Bilan

Deuxième vague de succès pour le paddle

Les magasins spécialisés, pourtant fermés en mars et avril, constatent un nouvel intérêt pour ce sport lacustre. Les ventes de paddles chez Galaxus ont ainsi augmenté de 600%.

  • Le confinement a favorisé l’éclosion d’une kyrielle de nouveaux adeptes.

    Crédits: Getty images
  • En 1936, les beach boys de Waikiki Beach l’utilisaient déjà pour surveiller les plages.

    Crédits: N. R. Farbman/Bishop Museum

Munis de leur planche et de leur pagaie, les adeptes de stand up paddle rament de plus en plus sur les eaux des lacs suisses. Les beaux jours durant les semaines de confinement ont vu fleurir une kyrielle d’adeptes de ce sport lacustre qui avait connu sa première vague de succès en 2015. «Me retrouver au large du rivage me donne un sentiment de connivence avec la nature. Et depuis l’apparition du coronavirus et la fermeture des plages, le paddle me permet de profiter du lac en échappant aux foules», témoigne François, un cinquantenaire qui a commandé trois planches en avril dernier. Il y a un an, il n’aurait jamais imaginé céder à cette mode. «J’ai pris un modèle gonflable tout-terrain pour mes enfants. De mon côté, j’ai craqué pour un modèle rigide ainsi qu’un modèle touring ultraglissant sur lequel on peut même fixer une voile pour s’initier à la maîtrise du vent.» Coût de l’opération: 2526 francs. Il pense encore ajouter des gilets de sauvetage pour ses enfants, une pagaie supplémentaire plus légère et des boudins et lanières pour transporter ses planches sur sa voiture.

Le paddle bénéficierait-il d’un nouveau boom des ventes malgré la fermeture des magasins de sport durant les longues semaines de confinement? «Il y a deux ans, nous avons développé un site de vente en ligne qui permet de générer 12% de notre chiffre d’affaires. Près de 35% des commandes proviennent de Suisse alémanique», note André Simone, fondateur du magasin Backside à Morges, qui propose près de 400 modèles de paddles. «Il y a des planches rigides, d’autres gonflables. Certaines permettent de faire des balades avec ses enfants ou son chien. Des modèles plus techniques s’adressent aux amateurs de vitesse ou de longues randonnées. Les prix s’échelonnent de 279 francs à 3900 francs.»

Cette PME de cinq personnes ne connaît pas la crise. Depuis trois ans, elle enregistre un chiffre d’affaires annuel en hausse de 130%. «Dans la période actuelle liée au coronavirus, il y a néanmoins des incertitudes qui demeurent. Le magasin a dû fermer, mais nous continuons de payer des salaires, un loyer de 5000 francs par mois et un coût de référencement en ligne de 2500 francs par mois à destination de Google. Les ventes sur notre site web ne permettent pas de compenser celles en magasin où nous réalisons le samedi entre 15 000 et 25 000 francs de chiffre d’affaires», tempère André Simone qui vend en moyenne 500 paddles durant une saison.

La plupart des commandes proviennent de clients qui pratiquaient déjà ce sport. Certains d’entre eux avaient pour habitude de louer des paddles et ont fait le pas d’acheter une planche, craignant une fermeture prolongée des centres de location. Il y a aussi de nouveaux clients qui disposent de plus de temps et cherchent des sports à pratiquer à l’extérieur.

Du côté du magasin en ligne Galaxus, les ventes de paddles explosent. «Cette année, nous avons vendu 50% de plus de stand up paddles que dans la même période de l’année dernière. De mars à avril 2020, nous avons constaté une augmentation de 600%», se réjouit Rico Schüpbach, porte-parole du groupe qui expédie ces paquets géants par la poste.

500 accidents par année

Le stand up paddle était anciennement pratiqué par les rois polynésiens sur d’immenses planches taillées dans des troncs d’arbre. Le but était d’explorer et de faire du commerce dans les lagons de leurs archipels. Dans les années 1930, les fameux beach boys l’utilisaient sur la plage de Waikiki pour se déplacer. Le fait d’être debout leur permettait de surveiller plus facilement les baigneurs et les entrées de houle.

Il faudra attendre le boom récent des sports tranquilles, la quête de paix intérieure et de lâcher prise pour que ce loisir nautique connaisse un succès fulgurant en 2015. Selon les instructeurs, ce sport amènerait une forme de thérapie pour le corps et l’esprit. L’eau pousse à lâcher prise. Chaque coup de rame permet d’évacuer le négatif. Il existe d’ailleurs plusieurs déclinaisons du paddle, à l’exemple du fitness paddle, mais aussi du yoga sur l’eau.

Reste que ce sport n’est pas aussi anodin: il provoque environ 500 accidents par année. La Suva a d’ailleurs lancé un appel à la prudence. Ainsi, sans même parler de noyade, les amateurs peuvent perdre l’équilibre et tomber sur leur planche, se blesser avec la rame ou encore sur des pierres au fond de l’eau. La vigilance s’impose à tous les adeptes de paddle qui risquent bien d’envahir les lacs suisses durant les vacances d’été.


C’est gonflé

Matériaux La taille modulable des paddles gonflables offre des avantages en matière d’encombrement lors du stockage et des déplacements. La plupart sont fabriqués à partir de membranes – simples ou doubles – en PVC reliées entre elles par des milliers de fils en nylon, régulièrement espacés les uns des autres. Ces filaments sont plus ou moins nombreux et denses selon les marques. Ce maillage crée une surface plate, rigide et très solide au fur et à mesure du gonflage. La technologie porte un nom: le drop stitch. A ses débuts, une planche de paddle gonflable était en général moins performante qu’une planche «en dur». Mais on accède aujourd’hui à des constructions gonflables de très bonne qualité capables de rivaliser avec les modèles rigides.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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