Bilan

Emanuel Christ et Christoph Gantenbein, les hommes Architecture 2013

Bilan LUXE a élu le duo notoire "Hommes de l'année 2013" dans la catégorie Architecture. Rencontre.
Crédits: Photo: Sébastien Agnetti / Maquillage et coiffure : Delfina De Giorgi / Assistant photo : Vicky Althaus

« Leur architecture est singulière, monumentale et robuste », décrit une des anthologies des œuvres d’Emanuel Christ (à droite de l’image) et Christoph Gantenbein. Après des études à l’EPFZ, où ils dispensent aujourd’hui leur savoir en chaire, ils ont fondé leur atelier à Bâle en 1998. Après l’agrandissement du Musée national à Zurich remporté sur concours en 2002, ils œuvrent aujourd’hui à l’extension du Kunstmuseum de Bâle.

En arrivant de la gare de Bâle pour gagner votre bureau, on passe devant l’Elisabethenpark et le café Zum Kuss, une ancienne chapelle du XIXe siècle, puis, quelques centaines de mètres plus loin, devant les travaux d’extension du Kunstmuseum de Bâle. Ces deux bâtisses symbolisent-elles l’éventail de vos œuvres ?

Christ: Ce spectre, qui va de l’objet intime à un bâtiment aussi public que possible, décrit nos ambitions; il est l’expression de notre conviction qu’il faut comprendre l’architecture comme une discipline universelle.

Gantenbein: Que l’on parle de la transformation d’un lieu de culte, de l’extension d’un musée ou de la conception d’un quartier urbain, la taille de l’objet ne joue pas de rôle. Ce qui importe, c’est de reconnaître le potentiel architectural de chaque lieu.

Y voyez-vous une tradition de l’architecture suisse?

Christ: Les travaux de notre atelier naissent d’une situation concrète qui n’existait pas auparavant. C’est une architecture contemporaine, différente de celle que pratiquaient en Suisse, il y a vingt ans, des architectes qui sont aujourd’hui de grandes stars.

Leurs travaux nous ont imprégnés, nous avons beaucoup appris d’eux. Mais nous travaillons dans d’autres conditions que, par exemple, Herzog & de Meuron quand ils avaient notre âge.

La figure de l’architecte star doit donc être remise en question?

Gantenbein: L’architecture des stars engendre une situation paradoxale. D’un côté, par son biais, l’architecture vit une présence médiatique incroyable. Mais par ailleurs, de ce fait, notre métier est le plus souvent réduit à une image.

La réalité technique et spatiale de l’architecture passe complètement au second plan. Les noms de stars sont utilisés pour « vendre » efficacement des bâtiments comme de simples images, sans en vendre la qualité architecturale réelle. C’est une évolution délicate.

Comment avez-vous réalisé votre écriture commune?

Christ: L’architecture n’est pas une science exacte, c’est un art qui reste toujours ambivalent. Quand on travaille à deux, on peut avoir des positions opposées tout en sachant que l’autre a des raisons également valables. Chacun peut chercher dans son argumentation une radicalité qu’il devrait assumer différemment pour lui-même s’il travaillait tout seul.

Pour ces discussions de contenu, nous échangeons nos points de vue, sans cesse en quête des meilleurs arguments, du bon projet architectural, de thèses clairement formulées.

Quelles sont vos exigences pour une bonne architecture?

Gantenbein : Une bonne architecture poursuit une idée supérieure, au-delà de la réalisation d’un objectif, au-delà de la garantie du fonctionnement optimal d’un  bâtiment, au-delà du bien vivre et du bien travailler. Il en va d’une vision du fonctionnement de l’urbanité de la ville, d’un idéal esthétique, des exigences architecturales.

Mais vu la manière dont les concours sont organisés de nos jours, ce n’est presque plus possible. On a affaire à des commandes, comme dans les procédures de soumission usuelles.

Parce que le maître d’œuvre mise uniquement sur l’optimisation des coûts et le rendement?

Christ: La réflexion unilatéralement axée sur la sécurité et le rendement devient une menace pour l’architecture. Dans la construction d’appartements surtout, on trouve beaucoup d’investisseurs institutionnels qui veulent simplement placer leur argent, sans prendre de responsabilité envers les futurs habitants.

Comme ils n’ont pas de vision urbanistique et ne veulent pas commettre d’erreurs, ils construisent ce qui fonctionnait il y a vingt ans.

En soi, l’architecture et le rendement s’excluent ?

Gantenbein: Non. Nous construisons à Pratteln (BL) un gratte-ciel d’habitation pour un fonds immobilier UBS dans des conditions de rendement impitoyables. C’est une architecture qu’on n’a encore jamais vue en Suisse mais elle répond à toutes les exigences économiques.

Nous misons volontairement sur un caractère grossier, rudimentaire des matériaux et des structures pour économiser de l’argent. L’architecture s’en trouve plus physique, plus directe, elle s’oriente vers un gros œuvre de classe.

Avec le projet VoltaMitte à Bâle, nous avons également pu réaliser, avec un maître d’œuvre disposé au risque, un habitat contemporain qui satisfait aux conditions de rendement.

Quels sont les défis de l’architecture future?

Gantenbein: L’usage mixte. L’architecture a oublié comment fonctionnent les villes et les quartiers. Désormais, il sera à nouveau intéressant dans les villes suisses de réaffecter des bureaux en appartements.

Mais comme les véhicules d’investissement restent trop rigides et que les fonds immobiliers investissent soit dans le logement soit dans les locaux commerciaux, il manque encore de projets futuristes.

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment?

Gantenbein: En ce moment, nous œuvrons sur deux gros chantiers de musée: l’agrandissement du Musée national à Zurich, qui a fait l’objet de dix ans de travaux préparatoires, et l’extension du Kunstmuseum de Bâle.

Ensuite, nous travaillerons à Munich sur le changement d’affectation en appartements et bureaux d’une structure inscrite aux Monuments historiques et nous entamons la reconstruction de la Kettenbrücke d’Aarau.

Si, dans dix ans, des amateurs d’architecture viennent à Bâle, viendront-ils pour la Roche Tower, les immeubles de la Foire de Bâle ou le Kunstmuseum?

Christ: (Il rit.) Pour le Kunstmuseum, bien sûr! Mais d’ici à dix ans, la capacité d’attraction résidera surtout dans ce qu’il contient…

Gantenbein:… et c’est bien là notre espoir pour l’avenir de Bâle; car l’économie florissante de cette ville a toujours porté haut le flambeau de la culture. Le Kunstmuseum ne serait pas si important si les entrepreneurs n’avaient pas investi dans l’art. Le Kunstmuseum a de l’importance parce que, à côté de lui, il existe une Foire de Bâle, une Roche Tower, un Novartis Campus.

Konrad Koch

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