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Dev Patel « Mon identité duale est un privilège »

Il est des acteurs à qui un rôle colle à la peau. Celui de Jamal dans Slumdog Millionaire joué par Dev Patel en 2009 lui vaut une renommée planétaire. Le début d’une nouvelle liberté ou d’un enfermement ? L’acteur, rencontré à Genève en marge d’un événement organisé par IWC. marque dont il est ambassadeur, répond sans détour.

Crédits: Gilles Toucas

Quelle destinée attendait Dev Patel ? S’il a fait ses armes dans la série Skins, c’est son rôle dans Slumdog Millionaire de Danny Boyle qui le révèle au monde entier en 2007. Après le succès planétaire de production britannique, le natif de Harrow, près de Londres, aurait pu se contenter de jouer « l’Indien de service » dans les films anglais ou américains… ou au contraire refuser systématiquement ceux-ci pour s’extraire des clichés. Pas question cependant pour lui de rejeter son identité : « Cette identité indienne fait partie de qui je suis. Ce n’est pas négatif ou réducteur, c’est mon histoire, cette nourriture que j’aime, les échanges avec mes parents et grands-parents », précise d’emblée le comédien.

Ce fils d’un couple du Gujarat se revendique-t-il dès lors comme un Indien déraciné ? Pas davantage : « J’ai une identité duale. Je suis d’origine indienne mais j’ai grandi en Angleterre… mais les deux pays ont des histoires intimement liées. Et j’irai même plus loin : je vois comme un privilège le fait d’être capable de tourner des films dans tous les endroits. Passer d’un tournage dans l’univers de Charles Dickens à une romance en Inde, c’est une chance extraordinaire. »

Dans l’univers du cinéma, Dev Patel se trouve une autre identité : « Je me retrouve dans une tribu ou une communauté de créateurs, pas dans une tribu Hollywood. Hollywood est un terme abstrait: j’ai pris part récemment à un film hollywoodien, mais le tournage s’est déroulé partiellement en Australie et partiellement en Inde, avec un producteur australien, des producteurs indiens et des financements des quatre coins du monde, sans oublier des comédiens d’Australie, d’Inde, de Londres, du Pakistan, de partout… C’était la tribu de ce film. »

Se projeter dans un rôle et dans l’univers qui entoure le personnage, avec la tribu qui se cristallise autour de ce monde, c’est cela qui excite profondément le comédien. Et surprendre. S’aventurer dans des univers où on ne l’attend pas. Comme avec The personal history of David Copperfield, tourné à l’été 2018 et dont la sortie est annoncée pour fin 2019. Dev s’y retrouve entouré de figures emblématiques de la scène britannique comme Tilda Swinton, Hugh Laurie ou Ben Wishaw. Incarner l’un des personnages les plus célèbres de l’écrivain anglais du XIXe siècle n’a pas effrayé le comédien qui aime ce genre de défis.

A moyen terme d’ailleurs, il confie qu’il « adorerait jouer un film sur le roi Arthur. C’est un univers qui me fascine et le personnage me semble intéressant à explorer et à incarner. Avec l’ensemble de ses chevaliers et de sa cour, il forme lui aussi un univers, une tribu, qu’il me semble passionnant de creuser. Et puis ce serait cool de tenir un rôle qui me permettrait de monter à cheval et de manier une épée. » Deux semaines après cet entretien, il rejoignait le projet Green Knight, du réalisateur américain David Lowery, déclinaison médiévale-fantastique des récits du XIVe siècle autour de Gauvain et du chevalier vert, dans l’univers arthurien.

Plus proche de ses origines, il a interprété récemment un personnage sikh. « Je suis originaire du Gujarat, dans le nord de l’Inde et je parle gujarati, une des nombreuses langues indiennes. Mais j’ai compris que j’en savais trop peu sur la communauté sikhe. Je me suis donc immergé dans cet univers, j’ai appris beaucoup de choses sur leur culture, je me suis rendu dans les lieux où les guerriers sikhs se retrouvent, j’ai voulu comprendre le sens de leurs traditions et nous avons pu intégrer ce que j’ai appris au film. »

Pas question donc pour Dev Patel de laisser un héritage l’empêcher d’explorer tous les rivages qui l’intéressent. Sur le plan des thèmes et univers comme sur celui des médias: révélé par la télévision, il s’est affirmé au cinéma par la suite. Après Slumdog Millionaire, ses prestations remarquées dans The Best Marigold Hotel et sa suite, The Man who knew infinity, Lion ou The Wedding Guest ont fait de lui l’un des comédiens les plus demandés de sa génération. Allait-il dès lors snober la télévision? En tenant le rôle de Neal Sampat dans The Newsroom pendant trois saisons puis en intégrant le casting de Modern Love cette année, il prouve le contraire. Il s’est même essayé à l’univers des jeux vidéo avec The Last Airbender (tiré du film du même nom) en 2010.

Comme si cette diversité ne lui suffisait pas, il s’est emparé de la plume. Avec quelques amis, il a eu envie d’écrire. Un processus complexe et qui lui a pris cinq ans. Mais un script a vu le jour. L’action se passe en Inde et le tournage devrait débuter fin 2019.

A force d’explorer autant de mondes, c’est finalement peut-être dans sa vie privée que Dev Patel aime créer son univers, façonner son cocon. « J’ai un petit cercle d’amis très proches et ces gens-là, avec qui je partage beaucoup de mon intimité et de la vie quotidienne, ce sont ma tribu. Aucun d’entre eux n’est comédien, mais il se trouve que le cinéma les passionne aussi: certains sont engagés dans des projets de production, d’autres écrivent. Mais notre relation va bien au-delà du cinéma, ils m’accompagnent la plupart du temps quand je voyage », confie-t-il.

Dans ce domaine, comme avec sa famille un mot revient sans cesse: la notion d’engagement, de fidélité, de loyauté. A l’instar de son rôle d’ambassadeur d’IWC, il s’investit dans ce qu’il vit avec ses proches et celles et ceux qui lui apportent un enrichissement personnel, un apport affectif ou une complicité. Tout en puisant là ce qu’il exprime dans ses rôles : « J’ai débuté en insufflant un maximum d’émotions dans mes personnages. Au fil du temps, en discutant avec mes proches et en observant des acteurs qui m’inspirent, comme Willem Dafoe ou Christian Bale, je me suis rendu compte que la vie nous mène parfois à exprimer davantage avec plus d’intériorité. En observant ma vie et mes relations, j’essaie désormais d’appliquer cela. » Apprendre. Sur lui-même et sa culture, ses origines. Sur ces univers qu’il est appelé à intégrer le temps d’un rôle. Ou encore sur l’univers de l’horlogerie. S’il reconnaît ne pas avoir été familier avec ce monde avant de s’engager avec IWC, il a découvert depuis « les liens étroits entre les arts, dans la réalisation des montres comme dans la réalisation d’un film ». Surtout, quand il met un garde-temps au poignet, il se sent devenir un autre. « C’est comme incarner le roi Arthur quand il saisit son épée, on devient un personnage complet. »

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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