Bilan

Claudio Colucci refait coucou

A l’occasion des 5es Design Days, le designer genevois qui vit entre l’Europe et l’Asie est revenu dans sa ville natale. Il expose son travail, réfléchit sur le nucléaire et réinvente le coucou avec des étudiants de la Head.
  • Crédits: Dr
  • Squeeze lampe « lignes blanches » Crédits: Dr
  • Vase « Poyo Poyo » Crédits: Dr

Il a longtemps eu un pied à Tokyo et l’autre à Paris. Depuis quelques années, Claudio Colucci a rompu ce grand écart transcontinental avec trois nouvelles étapes professionnelles, à Shanghai, Pékin et Genève, où il est né et où son fils Fabio dirige son bureau. Invité par la Haute Ecole d’art et de design à l’occasion des 5es Design Days, le designer fait donc escale chez lui.

A cette occasion il présente Coloristic, une expo perso en trois parties. « Parce que la couleur est un ingrédient fort de mon travail et que le Japon, où j’habite et où l’accrochage a pris sa forme la plus aboutie, n’est pas très Coloristic. »

Claudio Colucci y montre des objets réalisés avec des éditeurs partenaires – Ligne Roset, Idée, Christofle – mais aussi des projets en cours – avec Caran d’Ache notamment – ainsi qu’une hélice éolienne « que nous développons en collaboration avec une entreprise française », explique le designer, qui présente également ses pièces uniques ou produites en série limitée – « à la marge entre art et design » – et une installation intitulée « On ne laisse pas jouer les enfants avec des allumettes ».

« J’ai décomposé le mouvement d’une explosion atomique en dix séquences à la manière des photos d’Eadweard Muybridge. J’ai ensuite tiré de ce découpage des vases en verre qui reprennent cette forme typique de champignon. La mise en scène avec des lumières kinétiques et une bande-son composée pour l’occasion crée un univers un peu fantastique qui s’adresse à tous les sens. J’ai imaginé cette ensemble à la suite de la catastrophe de Fukushima. Comme une manière de parler du nucléaire sans s’ériger en moraliste, de poser des questions pour essayer de comprendre cette énergie », continue celui qui vit dans un pays où le sujet est particulièrement délicat.

« Au Japon, j’ai préféré changer le titre. Là-bas, la pièce s’appelle « Poyo Poyo », qui veut dire méduse. »

Design à histoire

L’Asie, le continent de Colucci, là où il mène sa carrière depuis vingt ans. Après ses études à Genève puis à Paris – où il fréquente un temps l’atelier de Philippe Starck – le designer quitte l’Europe direction le Japon. Les débuts sont difficiles. Le trône du chrysanthème cultive la réputation d’être dur en affaires.

Après deux ans de vain porte-à-porte, coup de bol. Le bureau Idée s’intéresse au designer. Il lui dessine un amour de canapé baptisé Joly Cœur. Les Japonais adorent. Recoup de bol : Starck le relance. Le Français doit fournir des séries de petits objets pour les 7000 enseignes de la chaîne d’épicerie nippone Seven/Eleven. Colucci relève le défi.

A partir de là, les commandes affluent : objets, pâtisserie, intérieur d’hôtel, de restaurant et de boutique de luxe, décoration de maison individuelle, à Tokyo, Marseille, Shanghai, Pékin, Madrid… Colucci vit et travaille sur douze fuseaux horaires. Le style Colucci ? Au départ de ses projets, il y a toujours une histoire qui a souvent trait à l’enfance, à l’amour et à l’humour.

« C’est l’influence japonaise, le côté espiègle, limite kawaii. » Limite surréaliste, on aimerait ajouter. En 2001, il crée pour la Galerie Sentou à Paris Carafe un Verre, une bouteille avec, comme son nom l’indique, un verre à pied incrusté dedans. Un drôle de flacon dont Magritte aurait pu faire un tableau.

A Genève, le designer expose aussi le résultat d’un workshop autour du coucou en collaboration avec les étudiants de la Head. Le coucou, la pendule de la suissitude, de la ponctualité montagnarde. Bref, un total cliché.

« C’est un objet à la fois emblématique de la Suisse et assez kitsch mais qui illustre pas mal de qualités de notre pays. J’aimais l’idée d’essayer de le remettre au goût du jour avec cette école qui forme à plusieurs métiers – bijouterie, architecture d’intérieur, design et communication – et de voir comment chaque discipline envisage ce symbole quasi national. »

Antoine Roduit

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