Bilan

Fondeur d’or Tel un grand chef

A travers le petit hublot, le métal en fusion semble aussi liquide que l’eau. Le creuset en céramique qui le contient – paré de reflets jaune orangé – s’incline lentement sous l’œil attentif de Paolo, laissant s’échapper alors son contenu en un mince ruban continu. Seule la forme du moule – un parallélépipède rectangle en acier, posé verticalement – qui recueille la matière peut renseigner sur la nature du fluide: de l’or, un lingot en devenir.
Crédits: Dr

C’est au cœur d’une zone industrielle sans âme que le maître fondeur de Chopard – une des seules manufactures horlogères à posséder sa propre installation de fonte d’or en interne – déploie un savoir-faire rare. Celui qui consiste à produire cinq alliages différents – une nuance d’or blanc, deux d’or jaune et autant d’or rose – à partir d’or 24 carats, trop meuble pour être utilisé tel quel.

Tout l’art de Paolo et de son apprenti Nicolas – auquel il s’attache à transmettre ses connaissances, faute de filière d’apprentissage spécifique – consiste à élaborer puis reproduire à l’identique les «recettes» des alliages d’or 18 carats nécessaires à la production de la manufacture. Chaque qualité associe à l’or pur d’autres métaux – cuivre et argent pour l’or rose, palladium pour l’or blanc – et quelques additifs tenus secrets.

Après la préparation des alliages, la fonte sous vide d’air à près de 1000 degrés mobilise tout le savoir-faire de Paolo, quand bien même un des deux fours à induction s’avère informatisé. La gestion des températures, des ambiances gazeuses, la vitesse du processus, tous les paramètres doivent être parfaitement maîtrisés pour assurer durabilité, résistance et éclat au précieux matériau.

Le fondeur s’empare du lingot d’or rose de 8 kilos encore liquide il y a quelques dizaines de minutes et s’apprête à le laminer en une longue bande épaisse de 12 millimètres. Si son travail s’arrête à cette ultime étape, sa responsabilité va bien au-delà. Car ce n’est que lorsque la matière sera utilisée que d’éventuels défauts – comme la porosité du métal, par exemple – apparaîtront. Soit bien trop tard pour y remédier.

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Sébastien Ladermann

FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

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Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

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