Bilan

Comment choisir une écurie dans la région

Où placer son cheval? Panorama des considérations de prix, de types d’enseignement, de distance, d’infrastructure et de bien-être de l’animal à prendre en compte.

Sophie Longchamp. Elle veille au confort et au bien-être de son cheval.

Crédits: Dr
Nicholas Hochstadter et sa fille Jennifer. L’important pour eux: travailler avec un professionnel de haut niveau. (Crédits: Choisy)

Quand on possède un cheval, choisir son écurie n’est pas une mince affaire. Il existe de nombreux types d’écuries avec différents services dans la région. Voici quelques conseils pour s’y retrouver

Discipline pratiquée

Cavalière expérimentée, Sophie Longchamp explique que le choix du lieu dépend avant tout de la discipline qu’on pratique, que ce soit la balade, l’obstacle, le dressage, ou le concours complet. Certaines écuries ne proposent que du dressage. D’autres conviennent pour la balade, qui ne nécessite pas d’infrastructure. «Si on pratique du concours hippique de très haut niveau, il ne faut pas opter pour des infrastructures bas de gamme car le cheval peut être blessé», complète Nicholas Hochstadter qui pratique ce sport, tout comme sa fille. Il préconise dans ce cas de «sélectionner l’écurie en fonction du professionnel avec qui on veut travailler», à l’instar d’un Nicolas Deseuzes à Divonne, classé en Coupe du monde. «Les meilleurs cavaliers en Suisse sont en Suisse alémanique. Dans la région romande, on ne trouve pas vraiment de structure de top niveau.» Lui a transféré ses écuries en France, chez Simon Delestre, numéro un mondial de saut d’obstacles en 2016.

Si en revanche on a un petit niveau équestre et un budget modeste, qu’on a un vieux cheval qui bouge peu et ne fait que de la balade, on cherchera des écuries qui ne sont pas des clubs, qui hébergent le cheval et n’ont pas d’enseignant salarié par l’écurie. 

Lorsqu’on a des enfants, on optera pour une écurie avec un club, avec plusieurs cours proposés et des enseignants qui sont des coaches, qui inscriront les élèves aux concours, les y transporteront et leur expliqueront le parcours, pour un supplément de prix. 

Valérie, mère de Rosalie, cavalière de 15 ans, cherchait un centre pour le concours complet. Venant de Puplinge et cherchant sur France, il lui restait 2 ou 3 choix. «Pour le concours complet, il n’y a pas beaucoup de centres en Haute-Savoie.» Elle a choisi celui qui, en plus de la pension, s’occupe des concours et surtout de sortir le cheval les jours où elles sont absentes de l’écurie.

Rosalie Choisy, 15 ans. Une condition: être à moins de 30 minutes de trajet de chez elle. (Crédits: Choisy)

Qualité de l’enseignement

Disposer d’un certain niveau équestre requiert un enseignant d’un niveau supérieur. «Plus le cavalier a un bon niveau, plus il a besoin d’un enseignant qui est meilleur que lui pour pouvoir le corriger, souligne Sophie Longchamp. S’il a le diplôme BPJEPS d’activité équestre et sort en concours les jeunes chevaux, on sait qu’il a un certain niveau et cela suffit généralement.» 

Parfois il faut rouler très loin pour trouver une vraie qualité d’enseignement, témoigne-t-elle. «La plupart des manèges ne corrigent pas les fautes de base car le cavalier ne veut pas entendre qu’il fait des fautes mais veut aller passer des obstacles avec un très bon cheval pour gagner en concours, afin de se trouver sur le podium. Mais un bon cavalier veut qu’on lui corrige les bases.» 

La mère de Rosalie Choisy évoque quant à elle la qualité des cours dispensés avec des casques audio. «Dans une grande carrière, le cavalier n’entend pas bien son coach s’il y a 2 ou 3 cours donnés en même temps; 3 moniteurs peuvent hurler en même temps, d’où l’intérêt du casque: on reçoit vraiment les 60 minutes de cours, alors qu’avant ma fille perdait les infos car elle ne les entendait pas toutes.»

Distance

Un critère essentiel est la distance depuis chez soi. Pour Valérie Choisy, mère de Rosalie, «une des conditions était que l’écurie ne soit pas à plus de 30 minutes du lieu d’habitation». Sophie Longchamp voulait placer son cheval chez Jean-Luc Mourier à Messery, un peu plus loin que Douvaine. Mais depuis Veyrier, il était impossible de faire à chaque fois plus d’une heure de bouchon. «A moto peut-être, mais pas en voiture. N’oublions pas que c’est le soir qu’on se rend aux écuries, après une longue journée de travail.»

Prix

Nos interlocuteurs en conviennent: plus on s’éloigne de Genève et moins les frais sont élevés. Pour Valérie Choisy, «le budget était important pour nous; on s’est donc forcément tournés vers la France». Les prix vont du simple au double entre la Suisse et la France voisine. «Une écurie de qualité, en Suisse, facture plus de 1000 francs juste pour la pension», indique Sophie Longchamp. «A l’écurie Didier Rosnoblet (La Roche-sur-Foron), où j’ai mon poulain au pré, on peut utiliser les installations mais il n’y a pas d’enseignant sur place. Cela coûte 320 euros.»

A l’école d’équitation de Peillonnex, près d’Annemasse, on peut placer son cheval au pré toute l’année pour 380 euros, ou pour 500 euros avec un box et un enseignant sur place. En incluant tous les frais, la facture est salée, même en France. «Il faut compter pas moins de 1000-1500 euros par mois avec la pension et tous les frais, estime Nicholas Hochstadter. Bien sûr, il y a des paysans qui vont proposer des places à 500-600 euros, mais c’est pour aller faire de la balade et fourrager les chevaux. Si on souhaite un peu de service, les prix montent en flèche.» Il calcule les frais des concours, du vétérinaire, du maréchal-ferrant, de l’ostéopathe à 2500-3000 francs par mois. En ajoutant les déplacements aux concours: 100 000 francs par année pour la compétition internationale, ou 50 000 à 70 000 francs pour la compétition au niveau national.

Bien-être du cheval

Infrastructure, taille des boxes, qualité des sols sur lesquels on entraîne les chevaux et qualité des professionnels comptent pour le bien-être du cheval. De plus en plus, les utilisateurs ont à cœur
le confort de leur monture. Dès lors, les boxes avec un paddock (petit parc sans herbe, en terre battue) sont recherchés, explique Sophie Longchamp, afin que le cheval ne soit pas confiné dans son box
et puisse sortir à l’air libre. D’une part, le box doit pouvoir être complètement fermé, ce qui permet de mieux le chauffer, et d’autre part, il faut que le box communique directement avec un paddock, avec des barrières en bois, où le cheval puisse sortir, toute l’année. Un cheval enfermé en permanence dans un box développera beaucoup plus de problèmes aux articulations, observe Sophie Longchamp.

Personnel d’écurie

La maltraitance des chevaux n’est pas un fait rare dans les écuries. Il faut donc, au moment du choix, s’assurer que le personnel est bienveillant avec les chevaux. «J’ai vu du personnel d’écurie donner des coups de genou dans le ventre d’un cheval parce qu’il avait osé bouger pendant la douche, confie Sophie Longchamp. Mon cheval avait d’un coup peur de moi, peur de l’homme, j’ai su qu’il s’était fait maltraiter, donc j’ai quitté cette écurie.» Elle conseille aux cavaliers d’observer le palefrenier, ceux qui font le box: «Certains ont tendance à donner des coups aux animaux, et des propriétaires l’ignorent.» Donc observer, parler entre cavaliers avant de changer d’écurie. 


Sélection d’écuries à recommander 

Ecuries Yann Laverrière, La Roche-sur-Foron (F). Spécialisées dans le concours complet (dressage, cross, concours de saut d’obstacles (CSO). Enseignant très disponible, présent, spécialiste des jeunes chevaux.

Ecuries Jean-Luc Mourier à Messery (F). Spécialisées dressage et CSO. Excellents enseignants et très bonne infrastructure. Jean-Luc Mourier est un excellent cavalier. Il a le feeling avec les chevaux.

Ecuries de la Salamandre à Vulbens (F). Spécialisées  dans le concours complet. Petite écurie, poney club. Anne-Sophie et Alex, les deux enseignantes, sont d’un excellent niveau. Idéal pour travailler sa position. Appliquent la méthode Alexander.

Ecuries de Peillonnex (F). Spécialisées dans le concours complet. Bonne écurie, bons enseignants. Pour 500 euros,  le cheval est dehors toute la journée et rentre la nuit. Fabrice est un excellent cavalier d’expérience qui a beaucoup de finesse avec les chevaux.

Ecuries d’Yves Rytz à Cheseaux (VD). Yves Rytz a racheté le manège et l’a rénové en y mettant les moyens. Personnel qualifié, très beau cadre.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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