Bilan

Comment est né le multilatéralisme

Historiens, spécialistes et praticiens des organisations internationales célèbrent le centenaire
de la création de la Société des Nations et de l’Organisation internationale du travail.

  • Olga Hidalgo-Weber (photo) et Bernard Lescaze ont dirigé cet ouvrage publié par l’éditrice genevoise Suzanne Hurter.

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Les relations bilatérales entre Etats ont longtemps été la norme, avec toutes les conséquences fâcheuses que l’on sait. En 1897, l’Empire ottoman et la Grèce se sont par exemple affrontés au cours d’une guerre de Trente jours que les puissances européennes ont été impuissantes à empêcher. «La Société des Nations constitue la première tentative de créer une organisation internationale, à vocation universelle, dédiée au maintien de la paix», indique l’historien Jean-Michel Guieu dans 100 ans de multilatéralisme à Genève, de la SDN à l’ONU. Divisé en deux tomes, cet ouvrage à la riche iconographie relate au fil de ses 700 pages la naissance du multilatéralisme.

Le lecteur y apprend qu’à bien des égards, la création de l’Organisation des Nations Unies ressemble à celle de la Société des Nations. L’une et l’autre ont en effet pris naissance dans la phase finale d’un conflit mondial et étaient à l’origine dominées par les vainqueurs. Dans les deux cas, un président charismatique nord-américain – Woodrow Wilson et Franklin Roosevelt – a joué un rôle prépondérant pour inciter les pays clés à approuver les textes fondateurs: le Pacte de la Société des Nations et la Charte des Nations Unies. De façon intéressante, la SDN et l’ONU ont eu, dès leur création, un seul et même objectif: rationaliser les relations entre nations afin d’empêcher que le monde ne sombre dans des guerres sanglantes. Pour de multiples raisons, la SDN échoua. S’agissant de l’ONU, elle semble avoir eu plus de succès dans cette entreprise. Cette organisation existe en effet depuis sept décennies et demie. Le nombre de ses membres a presque quadruplé depuis sa création, passant de 51 à 193, en contraste avec la SDN qui connut des fluctuations considérables dans ses effectifs, le maximum étant atteint vers le milieu des années 1930, avec 58 membres. Tandis qu’aucun pays n’est sorti de l’ONU, sept pays ont décidé de quitter la SDN. De ce seul fait, l’ONU jouit d’une légitimité mondiale sans précédent dans l’Histoire. Au fil des ans, les Etats qui s’en étaient tenus éloignés, comme la Suisse, vont y adhérer, et seules des situations géopolitiques complexes empêchent une entité territoriale telle que Taïwan de s’y associer. Si l’on assiste aujourd’hui à un affaissement de l’ordre multilatéral au profit des négociations bilatérales, il n’en reste pas moins que le multilatéralisme classique est centenaire. C’est cette histoire méconnue du grand public que ce livre nous narre. 

100 ans de multilatéralisme à Genève, de la SDN à l’ONU, coffret de deux tomes écrits sous la direction d’Olga Hidalgo-Weber et de Bernard Lescaze, Editions Suzanne Hurter, le premier tome fait 405 pages, le deuxième tome 311 pages.


Sciences humaines La chance n’est pas un hasard

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A 18 ans, Christian Busch a échappé de justesse à un grave accident de voiture. «L’accident m’a inculqué un sentiment d’urgence pour essayer de trouver un sens à ma vie», déclare-t-il au quotidien britannique The Guardian. Dans cet esprit, l’universitaire a étudié des centaines d’expériences où les protagonistes ont amélioré leur sort grâce à des réactions judicieuses à l’inattendu. Les cas vont des couples qui se sont rencontrés par hasard aux hommes d’affaires qui ont rebondi sur l’échec d’une stratégie mûrement réfléchie. L’auteur démontre que l’intuition et l’imagination permettent à certains de voir dans l’imprévu des opportunités qui restent cachées à d’autres. Une lecture utile en ces temps où le Covid vient sans cesse bouleverser nos plans. Enseignant l’entrepreneuriat à l’Université de New York et à la London School of Economics, Christian Busch est à la base de la création de plusieurs entreprises sociales, dont le réseau Sandbox, fondé en Suisse. mv

The Serendipity Mindset, The Art and Science of Creating Good Luck, Penguin, 2020, 384 pages, Christian Busch.


Un banquier hors pair

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Evidemment nationaliste, colonialiste avéré, antisémite certainement, mais aussi méprisant, odieux, ambitieux, coriace, hautain, tel est Hjalmar Schacht, banquier de Hitler, notre «héros» de cette bande dessinée qui navigue entre biopic et fiction, tentant de cerner le destin complexe et ambigu de l’un des plus grands économistes du siècle passé. Un scénario habile qui fait rencontrer à Schacht un agent du Mossad, auquel il confie ses souvenirs, et des dessins réalistes dominés par des couleurs noire, grise et brune pour rendre le ton d’une époque plus que sombre. Un destin qui aura fait passer Schacht de l’intimité de Hitler au camp de Dachau, des bancs du procès de Nuremberg aux palais du Proche-Orient. Instructif et passionnant de bout en bout. PB

Le banquier du Reich, 2 tomes. De Pierre Boisserie, Philippe Guillaume et Cyrille Ternon, Editions Glénat.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

Du même auteur:

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La longue série noire de la famille royale espagnole

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