Bilan

Du grand art

Depuis quelques années, la mode en art contemporain est aux œuvres géantes. La preuve à Art Basel, qui depuis douze ans consacre une section spéciale à ces pièces d’exception.
  • «Moby Dick (Merrilees)» Crédits: Dr
  • «Human Nature» Crédits: Dr
  • «Fairytale» Crédits: Dr
  • «Beam Drop» Crédits: Dr

Le Rockefeller Plaza de New York accueillait jusqu’à la semaine dernière des dolmens rustiques de 13 tonnes. Des mégalithes à formes humaines assemblés par l’artiste suisse Ugo Rondinone.

« Human Nature », c’est le titre de cet ensemble qui ramène le temple de la finance américaine à l’époque d’un culte préhistorique, suit cette tendance de l’art contemporain à envisager l’esthétique en format extralarge.

En 2001, Art Basel inaugurait Art Unlimited, section spécialement dédiée à cet art de l’extrême. L’idée était alors de permettre aux marchands d’exposer les pièces trop grandes pour leur stand. Douze ans plus tard, les œuvres géantes appartiennent à la norme. Pas une foire sans son exposition de travaux monumentaux, pas une biennale sans ses pièces colossales.

Le succès du marché de l’art contemporain, sa commutation en valeur refuge et son nouveau statut d’accélérateur social ont encouragé les acheteurs à viser gros. Les nouvelles fortunes notamment, pour qui dépenser plusieurs millions dans une œuvre ne pose aucun problème, pour autant que cela se voit. 

Sculpture-wagon

Cela dit, les œuvres de grande taille ne sont pas l’apanage des artistes d’aujourd’hui. Michel-Ange cultivait la démesure, et certaines pièces de Donald Judd ne rentrent dans aucun salon.

De la même manière que les grands genres de la peinture classique répondaient souvent à de confortables formats, soit à cause de leur thème (les scènes de bataille nécessitant de la place pour faire figurer tous ses acteurs), soit en raison de la portée politique du sujet représenté – on imagine mal Jacques-Louis David exécutant le « Sacre de Napoléon » sur un timbre-poste.

Mais ces œuvres destinées à quelques généreux mécènes et à des musées jouissant à la fois de la place et de l’assise budgétaire pour les exposer formaient alors des exceptions. L’arrivée de l’installation dans le champ de l’art a sans aucun doute contribué à systématiser la démarche, au point de voir les artistes devancer les attentes d’un public friand de gigantisme.

Difficile de trouver dans la production récente de Jeff Koons des pièces de taille modeste. Même chose chez Damien Hirst chez qui la valeur de l’œuvre se calcule désormais en fonction du nombre de mètres carrés. Et rien n’arrête l’imagination créative au travail.

On se souvient de l’artiste Qiu Anxiong faisant venir par rail depuis Pékin un wagon entier jusqu’à Bâle. La sculpture ferroviaire dont les vitres remplacées par des écrans plats faisaient défiler des images d’archives de l’histoire chinoise trouva rapidement preneur. 

Jardin extraordinaire

Reste à savoir qui peut profiter de suffisamment d’espace pour accrocher ce genre de travaux à l’encombrement maximum? On pense à l’homme d’affaires et collectionneur français François Pinault qui montre dans sa Dogana vénitienne ses gigantesques propriétés artistiques.

Ou aller dans le sens de cette mode qui consiste à exposer ces œuvres énormes en plein air. Le jardin de sculpture constitue en cela un décor parfait pour mesurer l’étendue de la fortune culturelle (et personnelle) de son instigateur.

Les Emirats, la Russie, la Chine capitaliste et le Brésil couvent ainsi une nouvelle génération de collectionneur pour qui l’art est moins une histoire d’argent que de taille. Et dont les largesses financières sont largement supérieures à n’importe quelle institution. Bernardo Paz possède le plus grand musée privé à ciel ouvert du monde.

A Inhotim, village situé à 60 kilomètres de Bel Horizonte au Brésil, ce magnat du minerai de fer a regroupé au cœur d’un conservatoire botanique de 100 hectares un ensemble extravagant de 23 œuvres monumentales signées par la top list de l’art d’aujourd’hui.

« Ni le MoMA, ni la Tate, ni le Centre Pompidou ne peuvent offrir l’émotion que procure Inhotim», explique le très riche amateur dont l’institut attire 400 000 visiteurs par an. « Un musée peut présenter 200 Picasso dans la même salle, mais les sensations ressenties ici, où l’art et la nature vibrent à l’unisson, sont bien supérieures. »

Antoine Roduit

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