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Comment devenir un artiste riche et célèbre

D'artiste débutant à star des galeries et des critiques: tout se joue lors des cinq premières années de carrière. Selon une étude retentissante, il faut simplement être exposé aux bons endroits, dès le début.

Vendue pour la somme record de 110 millions de dollars, cette toile est signée Jean-Michel Basquiat (1960-1986) qui a exposé dès ses débuts à la galerie Larry Gagosian.

Crédits: DR

Faut-il être le plus original? Le plus inventif? Le plus travailleur? Comment s’y prendre pour percer dans le monde compliqué de l’art? Le plus important, c’est d’être soutenu par les bonnes institutions, dès les cinq premières années de carrière. Voilà la conclusion de statisticiens qui se sont penchés sur la question.

Cette recherche publiés par la prestigieuse revue Science a été reprise par le Wall Street Journal. Sous la direction de l’entrepreneur (et également conférencier à l’Université de Saint-Gall) Magnus Resch, une base de données d’un demi-million d’artistes, actifs sur la période allant de 1980 à 2016, a été croisée avec les informations concernant 16’002 galeries et 7568 musées, ainsi que des ventes dans 1239 maisons de vente aux enchères.

Un petit noyau de musées et galeries

«Il existe un large réseau invisible de relations d’influence dans le monde de l'art. Cependant, le groupe qui décide vraiment quel artiste compte est considérablement plus restreint et plus puissant que ce à quoi nous nous attendions», déclare Albert-László Barabási, chercheur à l'Université Northeastern qui a travaillé à l’étude avec Samuel P. Fraiberger et d’autres auteurs.

Jean-Michel Basquiat (1960-1986). (DR)
Jean-Michel Basquiat (1960-1986). (DR)

Au centre de ce réseau se trouve un petit noyau basé essentiellement à New York: le Museum of Moder Art (MoMA), le musée Guggenheim, les galeries Larry Gagosian et Pace. Y appartiennent aussi la Tate Modern à Londres, et le Centre Pompidou à Paris. A la périphérie de ce cercle, on trouve des acteurs moins connus mais toujours influents comme la Paula Cooper Gallery de New York, la galerie Krinzinger à Vienne, la galerie Thaddaeus Ropac à Paris et à Londres, et la galerie Max Hetzler à Berlin.

La recherche montre encore des réseaux nationaux plus petits en Allemagne, en Australie et en Asie qui exposent des artistes qui ont rarement les honneurs d’institutions internationales prestigieuses.

D’après les statistiques, l’artiste qui débute dans des musées et des galeries de ce cercle connaît presque infailliblement le succès à long terme. Il s’avère beaucoup plus difficile pour les créateurs qui commencent modestement de percer à l’international. Parmi ceux qui réussissent après être passé par des institutions plus obscures, seulement 14% restent actifs dans le monde de l'art sur une période de dix ans.

A l’opposé, celui qui démarre dans le noyau même du pouvoir est voué au succès. «Si l'une de vos cinq premières expositions a lieu dans une galerie du cœur du réseau, il n’y a que 0,2% de chance qui vous cessiez vos activités», déclare Albert-László Barabási au Wall Street Journal. «Ce milieu vous protégera parce que ces membres se parlent et soutiennent leurs protégés.»

Un Shazam des œuvres d’art

A l’origine de cette recherche, Magnus Resch est notamment connu pour son application «Magnus» qui permet d’identifier l’auteur d’une œuvre comme le fait l’app Shazam pour la musique.

Magnus Resch a créé un Shazam des oeuvres d’art. (DR)
Magnus Resch a créé un Shazam des oeuvres d’art. (DR)

La société a terminé en février de cette année un tour de financement auquel a notamment participé l’acteur hollywoodien Leonardo DiCaprio. Les utilisateurs téléchargent une photo d’œuvre d'art et l'application déroule le nom de l'artiste, le titre de l'œuvre et le prix. 

L’application de Magnus repose sur une base de données qui couvre plus de 20'000 galeries, musées et maisons de ventes aux enchères à travers le monde et contient plus de 10 millions d'images. Ce corpus a aussi permis d’effectuer l’étude publiée par Science.

Avec son app, le trentenaire allemand a pour objectif d’élargir le marché de l’art à un public plus large et ainsi de doper les chiffres des ventes. L'application peut être téléchargée gratuitement dans la boutique d'applications Android et Apple.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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