Bilan

Expositions immersives: l’art du grand spectacle

Mariage d’images, de sons et de technologies, les expositions immersives promettent une expérience aussi bien émotionnelle que contemplative. Leur scénographie en format XXL séduit les muséophiles, mais surtout les jeunes générations. Et ce, aux quatre coins du globe.

  • L’exposition digitale Planets du collectif Teamlab est située à Toyosu, une des îles de la baie de Tokyo.

    Crédits: Teamlab
  • L’œuvre du peintre symboliste autrichien Gustav Klimt s’adapte parfaitement au mapping vidéo.

    Crédits: Thierry Chesnot/Getty Images
  • Le peintre-musicien Paul Klee a fait l’objet d’une scénographie aux Bassins de Lumières de Bordeaux.

    Crédits: Culturespaces
  • «Dalí, l’énigme sans fin» retracera plus de six décennies créatrices du maître catalan. A découvrir à Paris dès que les conditions sanitaires le permettront.

    Crédits: Culturespaces
Imaginée par Artechouse à Washington, l’expo immersive «Crystalline» explore la richesse de la couleur bleu.  (Crédits: Artechouse)

Révolution artistique pour certains, mal nécessaire pour d’autres, les expositions immersives connaissent un succès retentissant. Un succès qui doit beaucoup à la vision pionnière d’un homme, Bruno Monnier. Le président de la société parisienne Culturespaces a été le premier en Europe à vouloir dépoussiérer notre rapport aux œuvres d’art: «En 2010, j’ai eu l’idée de créer des expositions immersives, car j’ai remarqué que la mondialisation des expositions temporaires créait une tension sur les œuvres d’art. La demande dépassant l’offre. La première expérience immersive s’est tenue dans les Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence.» Un site aux parois de pierres gigantesques, condition essentielle pour créer un effet «wow»: «Depuis le début, nous cherchons à investir des lieux qui ont beaucoup de caractère et qui permettent de donner vie au patrimoine artistique mondial, cela grâce à des technologies de projection et de sonorisation extrêmement avancées. A Bordeaux, pour l’expo consacrée à Gustav Klimt, il y a, par exemple, 170 vidéoprojecteurs et enceintes dotés d’une très haute résolution. Mais le lieu et la technique ne sont pas tout. La qualité de la réalisation est essentielle.»

Remise en question A grand renfort de mélodies classiques et de peintures en mapping vidéo, le visiteur devient une silhouette soumise à ses propres émotions. Très loin du cheminement silencieux dans un musée. De quoi déstabiliser les puristes? Pas nécessairement: «C’est une forme d’introduction à l’art, le visiteur se sensibilise aux œuvres sans que les tableaux ne soient présents physiquement, précise Jean-Christophe Castelain, directeur du Journal des Arts. Il s’agit d’abord d’une distraction avant d’être un moment d’apprentissage artistique, un peu comme dans un parc à thème. Mais si ce type d’expositions peut semer une petite graine dans l’esprit des non-initiés afin qu’ils aient envie d’aller un jour dans un musée, alors le pari est réussi.» Avant de rappeler: «Les expositions immersives obligent les institutions classiques à se remettre en question. Il était temps, car cela fait deux siècles que la scénographie n’a pas changé. On accroche toujours des tableaux les uns à côté des autres, sans chercher à toucher le grand public.»

Le grand public, les expositions immersives parviennent justement à l’atteindre. En faisant de chaque visiteur, l’acteur de son propre spectacle. A la manière d’un jeu vidéo: «Ce type de narration séduit les plus jeunes, car ils sont habitués aux mises en scène numériques, note Basile Bohard, directeur artistique de l’agence expérientielle Neo Digital. Ils apprennent sans s’en rendre compte et en se faisant plaisir. La technologie devient alors un simple outil, un terrain de jeu du monde réel. Et un formidable moyen de rassembler les gens autour d’un peintre. Pas étonnant que les expositions immersives se développent aux quatre coins du globe.» D’autant qu’elles sont extrêmement profitables, puisqu’elles permettent d’éviter le coûteux et difficile transport des œuvres. Bruno Monnier nuance: «Les expositions immersives sont rentables, c’est vrai. Mais les coûts de production sont tout de même conséquents. Un seul exemple, l’équipement vidéo-son d’un site coûte environ quatre millions d’euros.» Un investissement vite rentabilisé par la billetterie qui affiche bien souvent complète.

Développement planétaire L’Atelier des lumières, une ancienne fonderie parisienne qui a accueilli une expo immersive dédiée à Van Gogh et proposée par Culturespaces, a attiré près de 1,4 million de curieux en 2019. Mais, depuis, la pandémie de Covid-19 est passée par là: «Le nombre de visiteurs a été divisé par deux en 2020, déplore le président de Culturespaces. Mais je suis convaincu que la reprise se produira cette année, les gens n’en peuvent plus d’être enfermés. Les prochaines expositions seront consacrées à Salvador Dalí à Paris et Paul Cézanne en Provence aux Carrières de Lumières. Sans oublier Monet, Renoir, Chagall et Yves Klein qui seront mis en scène à Bordeaux. Nous recevons des demandes du monde entier pour organiser des expériences immersives. En 2022, quelque chose se fera dans un lieu exceptionnel à New York. Nous cherchons aussi un endroit unique de plus de 2000 m2 en Suisse.» A Tokyo, le collectif Team Lab invite aussi les visiteurs à se plonger dans un univers numérique de plus de 10 000 m2. Où un champ de lanternes côtoie un mystérieux jardin aux couleurs vives. Dans un autre registre, La Nouvelle-Orléans a son «National WWII Museum», un lieu de mémoire dédié à la Seconde Guerre mondiale. Au menu, de la réalité augmentée, des décors imposants et une scénographie digne des plus grands films hollywoodiens. Enfin, le spécialiste américain de l’art numérique Artechouse propose également de nombreuses expositions à New York, Miami ou Washington. Surfant sur un plébiscite populaire qui rappelle celui des spectacles fondés sur les effets d’optique de la fin du XIXe siècle. Déjà à cette époque, l’illusion attirait les foules…


Les startups de l’artech boostées par les mesures sanitaires

(Crédits: Dr)

Depuis le début de la pandémie, la fermeture des musées, des galeries et autres salles d’exposition a mis sur le devant de la scène les startups de l’artech. Ce que confirme Nicolas Kunz, COO de Iazzu, une jeune pousse zurichoise qui met en relation les amateurs d’art et les exposants: «Le numérique représente un canal supplémentaire en temps normal. Mais lorsque tout est fermé, il gagne forcément en importance. Grâce à la réalité augmentée, notre application permet aux galeristes, aux artistes et aux institutions culturelles d’attirer un nouveau public. Forcément plus jeune.» Un constat partagé par Océane Nevesny, porte-parole de la startup vaudoise Artmyn: «Notre technologie permet de créer des vidéos immersives, au cœur des œuvres d’art. La pandémie a été un déclic pour les musées, ils sont moins réticents aux nouvelles technologies. Quand il a dû fermer ses portes, le Mamco, à Genève, a eu recours à notre technologie.» Lancée par Valentin Barbe, Vincent Baile et Ezana Dawit, trois jeunes Genevois, la galerie Mont-Blanc propose quant à elle des reproductions de grands classiques de la peinture à commander directement en ligne. Une fois réalisée, l’œuvre est ensuite livrée au domicile du client.

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