Alors se mêlent probablement déjà dans votre esprit l’appréhension et l’excitation. Rien que de très normal en réalité, tant le poids de l’histoire du lieu ne peut passer totalement inaperçu. Une certitude cependant : les impressions vécues ici resteront gravées à jamais. Il n’y a qu’à se poster à la fin du parcours : l’intensité du moment se lit sur les visages et s’exprime dans toutes les langues du monde. 

Important potentiel de développement

Si le golf est pratiqué depuis des siècles, ce n’est que depuis quelques décennies qu’il connaît un développement sur le plan mondial. « Il y a vingt ans, les Japonais et les Américains venaient visiter les parcours de St Andrews. Désormais, ce sont les Chinois », explique Michael Tate, directeur commercial du R & A. Mais si de nouveaux marchés – l’Asie, l’Amérique du Sud, le Moyen-Orient – offrent en effet des perspectives de développement immenses, encore faut-il s’assurer que le sport n’y perde pas son âme.

C’est donc une préoccupation majeure pour le R & A. Raison qui l’a poussé à collaborer avec de solides partenaires pour accompagner son développement. Parmi ceux-là, un horloger suisse, Rolex. Dès la fin des années 1970, la marque à la couronne s’engage aux côtés de l’instance dirigeante du golf afin d’assurer les conditions-cadres favorables au respect de l’esprit du sport et – parallèlement – à sa nécessaire évolution.

« Plus tard, j’aimerais pouvoir me dire que le golf a atteint son potentiel de croissance internationale et a su préserver intacts les atouts dont il dispose et l’héritage qui est le sien », confie Peter Dawson, directeur général du R & A. « C’est notre principal défi au R & A. Le problème du golf, c’est qu’il est en concurrence avec tant d’autres loisirs. Il y a aujourd’hui tellement de choses à faire pour occuper son temps libre. Mais avec l’aide de partenaires engagés, nous sommes convaincus que le nombre d’adeptes du golf va continuer à augmenter dans les pays émergents. »

L’engagement de Rolex en matière de golf remonte en réalité à 1967, date à partir de laquelle elle collabore avec Arnold Palmer, champion au palmarès ébouriffant. Si aujourd’hui la marque s’avère aussi respectée dans le monde du golf, c’est justement parce qu’elle a réussi à soutenir non seulement les joueurs – professionnels, mais aussi amateurs et juniors – les plus grands tournois, mais également la relève ainsi que les organisations qui encadrent le développement de ce sport.

Une association somme toute naturelle, comme le souligne Arnaud Boetsch, directeur communication et image chez Rolex : « L’avenir nous réserve sans aucun doute de nouveaux records et de nouveaux champions issus, pour beaucoup, de pays encore peu familiers du golf. Ils s’inscrivent dans une histoire en marche, celle d’un sport parmi les plus remarquables qui soient. Rolex est profondément attachée aux valeurs que sont la tradition et l’innovation. »

Sans aucun doute de bon augure pour tous, alors que ce sport redevient discipline olympique dès les jeux de Rio en 2016. Par deux fois seulement en effet – en 1900 à Paris, puis en 1904 à Saint Louis (USA) — le golf a été au programme des festivités, avant une longue éclipse. Ce n’est qu’en 2009 à Copenhague que l’assemblée générale du CIO décide sa réintégration : 60 joueurs, puis 60 joueuses s’affronteront donc à Rio sur quatre jours, avec autant de parcours au menu. 

St Andrews Links Trust : une institution pour le moins originale

Depuis 1974, date de sa création, le St Andrews Links Trust (SALT) a le mandat de gérer pour le compte de la ville éponyme l’ensemble des installations liées à la pratique du golf. Parcours bien sûr, mais également académie et camps pour les enfants, ainsi que les inévitables magasins d’articles sportifs. La particularité de l’institution dirigée par Euan Loudon – ancien officier de l’armée britannique, puis organisateur du célèbre military tattoo d’Edimbourg – consiste à maintenir un équilibre permettant financièrement à tous l’accès aux sept parcours de golf.

A priori paradoxal, cet objectif paraît couler de source pour le directeur : « Nous pourrions bien évidemment augmenter les green fees (entre 3 et 170 £, suivant la saison et le parcours choisi, ndlr), puisque tous les jours de l’année nous refusons des joueurs venant des quatre coins du monde. Ce serait cependant à l’opposé de l’état d’esprit qui nous anime. Nous souhaitons rester ouverts, accessibles. » Une philosophie que ne démentent pas les chiffres: si la moitié des parcours s’avèrent réalisés par des étrangers, l’autre l’est par des locaux.

Parmi ceux-ci, de très nombreux jeunes et des représentants de toutes les catégories sociales. Et Eudan Loudon d’ajouter : « Nous ambitionnons de représenter un exemple pour notre sport. Ouverts, mais aussi responsables. Nous recherchons constamment le meilleur équilibre entre l’impact des activités que nous déployons et l’environnement sans lequel nous ne pourrions évoluer avec autant de plaisir. Jouer ici doit être une expérience unique, mémorable. Cela était vrai hier et doit l’être demain également. » Réjouissant à l’heure du développement mondial d’un sport qui mobilise des ressources – en particulier en eau – dont certaines régions manquent parfois cruellement.

Ce n’est donc pas demain que des projets immobiliers menaceront le berceau mondial du golf. L’environnement, la durabilité : de simples concepts pour les uns, une réalité concrète pour les autres. En irréprochable gardien du temple, c’est tout naturellement que l’institution s’est par exemple engagée à reconstruire les digues proches qu’une tempête récente avait endommagées.

Tout comme les bergers qui jadis faisaient paître leurs troupeaux sur ces terres, le trust mobilise tous les moyens dont il dispose pour les entretenir. C’est dans cette perspective qu’il a noué de nombreux partenariats, dont Rolex est partie prenante. Rien de surprenant en cela, compte tenu de la volonté d’engagement à tous les niveaux qui anime la marque.

Après le 144e Open britannique remporté le 19 juillet dernier par Zach Johnson, il fait nul doute que l’Old Course a rapidement retrouvé – après le départ des quelque 200'000 spectateurs ayant fait le déplacement – la quiétude qui lui sied. On ne bouscule pas facilement un tel mythe ! 

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Sébastien Ladermann

FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

Lui écrire

Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

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