Bilan

Comment devenir collectionneur

L’idée vous séduit depuis longtemps mais vous ne savez pas par où commencer.Conseils pour trouver sa voie.

Vous voulez devenir collectionneur? Vous êtes dans l’air du temps. Je commencerai tout de même par un bémol. Et même deux. D’abord, les collectionneurs ne sont pas nombreux. Il y a surtout des acheteurs. Ensuite, comme vous l’avez compris à mon accord épicène, il s’agit essentiellement d’hommes. Je vais malgré tout même indiquer cinq voies pour y parvenir.

Vous voulez faire partie d’un groupe

C’est bien connu. Des marques de costumes à celles de voitures, nous donnons du signe. Il en va logiquement de même pour les œuvres d’art. Depuis une trentaine d’années, le «trend» est au contemporain. Au monumental. Au dépouillement. Autant dire qu’il vous faut, pour commencer, une immense villa, ou un appartement kilométrique. Pour le remplir (mais très peu, comme dans les musées d’art moderne), il suffit d’avoir de bons yeux. Ce qui est à la mode se trouve chez ces riches connaissances que vous appelez imprudemment vos amis. Vous verrez. C’est facile. Il s’agit toujours d’œuvres caractéristiques de créateurs connus, et bien sûr chers, qui se détacheront obligatoirement sur un fond blanc. L’ennui, évidemment, réside dans l’absence totale d’originalité. Mais celle-ci ne constitue ici pas le but recherché. Vous achetez pour vous conformer à une norme.

Vous allez créer votre fondation

La même chose, à l’échelle supérieure. Je vous préviens tout de suite. Il faudra de très gros moyens, qui ne se verront pas qualifiés d’investissements. Il faut cette fois pour commencer une énorme quantité d’œuvres. En tout cas 500. Mais il devient ici de bon ton de parler en milliers, en restant dans le vague. Je vous rassure bien vite. Il n’est pas nécessaire de les acheter à la pièce, puisque vous formez des ensembles. Les frais ne sont pas terminés au paiement des factures. S’imposent bientôt des dépôts et les services d’un (ou d’une) conservateur(trice). Viendra ensuite le bâtiment. S’ajoutera enfin l’exploitation de la chose, portant votre nom. Publicité. Personnel. Expositions. A moins d’être milliardaire, oubliez!

Vous devenez spéculateur

Un correspondant de Madame de Sévigné assurait déjà que les tableaux tenaient «de l’or en barres». C’est du solide. C’est du concret. Reste cependant à savoir acheter. Pour espérer empocher des bénéfices, il faut des valeurs montantes. Certains artistes sont dits «émergents». Vous ne les trouverez pas chez Marlborough Fine Art ou chez Gagosian. Ceux-là ont déjà solidement émergé. Votre vie deviendra une course dans les «off» des grandes foires, à commencer par Art/Basel. Plutôt que de lire les articles abscons d’Artpress, vous suivrez les ventes. Sur la table de votre bureau s’empileront les catalogues, avec les résultats annotés. Une vie d’angoisses vous attend. A côté du marché de l’art, la Bourse reste un long fleuve tranquille. Le monde est plein de tableaux devenus invendables et de noms oubliés… du moins pour le moment.

Vous cultiverez un jardin secret

Tout le monde n’a pas envie d’être comme tout le monde. Un collectionneur ne doit pas non plus forcément jouer les exhibitionnistes. Il demeure permis d’exploiter des domaines moins galvaudés. A vous les monnaies antiques, les costumes anciens ou les tableaux baroques! Le problème, c’est qu’il s’agit là d’acquérir des connaissances, et que cela prend du temps. Comptez une solide décennie avant de vous retrouver adopté par votre petite famille d’élection. Il faudra aussi découvrir les arcanes d’un marché infiniment complexe, des grandes ventes aux brocantes. Il vous permettra parfois de réaliser des bonnes affaires. Celles qui satisfont simultanément l’orgueil et la rapacité financière. Le jardin secret s’adresse aux caractères bien trempés. Vous ne collectionnez plus avec les gens vous entourant, mais contre eux. Si le match de boxe doit se jouer en famille, restez célibataire.

Vous vous improvisez mécène local

Notre époque fourmille d’artistes. Les écoles spécialisées les dupliquent comme une confiserie industrielle les lapins en chocolat. Il faut des amateurs pour éponger cette production. La commande publique n’absorbe pas tout. Vous commencez donc à acquérir, pour de petits prix, ce qui vous plaît dans les lieux expérimentaux. Comme vous achetez sans espoir caché de récupérer votre argent, autant se faire plaisir. La chose vous liera avec certains galeristes, qui verront en vous la poire sympathique. Vous serez amené à connaître certains artistes. Sachez que vous resterez un homme (ou une femme) rare, et donc précieux. On parlera de vous. Forcément en bien. Vous pouvez même devenir un «people» local. Et qui sait? Un de vos poulains vous revaudra peut-être un jour le coût de votre écurie entière.

Crédit photo: Bridgemanart/ The Royal Collection

Stéphane Delberg

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