Bilan

Reinhold Messner: «Dans chaque aventure, il y a une notion de danger»

Réputé pour ses ascensions pionnières et ses expéditions hors normes, le palmarès de Reinhold Messner est impressionnant. Interview du nouvel ambassadeur de Montblanc.

  • Reinhold Messner est réputé pour ses ascensions pionnières des plus hauts sommets du monde. En 2004, il a été le premier à parcourir 2000 kilomètres à travers le désert de Gobi.

    Crédits: www.ronnykiaulehn.com
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Ala fois explorateur, alpiniste et auteur italien, Reinhold Messner a été le premier homme à gravir les 14 sommets de plus de 8000 mètres en 1986, à atteindre le sommet de l’Everest en solo, puis sans apport d’oxygène. En 1989-1990, avec l’explorateur allemand Arved Fuchs, il a été le premier à traverser l’Antarctique et le Groenland à pied. En 2004, Reinhold Messner a été le premier à effectuer une traversée en solitaire de 2000 km sans accompagnement, ni logistique, dans le désert de Gobi, cinquième plus grand désert du monde situé entre la Chine et la Mongolie. L’aventurier a, par ailleurs, publié plus de 80 livres sur ses expéditions et a effectué un mandat au Parlement européen entre 1999 et 2004 durant lequel il a défendu les questions environnementales. Il supervise actuellement la création de plusieurs musées consacrés à l’alpinisme et à la montagne.

Reinhold Messner, comment définiriez-vous un aventurier aujourd’hui?

Je pense qu’il est plus important de définir ce qu’est une aventure plutôt qu’un aventurier. Une aventure, je la définis selon trois critères: premièrement, elle doit être difficile à réaliser. Il faut se surpasser au niveau technique, courage et expérience. Ensuite, il y a une notion de danger, notamment au niveau des éléments naturels. Il faut des années d’expérience pour éviter toutes sortes de dangers liés à la nature. Et le troisième élément le plus important, c’est l’exposition face au danger, ce qui signifie que vous êtes seul à prendre vos responsabilités face à la situation. Vous allez ressentir les limites. Le vrai aventurier comprend avec les années les limites de ses possibilités. Nous allons toujours dans des endroits où nous pouvons mourir avec l’objectif de ne pas mourir. La moitié des plus grands aventuriers de ses derniers 250 ans n’ont pas survécu à leurs aventures. L’autre moitié a survécu. Parfois, ce n’était pas les meilleurs, mais soit ils ont juste eu plus de chance, soit ils ont compris qu’ils avaient des limites.

Cela vous arrive-t-il justement de vous mettre des limites?

Je me mets beaucoup de limites. Et j’ai très souvent échoué. Sur 31 ascensions de sommets, j’en ai réussi 18. Mais le plus important, c’est d’apprendre de ses échecs. Et surtout je suis devenu de plus en plus respectueux envers la montagne. Cette attitude m’a permis de survivre à de nombreux dangers mortels.

Avez-vous déjà renoncé à faire quelque chose?

Oui, plusieurs fois. J’ai même renoncé à certaines expéditions avant de les avoir commencées. Comme celle de traverser l’océan Arctique, de la Sibérie au nord du Canada. Je n’ai pas voulu insister. Mais lorsque je renonce à faire quelque chose, je rentre à la maison pour réessayer ensuite de nouveau jusqu’à ce que je réussisse. A moins que je me dise que l’aventure soit vraiment impossible à réaliser.

Etes-vous très discipliné, notamment au niveau de votre hygiène de vie?

Je suis discipliné, mais je ne suis pas perfectionniste. J’accepte certaines imperfections. Mais la discipline que je m’impose n’est pas très compliquée pour moi car je fais ce que j’aime. Au niveau de l’hygiène de vie, je vis normalement, je ne me restreins pas.

En tant que nouvel ambassadeur Montblanc, quel est votre rapport au temps?

J’ai besoin d’une montre et je suis habitué à en porter une. A vrai dire, ma relation au temps est assez chaotique. Quand je lis, je réalise le temps qui passe. Mais quand j’écris mes livres ou articles, ou lorsque je grimpe une montagne, je ne vois pas le temps passer. Dans certaines activités, j’ai besoin de ma montre pour organiser mon temps. Au milieu du désert, j’avais besoin de ma montre pour apprivoiser mon temps.

Vous portez donc une montre lors de vos expéditions?

Oui, même si après plusieurs jours, je ne sais plus quel jour de la semaine nous sommes.

Comment définiriez-vous le temps?

C’est l’être humain qui a inventé le temps. Je suis certain qu’après notre existence sur Terre, nous irons dans l’au-delà qui est intemporel. Ainsi, pour moi, ne pas avoir de temps et le temps infini sont la même chose. Après notre existence sur Terre, le temps n’existera plus mais restera infini. Certes, là nous n’aurons plus besoin de montre.

Quel est le plus beau souvenir de cette traversée du désert de Gobi?

J’en ai deux. Celui d’avoir atteint un point où il y avait à boire et à manger après presque 40 jours d’expédition. Et ensuite, parce que j’étais tellement épuisé, passer ce même point où il y avait un chemin descendant vers la civilisation.

Et votre plus grande peur?

C’était de ne pas trop m’approcher de la frontière chinoise. C’était la première fois que j’avais une sorte de GPS pour ne pas trop m’en approcher.

Qu’avez-vous appris de cette expédition?

Comme lors des autres expéditions, je suis devenu de plus en plus respectueux de la nature, des montagnes, des océans et des déserts. Pour la première fois, j’ai aussi appris à m’approcher de la fin de ma vie.

Est-ce que cela vous est déjà arrivé d’avoir peur?

Oui, très souvent. Mais il ne faut jamais douter quand vous faites une expédition. Sinon, si vous avez peur et vous hésitez, c’est là que vous tombez.

Vous avez 76 ans aujourd’hui, quels sont vos prochains défis?

J’aimerais laisser un héritage sur ce qu’est réellement l’escalade en montagne. Malheureusement, les expéditions actuelles sur les plus hauts sommets sont devenues touristiques. Et le tourisme n’a rien à voir avec l’aventure.

Qu’avez-vous fait durant la période de Covid?

J’ai beaucoup lu et écrit durant cette période.

Quel est votre rapport à la Suisse?

J’ai plusieurs amis en Suisse depuis de très longues années. Bien sûr, j’ai fait une centaine de sommets en Suisse, dont la face nord du Cervin. J’apprécie beaucoup les Suisses, les habitants du Tyrol du Sud ont beaucoup de points communs avec vous.


(DR)

La nouvelle Montblanc 1858 Geosphere Edition Limitée 1858 rend hommage à la traversée de cinq semaines en solitaire de Reinhold Messner (76 ans) dans le désert de Gobi en 2004. Le garde-temps reproduit la palette de couleurs de ce terrain rocailleux avec un boîtier en bronze finition satinée orné d’une gravure spéciale sur le fond qui représente les fameuses Flaming Cliffs du désert asiatique, entièrement créée par laser, une innovation majeure en horlogerie.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. De 2010 à 2021, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est de 2019 à 2021 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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