Bilan

Flirter avec un géant des glaces

Dans le Haut Valais, l'Aletsch, le plus long glacier des Alpes offre ses surfaces, ses grottes, ses moraines et ses séracs aux amateurs de sensations, mais aussi pour comprendre la fragilité de ce fleuve gelé, autrefois craint, désormais protégé.

  • Expérimenter la marche sur glacier, encordé et avec les crampons aux pieds.

    Crédits: Aletsch Arena
  • Le glacier d'Aletsch est le plus long glacier des Alpes.

    Crédits: Aletsch Arena
  • La Villa Cassel, construite par un banquier londonien à l'aube du XXe siècle.

    Crédits: Aletsch Arena - Michael Portmann
  • Pour les amateurs de photographie, des safaris-photos nocturnes sont proposés.

    Crédits: Aletsch Arena

Il y a encore deux siècles, il faisait peur et les habitants multipliaient les prières pour que ce «monstre de glace» épargne les villages. Une délégation valaisanne s'est même rendue à Rome pour que les demandes soient exaucées, et y a laissé un ex-voto. En 2015, un élu local a refait le voyage vers le Vatican pour inverser la prière: le glacier d'Aletsch recule, à l'instar de la quasi-totalité des glaciers d'Europe. Mais sa fragilité ne le rend que plus sublime pour le randonneur qui le découvre depuis les belvédères de Moosfluh, Bettmerhorn ou Eggishorn.

Entre les deux voyages à Rome, les habitants de Mörel, Betten, Lax, Fiesch et tout le chapelet de petits villages pittoresques le long du Rhône ont su apprivoiser le géant de glace. «Tout a débuté avec les Anglais qui ont développé le tourisme. Originaire de Cologne mais vivant à Londres, le banquier Ernst Cassel a fait édifier la villa qui porte son nom au débouché du glacier: il suivait la passion des voyageurs britanniques et de toute l'Europe pour ces montagnes, leur air pur et les activités physiques qu'ils pouvaient y pratiquer», retrace Monika König-Gottsponer, porte-parole d'Aletsch Arena, organisation qui fédère les initiatives touristiques des communes proches du glacier.

Et ce terrain de jeu pour aristocrates britanniques fortunés est devenu le joyau de la région. Ces dernières années, Aletsch Arena a développé une offre riche, diversifiée et étoffée pour que tous les visiteurs puissent découvrir le glacier et ses alentours selon leurs envies, leurs possibilités et leurs centres d’intérêt.

Marcher sur le fleuve glacé... 

Ainsi, pour les novices, des guides proposent de découvrir ce gigantesque fleuve figé en parcourant sa surface, encordés et crampons aux pieds. Une initiation d'une demi-journée qui permet de découvrir un monde bien plus étonnant qu'il n'y paraît. A la surface, le relief est marqué: des rivières tracent leur chemin, s'engouffrent dans la glace pour resurgir plus loin, des pierres arrachées aux parois plus haut dans la montagne sont lentement chariées vers la vallée, la glace qui se fissure et se compresse offre des parcours variés. 

Pour ceux qui voudraient pousser plus loin l'expérience ou qui ont déjà une certaine habitude de ces univers, les guides proposent des sorties sur deux jours, avec nuit en cabane, dans la célèbre Konkordia-Hütte. Une expédition inoubliable, notamment pour ceux qui osent sortir de la cabane le soir pour observer le ciel et ses milliers d'étoiles. 

La voûte céleste est d'ailleurs au coeur d'une autre offre d'Aletsch Arena: un safari photo nocturne au cours duquel les participants, guidés par des experts, pourront capturer la magnificience de la Voie Lactée. «Nous sommes loin des villes et de toute pollution lumineuse: les nuits sans nuages offrent des spectacles inoubliables et les participants repartent toujours avec des étoiles plein les yeux autant que dans le ciel», se réjouit Monika König-Gottsponer. 

Si ces ateliers sont spécifiquement voués à la photographie, les clichés sont partout sublimes dans cette région. En toile de fond: les grands 4000 des Alpes valaisannes. Au premier plan: des alpages où toutes les nuances de vert alternent avec le bleu des lacs qui parsèment la crête surplombant le glacier. En gros plan: les rhododendrons, campanules et autres gentianes qui font exploser leurs couleurs vives. Depuis l'arête qui relie Moosfluh à Eggishorn, la descente vers le glacier offre des parcours superbes, au milieu des 300km d'itinéraires de randonnée de la région.

... ou s'enfoncer dans ses entrailles 

Une fois sur le glacier, certains veulent aussi s'enfoncer dans les entrailles du fleuve. Des guides offrent cette possibilité. Des teintes blanches et grises de la surface, les visiteurs, équipés de pied en cap, pénètrent alors dans un univers de bleus, où la pression a créé des teintes et des textures toutes différentes les unes des autres. Et ce qu'un visiteur découvre un jour ne sera jamais revu à l'identique, car, s'il paraît immobile, le glacier d'Aletsch bouge en permanence. Si sa surface diminue depuis plusieurs décennies, la glace continue d'avancer, depuis les contreforts de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau jusqu'aux abords du Lac de Märjelen.

Pour approfondir la compréhension du phénomène, un petit tour s'impose à la Villa Cassel. La demeure bourgeoise de style victorien, qui a vu séjourner le vice-roi des Indes ou encore Winston Churchill pendant trois étés quand le futur Premier ministre avait 20 ans, est devenue un centre Pro Natura, qui décrypte le milieu local, de la faune à la flore en passant par la géologie alpine. Ici, les visiteurs peuvent comprendre et interpréter à souhait tout ce qu'ils peuvent contempler à l’extérieur. 

C'est sans doute la démarche qui a été celle de JRR Tolkien. L'écrivain britannique sillonnait les Alpes, venant de Lauterbrunnen, et a découvert ce paysage alors moins marqué par le recul du glacier. Cet univers de rochers, de glaces et de forêts l'a sans doute largement inspiré pour les descriptions de certains mondes de sa saga Le Seigneur des Anneaux.

Une quête mystique que certains perpétuent aujourd'hui. Ainsi, plusieurs offres déclinent des expériences sensorielles ou magnétiques. «Avec le glacier qui recule et compresse moins la montagne, mais la glace qui s'écoule quand même, nous avons imaginé qu'il y avait des lieux chargés en énergie. Nous avons donc sollicité un spécialiste des énergies de la nature qui a repéré une série de sites chargés en énergie et où les visiteurs peuvent pratiquer la méditation, le yoga ou s'imprégner de ces forces que la nature peut nous transmettre», explique Monika König-Gottsponer. 

Bains de forêt et vertiges assurés  

Autre offre bien-être: le bain de forêt. Cette activité permet de s'immerger dans les bois des environs et de s'inspirer de la sérénité et de la force des arbres pour se ressourcer au maximum. 

Enfin, pour ceux pour qui une escapade rime avec sensations fortes, la région s'est fait une spécialité des ponts suspendus: pas moins de cinq sites offrent la possibilité de défier le vide en traversant gorges et ravins sur des passerelles vertigineuses dont certaines vont osciller et bouger à chaque pas. Coup de coeur particulier pour le pont suspendu au débouché de l'Aletschwald, qui offre une vue stupéfiante sur la langue terminale du glacier. De quoi revenir de week-end en ayant adopté ce géant de glace et en joignant ses prières à celles des locaux pour que cette merveille de la nature demeure le plus longtemps possible ce spectacle enchanteur.

L'Idée Week-end est proposée en partenariat avec Suisse Tourisme.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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