Bilan

Depardieu, ambassadeur d’un vin valaisan

Mi-février, l’acteur français est venu à Sion pour présider le jury chargé de sélectionner l’assemblage 2015 de Château Constellation. Récit d’une journée de dégustation.
  • Chaque membre du jury devait choisir entre quatre assemblages et deux étiquettes.

    Crédits: Alexandra Wey/Keystone
  • Crédits: Alexandra Wey/Keystone

Sa venue devait rester confidentielle jusqu’à ce que son avion reparte. Gérard Depardieu, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a accepté de venir à Sion juste avant de monter sur scène du 9 au 18 février aux Bouffes-du-Nord à Paris pour un spectacle intitulé Depardieu chante Barbara. Un nouveau défi pour ce géant, plus connu pour ses prestations sur grand écran que pour chanter sur une scène. Il sort, en parallèle, le disque de ce répertoire le 10 février: Depardieu chante Barbara. Un album bien accueilli par les critiques musicaux. 

Les venues de Gérard Depardieu en Suisse sont extrêmement rares. Très chic dans un costume sombre, celui qui a été désigné «président du jury de la cuvée de Château Constellation» ne ménage pas ses compliments une fois arrivé dans les locaux en question: «J’avais de vagues souvenirs du Valais, mais je me rends compte que cela a bien changé. Je suis très surpris par la beauté et la mise en valeur de ce paysage et des vignes. Il y a plus de 3000 km de murs en pierres sèches qui soutiennent ses vignes. Cela nous ramène aux temps anciens et cela représente quasiment la moitié de la Muraille de Chine. Voilà un bel argument marketing pour les Chinois. 3000 km, c’est exactement la distance Sion-Moscou, un bon argument pour la clientèle russe. J’espère que les vins de ce pays, et de cette région en particulier, trouveront l’accueil qu’ils méritent dans le monde entier. D’autant plus que l’on oublie trop souvent que le Rhône tire sa source du Valais. Dès lors, il serait temps que les vins d’ici bénéficient de la même notoriété que ceux de la vallée du Rhône.»

Cet épicurien réputé revendique ses racines berrichonnes et entend jouir avant tout de l’instant présent. Ce vendredi, une poignée de représentants de distributeurs russes avaient fait le déplacement chez Château Constellation, attirés par la notoriété de l’acteur. 

Une collaboration de haut vol

Pourquoi avoir accepté de venir jouer ce rôle d’ambassadeur de Château Constellation? La réponse de l’acteur est double: par amitié envers ses amis valaisans, et notamment le président du conseil d’administration de Château Constellation, David Luyet (qui est par ailleurs président de la Bourgeoisie de Savièse); mais sans doute aussi peut-on y voir un lien avec la collaboration de Michel Rolland, un des œnologues les plus célèbres sur la planète.

Ce dernier, qui a créé en 1973 un laboratoire d’œnologie à Libourne, près de Saint-Emilion, met son talent au service d’une multitude de domaines: Châteaux Ausone, Angelus, Pavie, Figeac, Troplong Mondot, la Conseillante, l’Evangile, Pape Clément, ou encore Orneillaia en Italie, Marquès de Grinon en Espagne et Château Constellation, son unique partenariat en Suisse. Sans oublier le domaine de 90 ha dont Gérard Depardieu est le propriétaire à Tigné, une commune angevine du Maine-et-Loire, avec qui il collabore pour certaines de ses cuvées. 

«Nous avons aussi un laboratoire à Pomerol, qui effectue des analyses pour environ 400 propriétés, et un laboratoire en Argentine», a précisé Steve Blais devant le jury de Château Constellation. Venu du Québec en 1998, cet œnologue, consultant au sein du cabinet Michel Rolland, vient ainsi régulièrement à Sion depuis 2011. Château Constellation a sorti son premier assemblage très haut de gamme, sa cuvée Constellation, en 2008, 2009, 2011 et 2012. «Cette cuvée est issue de nos meilleurs cépages et de nos meilleurs parchets, avec une limitation des rendements et une vinification haut de gamme. Ce vin n’est pas produit chaque année, mais uniquement lorsque la qualité de la récolte est exceptionnelle», a expliqué Claude Thiery, directeur de Château Constellation. 

«Un goût de confiture»

Chaque membre du jury devait déguster les quatre assemblages différents avec une base de cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot et syrah proposés pour cette cuvée Constellation 2015, puis écrire ses commentaires et mettre une note entre 1 et 4. A la fin, l’assemblage ayant obtenu la meilleure note était sélectionné pour devenir la cuvée 2015. Le vainqueur est le N°1, plus puissant, avec sans doute un degré d’alcool assez élevé.

C’est aussi celui que Gérard Depardieu a préféré, même s’il a plutôt tendance à privilégier des vins «un peu plus légers». «Michel Rolland n’aimerait sans doute pas m’entendre dire cela, mais certains malbecs ont désormais un goût de confiture.» L’homme est connu pour sa totale liberté de parole. Un de ses vins (où il est associé avec Bernard Magrez) a reçu de bonnes notes dans le guide de Robert Parker, avec des assemblages élaborés par Michel Rolland. «Mais on ne peut en boire qu’un verre. C’est dommage…»  

Au cours du repas qui suit la dégustation, un excellent cornalin 2015 vient accompagner un repas élaboré avec des produits locaux. Interrompant Claude Thiery, qui présente les mets, il lui demande le degré d’alcool du vin en question. Lorsqu’il lui répond «13 à 13,2°», Gérard Depardieu commente: «Même s’il est excellent, j’aimerais déguster des vins qui ne dépassent pas les 12 à 12,5° afin de les laisser s’exprimer.» 

D’autres membres du jury interviennent, notamment pour pousser la chanson, tel Hermann Alexander Beyeler qui enchante l’assemblée avec du chant lyrique italien. Avant lui, le pianiste Lionel Monnet a donné un bref récital privé. Très sollicité, l’acteur s’absente brièvement lorsqu’il voit arriver le magnétiseur fribourgeois réputé Denis Vipret. Ce dernier a été convié tout spécialement pour tenter de lui apporter un peu de soulagement. En effet, l’acteur souffre notamment des genoux, ce qui l’empêche de rester trop longtemps debout.  

Dessins d’artiste

Avant de repartir dans son jet privé pour Paris, Gérard Depardieu et les autres invités présents à Sion doivent choisir entre deux étiquettes possibles, toutes deux signées par Sergio Marfil, un artiste qui s’est forgé une belle réputation dans le monde horloger, après avoir notamment œuvré pour Hublot. Ce Genevois a dessiné des montres de très grand luxe destinées à des dirigeants de différents pays, à des acteurs, à des pilotes de F1, etc. La variante 2 a emporté l’adhésion d’une majorité des votants. 

Enfin, juste avant de quitter le Valais, l’acteur a reçu un gros diamant, ou plutôt une vache de la race d’Hérens surnommée Diamant. De quoi ravir celui qui écrit dans sa récente biographie Innocent: «Quand j’arrive dans un pays, je le respire, je m’intéresse aux gens, à la façon dont ils mangent, comment ils travaillent la terre, d’où viennent les produits, comment les animaux sont nourris.» Autant dire qu’avec Gérard Depardieu, le Valais et en particulier Château Constellation se sont choisis un ambassadeur de choix! 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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