Bilan

Et si le golf devenait enfin cool ?

De nombreux clubs le reconnaissent : le golf souffre de son image lorsqu’il veut attirer de jeunes joueurs. Bon nombre d’initiatives se multiplient pour que ce sport fasse partie des activités accessibles.

Bernd Wiesberger lors des Audemars Piguet Midnight Masters. Cette rencontre réunit dix golfeurs d’exception dans un jeu de nuit, où têtes de club et balles sont lumineuses

Crédits: David Cannon

Tania Tare, figure du golf mondiale, est connue pour son adresse. Mais son habileté n’est pas celle que l’on attend. La Californienne s’est un peu détournée des traditionnels parcours pour montrer ses « tricks » sur YouTube. Quelques milliers de vues plus tard, elle est désormais sponsorisée par certaines des grandes marques du golf, comme Adidas ou Audemars Piguet. Si elle compte bien des partenariats avec des grandes stars du golf, la maison horlogère de la vallée de Joux cherche surtout à interpeller une nouvelle clientèle. Avec son Golf Trophy organisé au Domaine Impérial de Gland fin août, Audemars Piguet mélange amusement et compétition. Quelques stands de ravitaillement sont disséminés sur le parcours. Des joueurs professionnels sont présents sur certains trous et conseillent les invités. « Le golf est un sport qui permet de véritablement jouer avec des champions. Aucun autre sport ne permet cela », tranche François-Henry Bennahmias, CEO de la marque et ancien golfeur professionnel. S’il pouvait apporter des améliorations au golf, ce serait certainement dans l’assouplissement des règles. « Il faut les rendre plus simples pour faciliter le jeu », plaide-t-il. Le monde du golf multiplie les efforts depuis quelques années pour élargir sa clientèle. Le sport s’ouvre de plus en plus en Suisse, mais fait attention à garder son identité.

Matériel et dress code

Parmi les révolutions du sport : le prix d’entrée. « Les marques de golf proposent des packs de débutant à des prix vraiment intéressants. Maintenant on peut commencer avec environ 500 francs alors qu’avant c’étaient plutôt 1500 francs », explique Yann Meunier, du Golf Center de Lausanne. Surtout, les équipementiers ont compris qu’ils pouvaient compter sur un nouveau public avec les enfants. « On voit de plus en plus de jeunes pratiquer dès 5 ans. Les marques ont développé du matériel spécifiquement pour eux. Ils ont désormais le choix », poursuit Yann Meunier.

Pascal Germanier, secrétaire général de l’Association des golfeurs indépendants (ASGI), constate un changement de paradigme au niveau des clubs. Pour lui, ils doivent s’adapter. Et force est de constater que les directeurs essaient aujourd’hui de proposer des expériences différentes. Le Golf de Crans-Montana a multiplié les initiatives en ce sens. Son directeur Pascal Schmalen explique : « Plusieurs alternatives existent : jouer 9 trous en courant, faire du street golf, du foot-golf ou encore jouer avec sa mauvaise main. »

Crans-Montana est d’ailleurs une commune avec laquelle ont discuté les deux créateurs de la startup In-Golf. Michael Huyard et Frank Eimer espèrent démocratiser le golf à l’aide de simulateurs, le but étant de les installer dans des salons ou lobbys d’hôtels. Cette « gamification » du sport comme ils l’appellent sert notamment à attirer les jeunes. « Ils ne connaissent pas forcément l’attrait du golf. A nous de leur faire découvrir l’univers de ce sport », affirme Michael Huyard. Une stratégie comme une autre pour renouveler les pratiquant. « Les jeunes ont généralement du temps pour s’essayer aux simulateurs. Et y prendre suffisamment goût pour, plus tard, pratiquer le vrai golf en plein air. »

La question du prix

Pour attirer des joueurs, encore faut-il que les terrains soient accessibles. Michael Huyard et Frank Eimer rappellent les barrières d’entrée de ce sport. A commencer par les prix. Si la Migros et l’ASGI font des efforts en la matière, force est de constater que la fréquentation de certains parcours reste impossible pour tout un chacun. Le Domaine Impérial, à Gland, reste très privé. « La politique est axée sur le membre », constate Pascal Germanier. Pour ces clubs réputés, il faut généralement être parrainé par plusieurs membres déjà inscrits, mais également payer un droit d’entrée à fonds perdu. Dans le magazine « Open Golf » rédigé par l’ASGI, le président du Golf de Genève Maurice Turrettini parle d’un droit d’entrée à fonds perdu de 50 000 francs ainsi que d’une cotisation annuelle de 3900 francs. A Zurich, il faut acheter une action à 25 000 francs, effectuer une mise à fonds perdu à 35 000 francs et cotiser chaque année 3500 francs. Du côté de Crans-Montana, le golfeur doit acheter une part sociale de 1000 francs – qui est remboursable et transmissible au départ. La cotisation par année s’élève quant à elle à 5000 francs. Pascal Schmalen reconnaît que la somme peut être élevée, mais nuance. « Vous pouvez jouer durant sept ou huit mois au golf. Comparez cela avec le ski ! Et les jeunes bénéficient d’offres spéciales, avec des cotisations de 400 francs maximum par année. Notre exploitation n’étant pas ouverte toute l’année, nos finances sont positives, mais insuffisantes pour réinvestir dans les infrastructures », explique Pascal Schmalen. Le secrétaire général de l’ASGI estime de son côté qu’un golf de 18 trous bien entretenu a des frais de fonctionnement annuels d’environ deux millions de francs. Un coût qui est à mettre en relation avec les standards suisses. « En Allemagne, en France ou ailleurs, vous trouvez des golfs moins onéreux, mais la qualité s’en ressent », estime Pascal Germanier.

Tania Tare, golfeuse, également connue pour ses « trick shots », a rejoint la famille des ambassadeurs Audemars Piguet en 2018. (Crédits: Paul Severn)

Les temps changent-ils ?

Même au niveau de l’habillement, les golfeurs observent un changement. « Les tenues avec pantalon à carreaux et chaussures en cuir, c’est fini », résume Yann Meunier. Si le golfeur doit toujours respecter l’étiquette, beaucoup y voient une tradition positive. « Il n’y a rien de mal à apprendre à un gamin de 12 ou 13 ans à respecter les règles », affirme de son côté Pascal Schmalen. Cette étiquette induit un certain nombre de comportements utiles pour décrypter la personnalité du joueur. Pascal Germanier : « Le golf est révélateur d’un caractère. Quand je joue un 18 trous avec quelqu’un, je peux faire attention à sa manière de compter, constater s’il est colérique, s’il est dissipé… » Pour le business aussi, le golf reste une arme de choix. « Vous demandez un rendez-vous de quatre heures à un de nos ambassadeurs, il dit non. Par contre, il peut accepter une partie de golf qui dure autant de temps », sourit le patron d’Audemars Piguet. Et pour cause, l’activité permet des temps morts, utiles pour discuter de choses privées comme professionnelles.

Aujourd’hui, la réputation du golf change. Non seulement le sport se dote d’égéries jeunes et adeptes des réseaux sociaux comme Tania Tare, mais il compte également des athlètes de haut niveau. Loin de l’image du sport ennuyeux qui pouvait circuler auparavant, le golf se forge peu à peu une image de sport à essayer. La question du parcours est centrale. « Ce qui compte est la jouabilité et la fluidité. C’est une erreur de créer des parcours trop difficiles », explique Pascal Germanier. Yann Meunier ajoute : « Un parcours entier signifie qu’il faut marcher environ dix kilomètres, et ce n’est pas toujours du plat. » Sportif donc, et largement accessible pour les enfants ou les retraités. A l’image de la course à pied, chacun le pratique au rythme qu’il le souhaite. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle de plus en plus de golfs proposent des événements particuliers.

Masters de Manhattan : Audemars Piguet a envoyé huit de ses ambassadeurs à New York pour une mission incroyable : frapper en rafales des balles de golf lumineuses sur une cible mobile dans le ciel nocturne de Manhattan. (Crédits: Dr)

Le modèle anglais ?

Les Anglo-Saxons ont depuis longtemps inclus le golf au cœur de leur vie sociale. Les élèves s’y essaient à l’école au même titre que le football ou le basket-ball. Un pro présent au Golf Trophy d’Audemars Piguet raconte : « En Irlande, c’est facile d’apprendre, car des leçons gratuites sont dispensées avant les 10 ans, avec une cotisation n’excédant pas 50 euros par année. »

C’est encore loin d’être le cas en Suisse, même s’il y a quelques initiatives en ce sens. Pascal Schmalen confie avoir négocié avec des écoles pour que les élèves puissent découvrir le golf. Pascal Germanier insiste sur l’importance politique dans l’avenir du golf. « En Suisse, il faudrait un message fort adressé à la population. L’exemple français est éloquent. On y trouve une vraie volonté de démocratisation et de briller au niveau international, avec des objectifs de médailles olympiques clairement énoncés. » Camps de golf, journées découverte, tournois populaires ou d’élite, pour devenir un sport national, il faut en développer tous les aspects. La Suisse compte 98 parcours ainsi que de nombreuses compétitions prestigieuses. Le temps doit encore œuvrer pour inscrire réellement le golf dans les mœurs des Suisses. Pascal Germanier a bon espoir, et comme Pascal Schmalen, pense que l’école a un rôle primordial à jouer dans l’éducation golfique. « Cela prendra du temps », tranche le secrétaire général de l’ASGI. Il précise que de nombreux professeurs de sport jouent au golf à titre privé. Preuve s’il en faut que l’activité plaît et a de quoi être transmise. Simplement, il faut trouver la bonne manière d’apprendre sans frustrer. Taper ses premières balles de golf peut être une expérience douloureuse pour l’amateur. « On vous met un putter dans les mains et à deux mètres d’un trou de dix centimètres. Déjà là la personne se dit qu’elle ne va pas y arriver », affirme François-Henry Bennahmias, qui prône une approche plus en douceur.

Aujourd’hui, les clubs suisses font des efforts tarifaires pour attirer les jeunes golfeurs. (Crédits: kali9/Getty images)

Jeu, défis et idoles

Que ce soit à travers le jeu, les simulateurs ou les stars de la discipline, les joueurs potentiels disposent de portes d’entrée de plus en plus nombreuses. Le golf est un sport qui souffre encore beaucoup de son image élitiste. Christophe Jaccoud, professeur en sociologie du sport à l’Université de Neuchâtel, en rappelle l’histoire. « Il y a deux golfs: celui de la haute société et celui plus populaire pratiqué dans les pays nordiques. » Ces deux grands modèles tendent à coexister. D’autres vecteurs de la culture touchent également des jeunes. Des jeux vidéo comme « Everybody’s Golf », « Golf with your Friends » ou encore « Golf It » – très populaires chez les joueurs – séduisent et peuvent décupler la curiosité. Sur la plateforme Steam, entre 400 et 500 joueurs y jouent chaque jour. Sans compter les sports hybrides dérivés du golf, à l’image du foot-golf.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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