Bilan

Deux îles à deux pas

Vous rêvez d’île mais n’avez que deux ou trois jours à disposition ? Nous avons ce qu’il vous faut : deux petits hôtels insulaires raffinés, à portée de week-end, où l’on se sent transporté dans un autre monde.

Et si cela existait ? Une île idyllique pour passer quelques jours tranquilles pas trop loin. Sans silos à touristes, boutiques de t-shirts et autres étals de souvenirs. Sans la moindre voiture. Ni bruyants voyages organisés où les participants se jettent sur le buffet du petit-déjeuner comme des nuées surréalistes de criquets en shorts sur mollets blancs. Ne serait-ce qu’un rêve ? Une île au charme italien authentique et romantisme assuré, presque surgie d’un autre temps mais aisément atteignable depuis le Tessin ? Cela existe: l’îlot sans voitures s’appelle Isola dei Pescatori. Elle est longue de 350 mètres, large de 100 et elle est la seule île du lac Majeur à avoir été habitée en permanence depuis le XIVe siècle. Elle fait partie des Îles Borromées mais n’appartient pas, à la différence de sa voisine Isola Bella, au patrimoine des riches Borromei mais bien à ses habitants, pour l’essentiel des pêcheurs. On voit battre ici le cœur de l’Italie : le linge est suspendu au-dessus des étroites venelles, plusieurs des soixante habitants de l’île se rencontrent au petit port pour la parlote vespérale et, entre les maisons aux couleurs vives et aux balcons fleuris qui s’imbriquent étroitement, on se sent transporté dans un sud profond.

Hotel-Ristorante Verbano, Isola dei Pescatori, Stresa, www.hotelverbano.it, tél. +39 0323 304 08, chambre double dès 180 francs

L’observatoire du lac Majeur

L’hôtel Verbano, à l’extrémité sud-est de l’île, est le véritable observatoire de l’Isola dei Pescatori : le coup d’œil sur l’Isola Bella distante de 400 mètres seulement est un ravissement. L’hôtel est une exploitation familiale italienne typique où les plaisirs de la table l’emportent sur la qualité des chambres. Reste que ces dernières sont soignées, leurs sols sont de parquet et la plupart disposent de leur propre balcon ou d’un accès direct à la vaste terrasse commune. Au Verbano, le vrai luxe consiste avant tout à s’endormir au son du clapotis régulier des vagues qui s’échouent sur les rives et à se réveiller le lendemain matin devant un panorama de lac et de montagnes en cinémascope. Le restaurant s’étage en terrasses au bord de l’eau. Quand le crépuscule teinte le décor de rouge, on en perd presque la parole (en allemand ou en italien). Par mauvais temps, les sens s’y retrouvent quand même dans la salle à manger datée de 1895 : « Pesce secondo l’umore del lago » (poisson selon l’humeur du lac) promet la carte. Et l’on vous sert quelque chose d’absolument frais, d’une simplicité et d’une légèreté rares même en Italie. Les tenanciers maîtrisent toujours la situation, avec le sourire. Ils ne suggèrent jamais le vin le plus cher mais le meilleur. Comment y aller ? Laisser la voiture aux ports de Stresa ou de Baveno (places de parc gratuites) et rallier l’Isola dei Pescatori en bateau (courses régulières de 8h à 19h). Par ailleurs, l’hôtel met gratuitement à disposition son propre canot moteur de 19h30 à 23h30.

Pour les excursions vers les proches Îles Borromées, plus connues, le bateau-taxi vaut la peine. Avec ses jardins à l’anglaise, ses plantes et arbres rares, ses paons et ses perroquets, l’Isola Madre, inhabitée, est surtout un enchantement pour les contemplatifs et les férus de botanique. Sur la très animée Isola Bella, où se dresse un palais avec des terrasses-jardins sur dix étages et un petit village tortueux où fleurissent les bars à glaces, l’ambiance est aussi effervescente que sur les promenades de Rimini ou San Remo. Quel bien ça fait quand, en quelques minutes de bateau, on peut faire retraite sur l’Isola dei Pescatori !

Le refuge de Rousseau

Tandis que la région des Îles Borromées fait étalage de son cadre grandiose, la région des Trois-Lacs enjôle ses visiteurs par son charme tendre. L’île Saint-Pierre est d’une beauté toute particulière : elle s’avance dans le lac de Bienne comme un navire de 4,7 kilomètres de long et large de 180 à 750 mètres. Depuis l’abaissement du niveau du lac, elle est rattachée à la terre ferme par une langue de terre et s’est ainsi muée en presqu’île. La réserve naturelle face à la chaîne du Jura est faite de roseaux, de pâtures et de forêts propres à éveiller en nous l’âme d’un explorateur et abritant une foule d’espèces animales, notamment d’oiseaux. Au départ d’Erlach (Cerlier), le chemin dans la lande conduit en une heure de marche (15 minutes à vélo, 25 minutes en bateau) jusqu’à l’extrémité de l’île où se dresse l’ancien monastère clunisien, devenu aujourd’hui le seul hôtel insulaire de Suisse. Quand l’écrivain-philosophe Jean-Jacques Rousseau arriva ici en 1765, il y resta six semaines et y passa, selon ses propres termes, la période la plus heureuse de sa vie – avant d’en être chassé par l’aristocratie bernoise. Depuis ce temps, presque rien n’a changé, de sorte que l’hôtel-cloître de l’île Saint-Pierre a été désigné hôtel historique de l’année 2010. Le jury en a fait l’éloge « pour avoir su faire vivre près de dix siècles de culture et d’architecture européennes et régaler les sens de ses hôtes par le mariage de la nature intacte et des prouesses gastronomiques ». Le bâtiment du monastère et sa ferme ne font pas seulement partie de l’histoire mais aussi de l’expérience vécue sur l’île Saint-Pierre. Malgré un aménagement d’une moderne simplicité, les treize chambres, anciennes cellules de moines, évoquent toujours un peu des temps anciens agités. Il n’y a ni téléviseur ni minibar. En revanche, on trouve tout autour de la bâtisse de multiples petites places tranquilles, entre oléandres et buissons d’eucalyptus, et le lac luit entre les arbres. Il suffit de quelques pas pour gagner la plage. Ce n’est cependant pas un secret que l’on ressent mieux le caractère romantique de cette escapade vers le soir, quand les caravanes des touristes d’un jour et les classes d’école sont reparties. L’île appartient alors aux rares hôtes qui y ont réservé une chambre.

Le rêve ? N’y a-t-il plus besoin d’aller au loin pour des vacances insulaires ? « On ressent les plus grandes joies là où on s’y attendait le moins », disait Goethe, lui aussi hôte jadis de l’île Saint-Pierre. Et le fait est que lorsqu’on s’assied le soir, après le coucher du soleil, dans le douillet restaurant-jardin, au pied des parchets de vigne de la maison, pour déguster les spécialités de poisson régionales ou le Natura-Beef du paysan voisin, à l’écoute du chant des oiseaux et des stridulations des grillons, on se demande mi-incrédule mi-envoûté : est-ce que ça existe vraiment?

 Hôtel-Cloître de l’île Saint-Pierre, Erlach, www.st-petersinsel.ch, tél. 032 338 11 14, chambre double dès 203 francs

Crédits photos: Dr

Claus Schweitzer

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