Bilan

Figures de style

Le costume est redevenu le roi de la garde-robe virile. Comment le singulariser avec classe et sans effort ? Six personnages, six icônes d’élégance intemporelle montrent la voie. Conseils et décodages.
  • Giovanni Agnelli Crédits: Dr
  • Le Corbusier Crédits: Dr
  • Aristote Onassis Crédits: Dr
  • Tom Wolfe Crédits: Dr
  • Ferdinando Brachetti Crédits: Dr
  • Jean Cocteau Crédits: Dr

«La mode se démode, le style jamais. » C’est Coco Chanel qui disait cela. Et même si la célèbre créatrice n’a jamais créé de vêtements pour hommes, suivons-la.

D’autant que, aujourd’hui, sur les podiums comme sur les blogs de mode, dans la rigueur codifiée des bureaux comme dans la rue des jeunes hipsters barbus, c’est le costume classique qui est dieu.

Au revoir tenues improbables, excentricités impossibles, théâtres démodés. Bonjour le détournement subtil des codes traditionnels (cf. Beckham ou Justin Timerlake et leur façon de dépoussiérer le costume classique). Bye bye le jeunisme et ses jeans déchirés. Bonjour cette nouvelle quête du chic à l’ancienne que les 20-30 ans appellent le « swag ».

Sur ce chapitre, certains types ont plus que d’autres des leçons à donner. Des patrons comme Agnelli ou Onassis. Des artistes comme Cocteau ou Tom Wolfe. Parce qu’ils ont pimenté leur allure d’un simple détail parfois infime, toujours intemporel.

Parce qu’ils ont, sur la norme très codifiée du vêtement viril, apposé leur signature singulière et authentique. Un truc à eux, crédible mais original, qui tient à la fois du branding de soi et de la posture existentielle. Reste que trouver sa signature, cela se travaille. Voici des pistes.

Le Corbusier

Un homme

Charles-Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, natif de La Chaux-de-Fonds, père de l’architecture moderne. Un bâtisseur, bien sûr, mais un homme qui sut se construire un personnage médiatique.

Une signature

Son nœud papillon, que Le Corbu porte aussi bien avec des costumes très « city » (tissu léger, fines rayures crédibles) qu’avec des vestes en tweed nettement plus « gentleman-farmer ».

Comble du chic viril, le Chaux-de-Fonnier peut justifier le nœud pap par une nécessité pratique : le papillon a, sur la cravate pendouillante, l’avantage de ne pas traîner ni maculer une planche à dessin, lorsqu’on se penche dessus.

Une leçon

Le papillon est une excellente manière, très 2013, de suivre, avec juste un pas de côté, la mode qui voit revenir en force le costume classique tailleur. Il confère un petit air intellectuel ou voire une aura de dandy décadent (Gatsby).

Expérience faite par le soussigné, il peut valoir des bénéfices inattendus (billets d’avion upgradés, petit signe de reconnaissance des douaniers, si, si). Bémol: dans le monde très codifié de la banque d’affaires, il peut être pris comme un manque de sérieux, une marque de légèreté – à cause de sa forme en hélice ? (St. Bo.)

Aristote Onassis

Un homme

L’armateur grec Aristote Socrate Onassis a su emballer la plus iconique des femmes, Jackie Kennedy-Onassis.

Une signature

Des lunettes à la monture épaisse qui se voient de loin. Deux marques françaises de belle lunetterie, la maison Bonnet et François Pinton se partageaient cet éminent client.

Aujourd’hui encore le modèle Ona, chez Pinton, reste très prisé par les hommes. Aristote Onassis, cravaté de noir par la maison Marinella, masquait son regard. On ne sait pas si c’est lui ou ses compagnes qui l’avaient incité à chausser ses théâtraux et luxueux binocles. Maria Callas – l’une de ses maîtresses – et Jackie O. enfilaient également de beaux spécimens. Des mêmes maisons!

Une leçon

Quitte à devoir porter des verres correcteurs, autant les montrer. Au placard, les lunettes effacées, les sans monture. Trop de discrétion tue le style. De plus, des lunettes spectaculaires détourneront l’attention d’autres défauts, ceux inhérents à l’âge, par exemple. (S. J.-F.)

Tom Wolfe

Un homme

Tom Wolfe, célèbre écrivain américain. Roman le plus connu : Le bûcher des vanités. Son Bloody Miami vient de sortir en français. 

Une signature

Porter des habits clairs en tout temps. En homme du sud des Etats-Unis, au moment de s’acheter son premier costume, un été de sa jeunesse, Tom le choisit de couleur blanche. L’hiver venu, il n’a pas d’argent pour s’offrir une tenue sombre et continue à porter son costard immaculé. Il mesure l’effet qu’il produit et portera toute sa vie des costumes clairs flamboyants.

Une leçon

L’art de manier le contraste. Autant Wolfe décrit la déchéance d’une société en voie d’encrassement, autant il se montre d’un dandysme précieux et raffiné. Une façon de montrer par le vêtement qu’on cherche à s’élever au-dessus de la médiocrité quotidienne. Plus qu’une image, c’est donc une posture.

Au mâle alpha romand qui a peur de passer pour un clown (ou qui n’a pas le talent d’un Tom Wolfe, ce qui le met à l’abri des railleries), on conseillera de lui emprunter un de ses détails et de s’en servir comme d’une signature discrète: porter des boutons de manchette ; plus facile encore, glisser toujours une pochette dans la poche pectorale de sa veste, y compris avec une tenue décontractée. Toujours. (St. Bo.)

Ferdinando Brachetti

Un homme.

Ferdinando Brachetti Peretti. CEO italien de la holding Api. Il fait partie des hommes élégants qui figurent dans le magnifique livre Italian portraits publié par la marque de chaussures Tod’s chez Skira (une bible).

Une signature.


Comme des milliers d’Italiens, il signore Brachetti porte des chaussures marron et non brillantes (daim, nubuck) avec son costume classique. 

Une leçon.


En Italie, dans le monde latin des affaires, porter des chaussures noires est une marque de banalité, l’usage étant aux cuirs bruns (il faut, disent les tailleurs italiens, laisser les souliers noirs et les chaussettes assorties aux chauffeurs de taxi). Par contre, dans le reste du monde professionnel masculin, soit entre Genève, la City et Wall Street, le costume se porte avec des chaussures noires.

Pourquoi ne pas latiniser sa tenue comme Ferdinando ? Au moins les jours de Friday Wear. Sous certaines conditions, toutefois : 1) les chaussures doivent être impeccables, y compris sur la tranche des semelles qu’il convient de cirer elle aussi ; 2) cuir de la ceinture assorti à celui des souliers ; 3) costumes ajustés et jamais flottants. Ce n’est pas le diable qui se cache dans les détails. C’est Dieu. (St. Bo.)

Giovanni Agnelli

Un homme.

L’industriel turinois a non seulement marqué l’empire Fiat mais laissé une empreinte iconique dans le monde des élégants. Dix ans après sa disparition, il reste une référence de style.

Une signature.

Sa montre. Agnelli la portait par-dessus le poignet de sa chemise. La légende raconte que c’était un hommage à ses ancêtres d’origine paysanne qui, pour préserver leur chemise, attachaient ainsi leur tocante.

Peut-être que, sous ses costumes Caraceni, ses poignets de chemise étaient si parfaitement ajustés qu’ils ne permettaient pas le port d’une Rolex ni même d’une simple Swatch. Confort, utilité et malice chic.

Une leçon.

Etre impeccable et soigné. Du moment que l’aspect général respire le raffinement et la crédibilité, il est plus facile de détourner certains codes pour en faire une marque de fabrique. Agnelli osait par ailleurs les chaussures d’alpiniste ou des desert-boots mais était, pour le reste, tiré à quatre épingles.

S’il arborait une cravate de maille fine par-dessus le pull, c’était sans outrecuidance. Il a su, sans sortir des carcans masculins, s’offrir des libertés. Avec panache et style. Cet été 2013, il faudra trouver une autre signature que la montre-bracelet sur la manche. Mais vous saurez. Nous le savons. (S. J-F.)

Jean Cocteau

Un homme.

Le génial touche-à-tout, poète, cinéaste, graphiste, dessinateur, Jean Cocteau, homme complexe et fascinant.

Une signature.

Les images de Cocteau, digne et impeccable dans ses costumes étriqués, habitent encore les esprits. L’artiste a, par exemple, réhabilité le duffle-coat mais pas que… Sa broutille à lui, c’était d’insuffler une jolie dose d’allure singulière à ses blazers classiques en déboutonnant les manches et en les retroussant bien au-dessus du poignet. Un geste, presque anodin, mais un pied de nez au port banal du costume.

Une leçon.

C’est un détail de rien, ces manches retroussées. Un peu de nonchalance sans provocation. Le confort des manches ne tombant pas sur les mains engendre de l’élégance. Prendre ses aises, sans provoquer, est une preuve d’aisance avec son propre corps. A imiter, à Menton, où le Musée Cocteau a pris ses quartiers. Décliner gentiment ce geste jusqu’à se l’approprier. (S. J.-F)

 

Sarah Jollien

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