Bilan

Deux artistes suisses signent leur Lady Dior

La Genevoise Mai-Thu Perret et la créatrice originaire de Winterthour Olga Titus ont été invitées à réinterpréter le sac iconique.

  • « Mon interprétation est un reflet de ma pratique. Les sequins s’illuminent comme des milliers d’étoiles dans le cosmos » Olga Titus, artiste suisse

    Crédits: Florian Kalotay
  • La Genevoise Mai-Thu Perret signe des créations qui reflètent son univers immédiatement reconnaissable.

    Crédits: Drapeau Noir

Dior, pour moi, représente vraiment le luxe à la française, la tradition de la haute couture et le retour à une certaine joie de vivre au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Je pense aux fleurs, aux robes corolles, à la silhouette du new look. » L’artiste genevoise Mai-Thu Perret commente ainsi sa participation à la 5e édition du Lady Dior Art. Cette opération consiste à inviter des créatrices et des créateurs à réinventer le sac iconique imaginé en 1995 en l’honneur de la princesse Diana. Une fois définis par les plasticiens, les concepts sont produits dans les ateliers maroquiniers de Dior dont la réputation en matière de virtuosité et de minutie n’est plus à faire. Cette année, deux Suissesses – Mai-Thu Perret et Olga Titus – figurent parmi les dix créateurs et collectifs du monde entier retenus pour le projet.

(Crédits: Dr)

Pour Mai-Thu Perret, l’année 2018 a été particulièrement intense avec une rétrospective consacrée à son œuvre au MAMCO de Genève, qui a suivi de peu l’obtention du Prix Paul Bloesch pour la promotion de l’art helvétique. Dans son travail, l’artiste questionne l’avenir de l’humanité par le biais d’un modèle de société utopique. La plasticienne d’origine franco-vietnamienne a lancé en 1999 le projet Crystal Frontier. Il s’agit de documenter une communauté fictive de femmes établie dans le désert du Nouveau-Mexique. Mai-Thu Perret produit des témoignages archéologiques de cette société disparue. La créatrice multimédia intègre des objets, des sculptures, de la céramique, du textile, de même que du texte et de la vidéo afin de créer un monde cohérent. L’engagement féministe accompagne toute sa carrière, de Crystal Frontier aux Guérillères, des figurines de grandeur nature portant des treillis inspirées des images de soldates kurdes qui ont combattu lors de la guerre en Syrie. L’univers de Dior ne pouvait être plus éloigné de celui de l’artiste. Pourtant, en recourant aux techniques qui constituent sa signature, Mai-Thu Perret s’approprie le modèle du Lady Dior de manière à en sublimer le côté intemporel. « Les trois sacs que j’ai conçus sont basés sur un motif de signes abstraits, un genre d’alphabet à la fois mystérieux et illisible. Le premier modèle a été réalisé dans une technique de tapisserie à poils longs. Pour les deux plus petits, j’ai sculpté des poignées en céramique assez brutes qui ont été reproduites en métal émaillé. »

Un des modèles dessinés par Olga Titus. L’artiste alémanique a puisé sur internet des images de masques du monde. (Crédits: Dr)

Autre approche avec Olga Titus, qui se nourrit du flot constant d’images qui abondent sur internet. « Parfois, j’ai l’impression d’être une pie numérique », a coutume de dire la jeune femme originaire de Winterthour. Connue comme artiste vidéo, elle excelle également dans la conception d’œuvres textiles exposées cet automne à la Kunsthalle de Wil. Son univers évoque les tropiques, une sorte de jardin d’Eden où règnent abondance et prédateurs paisibles. Née d’un père malaisien et d’une mère grisonne, elle livre une réflexion sur l’exotisme et interroge les clichés auxquels elle est elle-même quotidiennement confrontée dans le regard des autres. Au sujet de ses Lady Dior, Olga Titus souligne : « Mon interprétation est un reflet de ma pratique. Les sequins s’illuminent comme des milliers d’étoiles dans le cosmos. Pour un des modèles, j’ai utilisé des masques issus du monde entier. Ce projet m’a passionnée, car la maison Dior comprend ma façon de travailler en tant qu’artiste. »

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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