Bilan

«En 2020, le SIHH fait sa révolution!»

Fabienne Lupo, PDG de la Fondation de la haute Horlogerie, explique comment le salon genevois va radicalement se transformer l’an prochain.

Fabienne Lupo: «Le SIHH change de date, de nom, d’audience et de formule.»

Crédits: Dr

Aujourd’hui, les salons horlogers doivent se repenser afin de ne pas perdre leur attractivité. Face à cette urgence toujours plus pressante, la présidente du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) pense avoir trouvé de nouveaux vecteurs de croissance. Ils devraient permettre aux marques de continuer à s’y intéresser, affirme Fabienne Lupo, et surtout de resigner pour la nouvelle configuration du salon prévue dès 2021.

Quelles solutions le SIHH apporte-il à la désaffection croissante des marques pour les salons horlogers classiques?

Pour la 30e édition, du 25 au 29 avril 2020, le SIHH fait sa révolution. Il change de date, de nom, d’audience et de formule. Les dates sont aujourd’hui alignées, comme déjà annoncé, sur celles de Baselworld. Mais plus profondément, le salon évolue dans son audience, qui était jusqu’à aujourd’hui centrée sur une formule privée et professionnelle d’échanges entre marques, détaillants et journalistes. Il était indispensable de s’adresser à une audience élargie que sont les clients finaux, les collectionneurs, les nouvelles générations et l’entier des publics qui aiment les beaux objets, mais qui n’avaient pas connaissance de ce salon.

Pourquoi changer de nom?

Le SIHH est un joli acronyme mais imprononçable dans la plupart des langues. D’autre part, son positionnement était devenu trop B2B (business to business, ndlr), il fallait lui donner une dimension d’ouverture. Son nouveau nom est désormais Watches & Wonders Geneva. C’est une appellation déjà utilisée dans le monde avec Watches & Wonders Miami que nous organisons, mais c’est bien évidemment, à terme, la volonté de créer un véritable écosystème à l’international.

Quelle sera sa formule?

Il se tiendra en deux volets. Il y a aura le salon, à Palexpo, qui répondra aux audiences différentes dont j’ai parlé, et une fête de l’horlogerie partout dans la ville. Cette nouvelle ouverture plus large vers les clients finaux et le public, nous l’avons baptisée «In the City». Ce sera la première semaine horlogère grand public à Genève qui profitera de l’aura du salon et de la présence de toute la communauté horlogère internationale présente dans la Cité de Calvin. C’est ce même concept qui existe déjà, par exemple, au Salone del Mobile à Milan et à la Biennale de Venise ou encore au Festival de Cannes qui, il ne faut pas l’oublier, était un marché du film avant tout.

Des lieux dédiés ont-ils déjà été réservés en ville à cet effet?

Oui, bien sûr. Il y aura un épicentre, que l’on appelle le triangle d’or, à savoir le Pont-de-la-Machine, l’île Rousseau et le quai du Général-Guisan. Les locaux du nouveau siège de la Fondation de la haute horlogerie (FHH), au Pont-de-la-Machine, seront bien sûr exploités en ce sens. La programmation d’In the City comprendra des expositions thématiques, des conférences, des ateliers, des animations boutiques, des portes ouvertes dans les manufactures, mais également dans les musées et écoles partenaires. La programmation sera entièrement gratuite et disponible via une application.

Qui finance l’événement In the City?

C’est la Fondation de la haute horlogerie qui finance l’événement «In the City». Pour cette première édition, il sera circonscrit aux marques exposantes au salon, pour ne pas brouiller les messages. L’idée est de réunir toutes les initiatives institutionnelles, comme la Ville et le Canton. Ces derniers soutiennent l’événement sur les autorisations et la mise à disposition du domaine public, mais également financièrement. Remettre Genève au centre des destinations touristiques est une priorité pour l’Office du tourisme de Genève, dont l’un des thèmes 2020 sera l’horlogerie.

Watches & Wonders à Palexpo sera-t-il toujours accessible au public?

Oui, le public pourra venir au salon moyennant une finance plus élevée. Le ticket d’entrée sera dès 2020 de 300 francs, mais les gens pourront venir quand ils le souhaiteront, dès le premier jour, et la prestation sera complète, avec des parcours de découvertes qui leur seront suggérés.

Sur le salon, de nouvelles marques exposantes historiques reprendront-elles les places d’Audemars Piguet et de Richard Mille qui l’ont quitté?

Non, pas de nouvelles marques historiques. Nous avons quelques changements dans le Carré des horlogers. Certaines ont fait le choix de préférer Baselworld et d’autres nouvelles marques les remplacent. Une possibilité est que certaines marques du Carré horloger jouent «dans la cour des grands» si je puis dire et prennent ces espaces. Le périmètre sera communiqué ultérieurement, mais il n’y aura pas de nouveaux exposants majeurs. A savoir qu’en 2021, il y aura de nouvelles configurations et décors. Le nom Watches & Wonders nous ouvre de nouvelles perspectives. Le mot Wonders est évocateur de découverte et d’émerveillement, et en joaillerie aussi.

La joaillerie sera une grosse perspective pour 2021?

Oui, et nous avons déjà de très belles maisons joaillières exposantes au salon.

Y a-t-il une vision commune d’exposer à l’étranger entre Baselworld et Watches & Wonders?

Non, l’alignement des dates en Suisse était important et dans l’intérêt de la profession et de notre bilan carbone. Quant aux expositions à l’étranger, nous en organisons depuis longtemps avec Watches & Wonders. Nous sommes en train de recaler la date pour Watches & Wonders à Miami et nous réfléchissons à d’autres destinations.


Fred merz/lundi13

Baselworld étoffe son offre

Le salon bâlois évolue, lui aussi, en 2020. Rencontre avec son directeur général Michel Loris-Melikoff.

Quels sont les publics auxquels doit s’adresser Baselworld aujourd’hui?

Il est clair que Baselworld n’est plus orienté B2B (business to business) entre exposants et détaillants, mais englobe tout l’écosystème horloger composé de journalistes, influenceurs, consommateurs, collectionneurs, horlogers, joailliers ou encore fournisseurs de pierre. Notre métier se concentre sur la qualité de l’accueil et du contenu. Et dans ce sens, nous avons conclu un accord stratégique avec l’Association des hôteliers de Bâle qui permettra à Baselworld de mettre en place un service d’e-conciergerie dès ce printemps. Cette structure sera à même de gérer toutes les demandes d’hébergements et de séjours (vols, hôtels, transferts...) pour les exposants et les visiteurs. Nous n’interférerons pas dans la relation des exposants avec leurs publics.

Quelles autres innovations seront au programme dès 2020?

Nous inaugurerons un nouveau secteur consacré aux montres connectées et à l’innovation, dans la Halle 2. Ce sera une plateforme des technologies de l’innovation, car il est primordial de soutenir les jeunes startups dans ce domaine. En 2020, nous visons une trentaine d’exposants dans cette halle. Et je suis également heureux d’enregistrer le retour de marques qui avaient quitté Baselworld. Celle de Maurice Lacroix est confirmée. Elle s’installera dans le nouveau secteur baptisé «Community District», dans la Halle 1. D’autres annonces suivront. Je peux déjà dire que les exposants joailliers seront en hausse de 30% en 2020.

Comment pensez-vous résoudre la problématique des dates tardives d’exposition de Baselworld?

Bien sûr, nous sommes conscients que ces dates sont tardives dans le calendrier des exposants. Mais c’est un premier pas important que nous avons fait conjointement Fabienne Lupo et moi-même dans le sens des exposants. Des impératifs d’exploitation à Genève et à Bâle nous empêchent de les fixer à un autre moment. C’est un véritable casse-tête. Mais je le répète, Baselworld se transforme en plateforme active toute l’année.

Pensez-vous exporter le modèle Baselworld à l’étranger, à l’instar d’Art Basel?

Nous y pensons, oui. Mais je ne peux pas encore vous donner de noms de destination. Nous les communiquerons dans quelques mois. CDA

Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

Du même auteur:

Ex-mannequin: un physique pour quel emploi?
Comment Matignon a créé six cliniques en quatre ans

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."