Bilan

Comment faire des enchères sur internet

Les maisons se convertissent une à une aux ventes en ligne. Si renchérir en un clic paraît séduisant pour les collectionneurs, ces nouvelles pratiques ne sont pas sans risque. Conseils.
  • «Les oiseaux d’Amérique» de Jean-Jacques Audubon, adjugé en ligne 3,5 millions de dollars. Un record.

    Crédits: Suzanne Plunkett/Aly Song/Reuters
  • Christie’s (ici vente d’un Warhol à Shanghai en 2014) investit massivement dans sa plateforme.

    Crédits: Suzanne Plunkett/Aly Song/Reuters

C’est un «trend», ou, si vous préférez, une tendance. Les maisons de ventes aux enchères se mettent au commerce «online», suivant tardivement les sites spécialisés (lauritz.com, Expertissim, Amazon…). Une nouvelle a ainsi fait le tour du monde en juillet 2014. Sotheby’s s’alliait aux Etats-Unis à eBay, après un premier rapprochement raté en 2000.

Cela dit, comment pratiquer de manière virtuelle avec les maisons de ventes aux enchères? En respectant une marche à suivre. Quelques clics ne suffisent pas, sauf pour consulter un catalogue en ligne. Et encore! Même en 2015 les maisons ne se montrent pas toutes à l’aise en matière d’informatique. 

Les ventes classiques

Après l’ordre donné par écrit, l’accord sur un montant avec un expert et un téléphone qui a parfois mis du temps à s’imposer (Kornfeld, à Berne, ne l’a admis qu’en 2008), il existe depuis quelques années le courriel. Attention! Il faut s’accréditer à l’avance et en général prouver sa solvabilité. L’accréditation doit se renouveler pour chaque vente.

La participation se fera ensuite en temps réel. Autant dire que vous avez intérêt à brancher votre réveil si vous intervenez de Hongkong, de Miami ou de Brisbane. De plus, votre réactivité demeurera moindre qu’au téléphone, et a fortiori dans la salle. 

Autre désavantage: celui de ne pas avoir vu de vos yeux, à moins d’avoir effectué le déplacement avant, ou d’avoir délégué une personne de confiance. Les photos que vous admirez sur l’écran, même en tenant compte d’une capacité d’agrandissement devenue spectaculaire, se révèlent toujours flatteuses. Pour les pièces au-dessus d’un certain prix, fixé d’autorité par la maison d’enchères, vous avez la possibilité de demander un rapport d’état de conservation, avant la vente. Un point déterminant: après, pas de réclamation possible…

Les ventes en ligne

De plus en plus de maisons proposent des ventes exclusivement sur le net, même si une firme importante, comme l’italienne Pandolfini, avoue ne rien prévoir. Active dans de nombreux pays, Christie’s fait en ce moment le «forcing». Logique. Selon Bloomberg, l’entreprise aurait investi 50 millions de dollars dans sa plateforme en trois ans. Avec de beaux résultats.

Le premier semestre 2014 a marqué une progression de 87% par rapport aux six premiers mois de 2013. Ces vacations ne représentent pour l’instant que le dixième environ des ventes. Bien moins pour les encaisses.

«Nous proposons en ligne le contenu de nos anciennes ventes courantes, explique une employée de Christie’s. Nous mettons en priorité ce qui n’a pas besoin d’être vu par l’acheteur. Je pense aux vins, aux gravures, aux photos, même si certains tirages se révèlent meilleurs que d’autres.» Il peut aussi s’agir du menu fretin d’une grande vente, afin de ne pas encombrer celle-là (la mode est aux soirées courtes). Pour celle de Liz Taylor, les robes et les bijoux fantaisie étaient online en 2011. 

Comment participer à ces ventes online? Il s’agit d’abord d’être informé! Les débuts semblent difficiles. Il faut manifester son intérêt. Se faire connaître. Ensuite, tout tombe sur votre ordinateur (parfois sous «promotions»). Vous croulerez vite sous les messages. Certains signalent les ventes et invitent à regarder le catalogue en ligne, puis à miser. D’autres rappellent les échéances. Les personnes intéressées ont une dizaine de jours, en moyenne, pour faire une offre, puis surenchérir.

Il faut montrer patte blanche au début. S’il existe de mauvais payeurs dans la salle et davantage encore au téléphone, il demeure difficile de poursuivre les clients insolvables du net dans le monde entier pour de petites sommes (entre 5000 et 10 000 dollars, souvent moins). Toutes les excuses sont bonnes pour se défiler. La meilleure, lue dans une enquête du Giornale dell’Arte? «Mon chat a sauté sur l’ordinateur.»

Et ensuite? La mise victorieuse s’est faite par ordinateur. Le paiement aussi, sans doute. Il impliquera des échutes (plus de 20%) et des taxes locales. Arrive pour vous le moment délicat. C’est celui où une opération virtuelle débouche sur un achat réel. N’achetez pas n’importe quoi n’importe où! Evitez les grosses armoires ou les pianos à queue. Regardez bien où la vente a lieu. Pas trop loin, si possible. Il faudra faire convoyer l’objet, puis le dédouaner en Suisse.

Les Américains se montrent impitoyables en ce domaine. Il y aura la caisse, imposée par Christie’s ou Sotheby’s, puis l’expédition, et enfin une livraison via DHL. Attention aux fausses bonnes affaires! L’emballage coûte dans certains cas plus cher que le contenu. «Et puis, l’e-commerce ne se situe pas au-dessus des lois», rappelle une personne en charge de ces transferts internationaux.

«Il faut tenir compte des législations locales. Pensez à l’archéologie, aux arts premiers, aux autographes, à tout ce qui a plus de cinquante ans en Italie…» Bref. Pensez! Autrement vous risquez de vous retrouver soit bloqué, soit dans l’illégalité.

Et demain?

Peut-on imaginer acheter un jour l’intégralité des ventes sur l’«online only»? Non. On va certes assister à un élargissement de l’offre. L’accord Sotheby’s-eBay doit s’étendre en 2015 et 2016 à Londres, Hongkong ou Paris. Mais les ventes de prestige en salle semblent destinées à perdurer, ne serait-ce qu’en tant qu’événements sociaux, pour ne pas dire mondains. Aujourd’hui, on en reste aux balbutiements.

En avril 2014, un livre (exceptionnel, bien sûr) a été adjugé en ligne 3,5 millions de dollars. La plus haute enchère jamais enregistrée pendant une vente en salle. Le record demeure infiniment moindre pour l’online only. La révolution n’a pas encore eu lieu. Les économistes pensent qu’en 2020 les ventes en ligne atteindront 13 milliards de dollars. Soit 20% du chiffre global, si l’économie ne vacille pas trop d’ici là. Pour acheter votre Pollock ou votre Rembrandt online only, il vous faudra attendre.  

Etienne Dumont
Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Lui écrire

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

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