Bilan

Fausses montres: l’éternel combat

Des horlogers cherchent depuis toujours à supprimer les contrefaçons, dont les ventes représentent un énorme manque à gagner. Des solutions innovantes viennent d’apparaître.

Certaines contrefaçons, comme les replica watches, ressemblent presque en tout point au modèle original.

Crédits: Dr

Ce n’est un secret pour personne: tout le monde ne peut pas ou ne veut pas payer le prix d’une montre de haute horlogerie. Plusieurs dizaines de milliards de dollars sont ainsi dépensées chaque année pour des contrefaçons, et si la partie émergée de l’iceberg se traduit en saisies par les douanes, de nombreuses fausses montres passent à travers les mailles du filet. Elles séduisent différents publics, des fans d’horlogerie voulant modifier des modèles iconiques à des personnes désirant paraître riches au cours d’une soirée mondaine. Dans un rapport, la Fédération horlogère (FH) écrit que «l’industrie horlogère et joaillière légitime perd environ 1,9 milliard d’euros de recettes annuelles du fait de la présence de bijoux et montres de contrefaçon sur le marché de l’Union européenne, ce qui correspond à 13,5% des ventes de ce secteur». Contre ce fléau, la FH a mené plusieurs opérations de saisies et de destruction de ces imitations. Un groupement anticontrefaçons rassemble par ailleurs des dizaines de marques qui mettent en commun leurs moyens. «Il s’agit d’un combat éternel. Lorsque vous fermez une filière de contrefaçons, une nouvelle tête repousse à l’hydre», observe Pierre-Antoine Racine, fondateur et CEO de Griffes Consulting, un cabinet de conseil en propriété intellectuelle.

(Crédits: Origyn)

Pour certifier leurs montres, des maisons comme Breitling ou Vacheron Constantin utilisent déjà la technologie de la blockchain. D’autres misent sur un nouvel acteur du milieu: Origyn. Cette société neuchâteloise utilise des photos prises par le smartphone qu’elle compare avec des clichés sortis d’usine. La qualité de l’image permet de savoir précisément de quelle montre il s’agit. «L’algorithme développé fait que l’intelligence artificielle reconnaît des centaines points précis et uniques de la montre, explique Vincent Perriard, cofondateur d’Origyn. C’est comme voir une matière au microscope, chaque modèle est unique.» Fort de son expérience au sein de l’industrie horlogère, il propose une méthode qui a l’avantage d’être non invasive. «Les chips électroniques ne fonctionnent tout simplement pas avec les montres mécaniques. Quant aux certificats délivrés aujourd’hui, ils ne changent pas le problème que l’on connaît: ils restent séparés de la montre», tranche-t-il.

La particularité d’Origyn est que la société a muté le 2 octobre dernier en association à but non lucratif et s’apprête à être adoptée par l’industrie horlogère. «Nous voulons que ce moyen soit aux mains des horlogers», affirme le cofondateur.

Fakes et superfakes

(Crédits: Dr)

Loin des copies grossières visibles sur les marchés du monde entier, les superfakes ressemblent au contraire beaucoup à l’original. Anthony Fabiano, cofondateur de Watch Certification Services of America, sait que les fabricants de «répliques» (replica watches) se renseignent sur les méthodes d’authentification. Ils savent ce que recherchent les douaniers et experts horlogers. Les superfakes bénéficient donc directement de ce savoir. Il s’agit de contrefaçons très réalistes, vendues pour quelques centaines de francs. «Un pourcentage de ces clients aurait pu acheter une vraie montre», affirme Vincent Perriard. L’étude de la FH évalue à 3,5 milliards d’euros la perte des ventes pour l’Union européenne. Sur des forums d’amateurs de replicas, les internautes justifient leurs achats. «J’aimerais en tester certaines pour voir laquelle acheter», «trop de montres me plaisent», ou encore «peu de gens voient la différence, pourquoi se priver?» sont, en substance, les principaux arguments avancés.

Cette similarité entre originaux et contrefaçons est précisément la raison pour laquelle le système d’authentification doit être présent sur la montre et simple d’utilisation, affirme Vincent Perriard: «Les personnes qui n’ont pas les moyens n’achèteront jamais ces montres. Celles qui auraient l’argent pour s’en acheter une ne voudront pas se faire attraper avec une fausse.» Pierre-Antoine Racine ajoute: «Quelqu’un qui veut absolument une montre de luxe peut se tourner vers de la seconde main. Il peut aussi se diriger vers une belle montre suisse moins chère, mais pourquoi du faux?»

Si la montre est considérée par beaucoup comme un marqueur social, alors les contrefaçons brisent les barrières entre ceux qui ont les moyens et ceux qui n’en ont pas. «Il y a des femmes qui sont totalement contre des replicas sous n’importe quelle forme, et elles vont informer les autorités ou les conglomérats du luxe dont la propriété intellectuelle est copiée. Elles veulent vraiment que les personnes mangent des nouilles pendant des mois pour acheter un vrai sac, et certaines le font», expliquait un guide d’un forum de replicas. Pour Pierre-Antoine Racine, Origyn serait une solution viable. «Avec des moyens modernes – presque tout le monde a un smartphone –, on peut confondre les acheteurs de faux.» Autre atout: authentifier les montres par cette nouvelle méthode sera moins chronophage à terme.


LES FRANKEN WATCHES

Assemblages Tout comme le monstre de Frankenstein sur le plan humain, les montres franken sont constituées d’un assemblage de plusieurs pièces horlogères. Le terme désigne en général toute montre non authentique. Elle peut provenir d’un réparateur qui a décidé de mettre d’autres aiguilles ou d’un féru d’horlogerie qui inclut le cadran d’une marque sur sa pièce concurrente. Les experts en horlogerie se méfient des offres vintage peu onéreuses, puisqu’il y a de grandes chances qu’il y ait eu une manipulation. La montre peut sembler parfaite, mais un composant ajouté la fera passer d’une bonne occasion à une arnaque. A la revente, une franken watch perd en effet toute valeur puisqu’elle dénature le garde-temps.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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