Bilan

Construire un paysage

Peu connu hors du Japon, le bureau d’architecture Mount Fuji s’affranchit des codes formels de la tradition nippone mais en conserve une certaine résonance.

  • Crédits: Nacasa & Partners inc.
  • L’imposant volume de béton brut de la Peninsula House et à droite la vue époustouflante depuis ses grandes baies vitrées.

    Crédits: Ken’ichi Suzuki
  • « L’architecture est un voyage en soi » Masahiro Harada, fondateur de Mount Fuji Architects Studio

    Crédits: Dr
  • La Tateyama House avec son immense coffre en bois qui coiffe la base en béton brut.

    Crédits: Ryota_Atarashi

Fondé en 2004, le Mount Fuji Architects Studio n’a pas (encore) le statut international, mais le petit bureau composé de 17 personnes interpelle grâce à un parcours original qui met l’accent sur l’intégration du bâti dans son contexte. L’interprétation personnelle de l’environnement qu’il soit urbain, en bord de mer ou en pleine campagne donne lieu chaque fois à une nouvelle forme et définit l’identité des architectes tokyoïtes.

Bien que solidement ancré dans l’héritage de sa culture, le studio Mount Fuji dit ne pas se conformer à la tradition de l’architecture nippone, sans pour autant la renier. Ses fondateurs Mao et Masahiro Harada s’avouent « envieux de la transmission de la tradition dans l’architecture moderne occidentale dont les connaissances s’accumulent à chaque époque comme une superposition de vêtements, et ce notamment pour l’architecture en maçonnerie. A l’opposé, l’architecture orientale, souvent en bois, se base sur le renouvellement des connaissances plutôt que sur l’accumulation. » A la croisée de ces deux approches antinomiques qui caractérisent Orient et Occident, les fondateurs du studio citent parmi leurs matières de prédilection « le bois parce qu’il se décompose et le béton, parce qu’il ne se décompose pas ».

(Crédits: Dr)

Poser le cadre

Signifiant à la fois contexte et bordure, le cadre est chez Mount Fuji l’élément de base qui fixe la limite entre nature et artifice. Pour les architectes, il y a deux manières de concevoir un bâtiment, « soit on construit un cadre dans le paysage, soit on travaille sur le terrain directement en recréant un paysage ». La différence tient à la perception du paysage comme un élément permanent tandis que l’architecture relève de l’éphémère. Ainsi, dans le projet de la maison Peninsula (2018) construite face à la mer, l’imposant volume de béton brut semble surgir de l’océan comme un rocher, redéfinissant le paysage naturel.

Une fois défini le cadre, l’architecture du duo basé à Tokyo instaure un lien variable entre intérieur et extérieur. Tandis que l’Hôtel A&A Liam Fuji (2019) est conçu comme un sanctuaire abrité et protégé de son environnement, la maison Tateyama (2016) propose une composition double: une partie libre et expansive s’ouvre sur la nature et une autre fermée veut favoriser les relations intimes entre la famille.

Cette autonomie puise son inspiration dans l’œuvre des grands maîtres de l’architecture occidentale, de Mies van der Rohe à Le Corbusier, mais aussi dans la figure du « Hyakusho », mot japonais signifiant paysan. A l’origine sa définition provient de l’expression « cent professions » qui attribue aux agriculteurs la faculté d’être des « multiprofessionnels possédant toutes les techniques nécessaires à leur vie. C’est pourquoi les « Hyakusho » ont la capacité de rendre le monde harmonieux, de créer une pérennité entre vie et nature. Ce qui n’est pas le cas dans une société où les métiers sont très spécialisés », selon Mao et Masahiro.

Projets

L’Hôtel A&A Liam Fuji à Okayama avec les équations géantes de Liam Gillick expriment les problèmes environnementaux de la planète. (Crédits: Ken’ichi Suzuki)

Dans un contexte urbain, l’Hôtel A&A Liam Fuji à Okayama est pensé comme un « hôtel qui abrite un voyage », et non pas un hôtel de voyage conventionnel. L’idée est de permettre de faire l’expérience d’une promenade dans l’espace fini d’un hôtel. Pour cela, les architectes ont conçu un empilage de grands cadres en bois lamellé qui se superposent sur trois niveaux décalés. Sur les façades ondulées, des formules géantes de Liam Gillick tirées des équations du météorologue Syukuro Manabe expriment les problèmes environnementaux de la planète. Pour Masahiro Harada, «l’art et l’architecture remettent en question notre acceptation des conventions sociales. L’architecture est un voyage en soi et, en ce sens, a la même substance que l’art. »

En 2018, le studio Mount Fuji Architects livre sa plus belle création, une maison dont la silhouette emblématique fait face à l’océan et exerce une forte attraction sur le site. Située dans la région du Kanto, non loin de Tokyo, la Peninsula House se glisse dans un solide rectangle en béton de 30 m de largeur, 17 m de profondeur et 11 m de hauteur. Posé en bord de mer et sur-élevé pour éviter les ondes de tempête, le bloc en L protège la zone résidentielle du vent en hiver et permet de recevoir la brise marine en été.

Sous le grand volume en béton renforcé, une fente béante abrite un escalier panoramique qui invite à monter les marches pour une ascension métaphysique entre ciel et océan. A son faîte, on peut apercevoir à l’horizon le profil du célèbre mont Fuji, point culminant du Japon et symbole de l’archipel. Pas étonnant que Mao et Masahiro Harada aient choisi ce nom.

Patricia Lunghi

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