Bilan

Diamants de couleurs, quand l’impureté crée la valeur

Ils doivent leur apparence à des impuretés et à des défauts dans leur réseau cristallin. Mais ce sont justement ces imperfections qui confèrent aux diamants de couleur leur caractère unique et en font les objets les plus coûteux de l’univers des pierres précieuses.
Crédits: Dr

Au prix de 40 000 dollars le kilo, l’or passe depuis longtemps pour une marchandise coûteuse. Mais de beaux diamants blancs de taille moyenne valent déjà dans les 20 000 dollars par carat, donc 100 000 dollars le gramme ou 100 millions le kilo, soit immensément plus que le métal jaune.

Des pierres rarissimes comme ce diamant à la pureté parfaite de 118,28 carats, à l’ovale de type 2a et de la meilleure catégorie chromatique D, que Sotheby’s a adjugé il y a deux ans pour 30,6 millions de dollars, sont même 30 000 fois plus chers que l’or. Un kilo de ce matériau vaudrait 1,3 milliard. Mais si inimaginable que paraisse la valeur des très beaux diamants blancs, il existe quelque chose qui vaut dix fois plus : les beaux diamants Fancy Color. 

Le bleu mieux que le rose

Le record actuel est détenu par un diamant WS2 d’un bleu vif en forme de poire de 9,75 carats, vendu le 20 novembre dernier par Sotheby’s à New York. Il provenait de Rachel « Bunny » Lambert Mellon, la veuve décédée à 104 ans du banquier et collectionneur d’art Paul Mellon. Au fil de vingt minutes d’enchères acharnées, pas moins de sept enchérisseurs se sont battus pour cette pierre estimée entre 10 et 15 millions de dollars.

La victoire (et le diamant) est revenue à un acheteur anonyme de Hongkong pour la somme de 32,65 millions de dollars, soit un prix de 3,3 millions de dollars le carat ou, mieux, de 16,5 milliards le kilo. Ainsi, ce superdiamant bleu baptisé par l’acheteur « The Zoe Diamond » s’avère plus de 400 000 fois plus cher que l’or et représente à coup sûr la chose à la fois naturelle et presque indestructible la plus chère que l’on puisse acquérir de nos jours.

Six jours auparavant, Christie’s avait battu un nouveau record parmi les diamants rouges : une pierre rouge en forme de cœur de 2,09 carats seulement, qui a changé de propriétaire au prix de 5,07 millions de dollars, a ainsi atteint un prix par carat de 2,43 millions. Le diamant le plus coûteux de toute l’histoire récente est évidemment aussi un exemplaire Fancy Color: venue des collections du diamantaire new-yorkais Harry Winston, cette pierre d’un rose intense, à la taille rectangulaire émeraude, pèse 24,78 carats. Elle a été vendue par Sotheby’s à Genève le 16 novembre 2010 au joaillier londonien Laurence Graff pour 46 millions de dollars, soit un prix de 1,86 million par carat. 

Petits défauts, c’est plus beau

Dans une interview au Financial Times, David Bennet, l’expert joaillier genevois de Sotheby’s, expliquait cette succession de prix record, ces dernières années, pour de tels diamants de couleur : « Les gens s’aperçoivent que les diamants de couleur sont justement la forme la plus rare de la matière première diamant, déjà rare en soi.» Ce qui rend ces superpierres de couleur tellement plus attrayantes, aux yeux des chasseurs de trophées, que même pour les plus gros diamants blancs c’est leur caractère absolument unique.

C’est une ironie du destin que cette couleur tant convoitée repose en fait sur des impuretés chimiques et des défauts cristallographiques. La couleur actuellement la plus coûteuse, le bleu, naît d’une pollution par le bore du carbone cristallisé en diamant. En revanche, une pollution par l’azote donne, suivant l’ordonnancement et la quantité des atomes d’azote intrus, des diamants jaunes à orange. Les coûteuses teintes roses à rouges, mais également les brunes moins appréciées, sont la conséquence de distorsions et de lacunes dans la structure cristalline du diamant. 

Champagne et cognac

Tout en bas de la hiérarchie du diamant on trouve à nouveau des diamants de couleur qui, pour une bonne part, proviennent de la même mine, comme les plus célèbres diamants roses. Outre ces pièces fabuleuses, le groupe Rio Tinto produit en effet dans sa mine d’Argyle, dans le Nord-Ouest australien, des pierres pour l’essentiel brun clair à brun foncé.

Plus que leur qualité modeste, on peut admirer le sens du marketing de Rio Tinto, qui a rendu ces pierres vendables sous des désignations ronflantes comme « Champagne Diamonds » et « Cognac Diamonds ». D’un point de vue minéralogique, ces diamants blonds à châtains doivent, à l’instar de leurs cousins très demandés, leur couleur à des distorsions et lacunes analogues du réseau cristallin.

D’habiles joailliers travaillent ces pierres brunes naturelles pour en faire ce que le diamantaire new-yorkais Le Vian a baptisé « Chocolate Diamonds », des pierres brun foncé qu’il sertit dans des bijoux extrêmement attrayants. Mais avec des prix de l’ordre de 1000 dollars le carat, ces pierres jouent dans une tout autre ligue que les plus rares diamants rose-orange, rose pourpre, jaune canari, verts ou bleus.

Christian von

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