Bilan

Formule 1: les Titans du circuit

Ils dirigent les écuries les plus puissantes du moment. Si Mercedes fait un sans-faute depuis l’arrivée de Toto Wolff, Ferrari et son nouvel homme fort Maurizio Arrivabene attaquent tous azimuts leur adversaire. Duel des mots.
  • Maurizio Arrivabene (Ferrari) et Toto Wolff (Mercedes).

  • Avec Maurizio Arrivabene à sa tête, la Scuderia s’est montrée bien plus compétitive lors du championnat 2015.

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  • Ambassadeur pour la marque horlogère Hublot

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  • Toto Wolff, le patron de l'écurie Mercedes, est un homme d'affaires redoutable.

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  • Partenaire de la marque horlogère IWC

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Maurizio Arrivabene 

C’est la première année qu’il gère une équipe sportive, et les résultats sont déjà là: avec le charismatique Maurizio Arrivabene à sa tête, la Scuderia s’est montrée bien plus compétitive lors du championnat 2015. En choisissant l’homme de marketing comme bras droit en 2014, Sergio Marchionne, patron de Ferrari, poursuit sa révolution au sein de l’écurie italienne. Celui qui était assis au premier rang comme sponsor clé ces vingt dernières années se retrouve désormais sous les projecteurs. Rencontre au Grand Prix d’Italie 2015, à Monza.

Votre carrière a toujours été étroitement liée à Ferrari, notamment quand vous étiez en charge du sponsoring chez Philip Morris. Comment êtes-vous passé de l’autre côté?

Je travaillais avec l’équipe depuis plus de vingt-cinq ans. Dès 2010, j’étais membre de la commission F1. Je connaissais les collaborateurs de la Scuderia, j’étais déjà proche d’eux. Mon nom a probablement dû circuler d’une façon ou d’une autre. Un jour, je reçois l’appel de Sergio (Marchionne, ndlr). Il me dit qu’il veut travailler avec moi.

Vous n’avez pas hésité?

Si quelqu’un du calibre de Sergio Marchionne vous contacte, il faut l’écouter! C’était le week-end, si je me souviens bien. Nous nous sommes vus après un match à Turin. Après une longue conversation, il m’a dit directement: «Tu veux travailler avec nous?» J’ai accepté. Nous n’avions pas parlé d’argent… C’était basé sur une confiance mutuelle. Quand je suis rentré, sur le chemin de Lausanne, je me suis dit qu’il fallait peut-être que je le dise à ma femme. (Rires.)

Cela fait maintenant une année que vous êtes à la tête de la Scuderia. Un premier bilan?

C’était tout d’abord une grande émotion, même si j’étais déjà familier avec l’équipe. Sergio m’a beaucoup aidé. Il voulait être sûr que la porte m’était complètement ouverte partout. Ensemble, nous avons commencé à prendre certaines décisions. Des membres de l’équipe sont partis (dont le pilote Fernando Alonso, ndlr). Nous avons recruté d’autres personnes, comme le pilote Sebastian Vettel, que nous avons accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. Nous réglons les problèmes les uns après les autres, grâce à l’équipe soudée que nous avons construite.

La F1 perd de l’intérêt auprès de son public. Comment raviver l’audience?

Dans la stratégie du groupe, nous travaillons dur pour nous focaliser sur la spectacularisation de la F1. Avec comme objectif de rendre toute la discipline beaucoup plus intéressante. De mon point de vue, la F1 doit sortir des paddocks et ouvrir les yeux sur le rôle du web. Pour retenir les consommateurs actuels, mais aussi en acquérir de nouveaux, les outils sont aujourd’hui complètement différents. Il faut désormais ouvrir davantage la porte et être plus proche du public, et surtout comprendre leurs besoins. C’est à partir de là que l’on peut créer un nouveau show.

Que fait la Scuderia pour être plus proche de ses spectateurs?

Pour la première fois, la Scuderia est sortie du circuit de Monza hier (jeudi 3 septembre, ndlr). Les supporters ont pu rencontrer les pilotes gratuitement et discuter avec eux. Même s’il pleuvait à torrents, 4000 personnes étaient présentes. Il est nécessaire pour nous d’aller à la rencontre des spectateurs. 

Vous comptez désormais parmi les ambassadeurs de Hublot. Ce n’est pas commun de voir un manager comme vous tenir ce rôle.

C’était un immense plaisir pour moi. La Scuderia et Hublot ont beaucoup en commun, en termes de précision, de recherche et développement, d’efforts techniques. Mais aussi la passion. Lorsque j’ai visité la manufacture avec Jean-Claude Biver et Ricardo Guadalupe, j’ai été très impressionné par l’attention portée à tous les détails, sans exception. 

Christian « Toto » Wolff 

A 43 ans, l’Autrichien a déjà mené plusieurs vies: pilote, serial investisseur, manager… La carrière de Toto Wolff est déjà bien remplie. Il s’est surtout révélé être un homme d’affaires redoutable qui a su faire fructifier toutes les entreprises high-tech et sportives sur lesquelles il mettait la main. Directeur exécutif de Mercedes Grand Prix, dont il détient 30% des parts, il conduit les Flèches d’Argent loin devant tous les monoplaces des écuries concurrentes depuis 2014. Quelques jours après le sacre de son pilote fétiche Lewis Hamilton au Grand Prix des Etats-Unis 2015, il répond aux questions de Bilan Luxe. 

Vous avez commencé en investissant dans des entreprises technologiques. Et vous voici directeur et actionnaire de l’écurie Mercedes. Un parcours atypique…

J’ai commencé avec une société d’investissement, en plein phénomène internet. Les marchés financiers étaient ouverts à cela en 1998. Puis j’ai commencé à investir dans des sociétés plus grandes. Le sport étant ma passion quand j’étais adolescent – j’ai couru dans des séries juniors – j’ai saisi l’opportunité d’investir dans des sociétés actives dans les secteurs automobile et sportif dès qu’elle s’est présentée.

En 2006, j’ai investi dans HWA, le spin-off d’AMG pour tout ce qui concernait les activités sportives et automobiles. Nous avons introduit cette société en bourse en 2007. Dès lors, les dimensions investissement et sport automobile de ma carrière ont fusionné. 

Vous aviez également investi dans l’écurie britannique Williams Grand Prix.

C’était en 2009. J’avais pris une part de 20%, avant de l’introduire en bourse en 2011. En 2012, je suis devenu le directeur exécutif de l’écurie. Nous avons gagné une course avec Pastor Maldonado au Grand Prix d’Espagne. Cette année m’a beaucoup plu. Et fin 2012 Mercedes m’a approché pour analyser les dysfonctionnements de son équipe. Puis l’entreprise m’a fait une offre pour prendre un rôle, non pas de manager, mais de managing partner. Je détiens aujourd’hui 30% des parts.

Mais vous êtes toujours actionnaire de l’écurie Williams?

J’ai réduit mes parts, je suis aujourd’hui à moins de 5%. 

L’écurie Mercedes et son pilote Lewis Hamilton ont remporté haut la main les titres mondiaux 2015. Quels seront vos principaux défis en 2016?

Nous nous préparons déjà depuis un certain temps, au niveau technologique et technique. Et aussi politique. Pratiquement, la saison 2016 a commencé à 100% ce dimanche (25 octobre, ndlr) quand nous avons remporté le championnat pilotes. Toute activité sur circuit cette année et tout ce que nous entreprenons sont dédiés à 2016. 

La F1 perd de l’intérêt auprès de son public. Que peut-on améliorer dans son spectacle?

Si les spectateurs TV traditionnels décroissent d’année en année, c’est qu’ils se reportent sur internet et les réseaux sociaux. Mercedes est très fort sur ces supports. Nos activités digitales rencontrent une grande audience. Il faut bien entendu continuer à optimiser. Chaque sport doit se remettre en question, essayer de croître, d’offrir d’année en année un spectacle meilleur.

Nous avons certainement des défis en termes de coûts, de spectateurs live, de prix moteurs. Nous devons aussi faire comprendre aux fans les défis technologiques. Ce n’est pas uniquement un championnat de pilotes, c’est aussi un championnat du monde d’ingénierie. Personne ne veut d’un championnat de low-tech; la F1, c’est du high-tech.

Les marques IWC et Mercedes sont liées depuis plus de dix ans. Quelle est l’histoire de cette relation?

D’un aspect purement personnel, travailler avec George Kern et son équipe, c’est une relation qui non seulement fonctionne vraiment sur le plan humain mais nous partageons tous la même philosophie de management et du brand. Une de mes philosophies, c’est d’établir des relations sur le long terme, des relations de confiance. Et celle avec IWC en est la preuve.

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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