Bilan

Géométries de lumière

Boxeur professionnel à ses débuts, Tadao Ando est aujourd’hui une star planétaire de l’architecture. Retour sur le parcours étonnant d’un autodidacte inspiré.

  • Centre d’art du domaine Château La Coste en Provence

    Crédits: Andrew Pattman
  • Bourse de commerce – Pinault Collection, Paris

    Crédits: Maxime Tétard
  • Chichu Art Museum, Naoshima, Kagawa

    Crédits: Mitsuo Matsuoka/Taschen
  • Centre d’art du domaine Château La Coste en Provence. Sean Scully, «Boxes full of Air». Louise Bourgeois, «Crouching Spider», The Easton Foundation New York. ADAGP Paris.

    Crédits: Andrew Pattmann
  • Shanghai Poly Theater, Jiading, Shanghai, Chine.

    Crédits: Shigeo Ogawa/Taschen

Né à Osaka en 1941, Tadao Ando est élevé par sa grand-mère dans une petite maison en bois étroite et tout en longueur. Après avoir fréquenté un atelier de menuiserie, il décide de se former au métier d’architecte. Sans moyens financiers pour accéder à l’université, il se paie des cours de dessin par correspondance et apprend ainsi à tracer des plans grâce à ses gains en tant que boxeur. Dans les années 60, il entreprend un long voyage autour du monde pour découvrir les grandes capitales, puis fonde son agence en 1969. Couronné par la plupart des prestigieux prix d’architecture, dont le Prix Pritzker en 1995, il est professeur invité à Yale, Columbia et Harvard. Le comble pour un autodidacte.

Importance de la lumière

La complexité de ses œuvres se cache derrière une apparente simplicité des volumes et des formes, un minimalisme traduit par une gamme limitée de matériaux tels que le verre, parfois l’acier et surtout le béton, exprimant sa texture à nu. Le tout en dialogue permanent avec les éléments naturels, l’eau, le ciel, le vent. Et la lumière. Dans toute son œuvre, le ciel constitue un élément spatio-temporel central qui crée une interaction entre l’ombre et la lumière exprimée sur les murs silencieux. Cette dramatisation par la lumière fait l’originalité et la beauté de son œuvre : « J’aime les espaces nus, les plans libres, les volumes simples. Je travaille beaucoup l’idée de transition, entre le dedans et le dehors, la nature et le construit, l’individu et le monde. Mes architectures sont ouvertes au vent, à la lumière et à l’ombre. ». Emblématique de son art de découper le ciel, son « Eglise de la lumière » réalisée en 1989 à Osaka est un bloc rectangulaire de béton, minimal et dépouillé. Magnifié par un éclairage naturel qui inonde l’espace à travers la découpe en croix sur le mur du fond, il transmet un envoûtement quasi mystique

Sensibilité raffinée

Par une sobriété pleine de retenue issue de la tradition japonaise appliquée à un répertoire moderniste qui doit beaucoup à Le Corbusier, Tadao Ando a su créer depuis ses débuts un langage à la fois austère et spectaculaire, monumental et apaisant. Une esthétique unique illustrée à travers plusieurs centaines de constructions. Des maisons individuelles, des bâtiments publics, de nombreuses églises et musées en Europe, aux Etats-Unis et surtout dans son pays. Sur l’île de Naoshima, il a participé au projet fou de faire revivre, grâce à l’art, ce lieu en déclin ainsi que deux îlots voisins, Inujima et Teshima. L’archipel est devenu un espace artistique unique au monde, avec des musées, des maisons traditionnelles investies par des artistes, des œuvres posées en pleine nature. Tadao Ando y a réalisé plusieurs musées, le Benesse House Museum (1992), le Lee Ufan Museum (2010), le Chichu Museum (2004) et un hôtel ouvert sur le ciel. « Ici, l’art, la terre et le paysage sont totalement liés, raison pour laquelle mes constructions ne se voient quasiment pas, elles se fondent dans le terrain. »

Portrait de Tadao Ando (Crédits: Dr)

Château La Coste

En 2011, il achève un autre projet muséal pour le domaine Château La Coste en Provence. Intégré sur un ancien champ de vignes s’érige le centre d’art, une structure en béton et verre qui interagit avec l’eau pour créer divers espaces, angles, ouvertures et points de vue sur la nature alentour. Il a également restauré une chapelle du XVIe siècle. On retrouve ici les spécificités de l’architecture de Tadao Ando : la sobriété des formes et des matériaux et les jeux de lumière.

La Bourse de commerce

Parmi ses derniers grands projets, la transformation complète de la Bourse de commerce, au cœur de Paris, en centre d’art contemporain qui accueillera mi-juin la collection Pinault. Pour le milliardaire français, grand collectionneur d’art, qui a déjà confié plusieurs importants projets à l’architecte japonais dont le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana à Venise, « le choix de Tadao Ando s’est imposé comme une évidence. Il est l’un des rares architectes à savoir concilier avec subtilité le dialogue entre l’architecture et son contexte, le passé et le présent, la radicalité et la discrétion. »

Patricia Lunghi

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