Bilan

Ces superbes maisons cachées du lac Léman

De nombreux milliardaires disposent d’une résidence «les pieds dans l’eau»: les Bertarelli et les Quandt (BMW) à Gland, Charlène de Carvalho (Heineken) à Perroy ou encore la famille Peugeot à Saint-Prex. Visite.
  • Propriété de 117 000 m2 entre Crans et Nyon, en main de la famille Bertarelli depuis mai 2007.

    Crédits: Dr
  • Le domaine Choisi à Bursinel, 230 000 m2 aquis par l’industriel Jean-Pierre Slavic en 2003.

    Crédits: Dr
  • Le Clos de Sadex à Prangins construit en 1850.

    Crédits: Dr
  • Le «château» Solveig, la plus grande demeure au bord du lac à Gland détenu par la famille Quandt (BMW).

    Crédits: Dr
  • Le château Sans-Souci à Versoix détenu depuis 1958 par la famille Al-Thani du Qatar.

    Crédits: Dr

Il aura fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que les rives du Léman deviennent attirantes. Auparavant, la grève du lac était une zone dépréciée. Les maisons lui tournaient alors le dos. Même celles des grandes propriétés se tenaient à l’écart du rivage où elles n’auront que plus tard un pavillon de bain ou un couvert à bateau.

La construction, entre 1884 et 1886, du pont de la Machine à Genève va permettre de domestiquer les rives, qui jusqu’alors étaient régulièrement inondées. 

Dès le XIXe  siècle, avec l’intérêt grandissant pour le paysage lémanique en cette période artistique marquée par le mouvement romantique, l’urbanisation des rives démarre, notamment à Montreux où l’on propose divers types de cure. Au début du XIXe  siècle, le style architectural néopalladien l’emporte (du nom d’Andrea Palladio, architecte de l’époque de la Renaissance, qui s’inspire des temples romains): La Gordanne, Beaulieu, Fleur-d’Eau, Fleuri, Choisi, Oujonnet et Bellerive. 

Une île artificielle

Prenons l’exemple du domaine de Choisi à Bursinel (230 000  m2). Cette demeure exceptionnelle a été réalisée en 1828 pour Armand Delessert, dont les plus illustres représentants se sont distingués dans la finance, les sciences et la politique. Depuis les années 1930, cette propriété appartenait à une famille de banquiers genevois, les Kern.

Ces derniers mirent en 1946 la maison à disposition de Sir Winston Churchill qui y séjourna du 23 août au 16 septembre. La maison du domaine est d’un pur néoclassicisme. Elle a été agrémentée d’une île artificielle située à 70  m du rivage.

L’industriel Jean-Pierre Slavic l’a acquise en 2003 et y a effectué des travaux pendant trois ans. On trouve désormais dans la vaste propriété un terrain accueillant les chevaux que sa fille utilise pour le polo. Cet homme, qui a fait fortune dans l’horlogerie, s’est fait construire un gigantesque musée souterrain, tout en marbre noir, avec des miroirs et des centaines de spots pour y exposer sa collection unique de sportives italiennes, principalement des Ferrari.

Dès la moitié du XIXe siècle, d’autres styles architecturaux surgissent au bord du Léman. On peut citer le Domaine des Crénées à Mies (88 068  m2), édifié entre 1856 et 1859 pour Alexandre-Joseph de Pourtalès (1810-1883), petit-fils du «roi Jacques-Louis de Pourtalès». Ce dernier, anobli en 1750 par Frédéric le Grand de Prusse, va se propulser à la tête d’un véritable empire.

Sa maison de banque et de commerce aura des sièges à Genève, Neuchâtel et Paris et des comptoirs partout en Europe jusqu’aux Indes, en Afrique et en Amérique. Il a notamment fondé l’Hôpital Pourtalès à Neuchâtel. Son fils, Louis, sera président du Conseil d’Etat neuchâtelois entre 1830 et 1831 et préparera l’entrée de Neuchâtel dans la Confédération. Cette installation d’Alexandre-Joseph de Pourtalès à Mies marque l’avancée progressive des campagnes le long de la rive droite du lac, le «bon» côté puisqu’il offre la vue sur les Alpes.

Selon Jérôme Félicité, directeur général du groupe Gérofinance Dunand-La Couronne, la plus grande habitation au bord du lac se situerait à Gland. Il s’agirait de ce que l’on surnomme «le château Solveig», du nom du chemin qui dessert l’ancienne demeure de feu le capitaine Francis Francis. Elle dispose d’une propriété de plus de 200 000  m2. Edifiée au début du XXe siècle, cette propriété rappelle l’architecture britannique avec sa façade colorée par des briques surcuites.

Un choix effectué alors par les architectes Peyrot & Bourrit pour répondre aux attentes du propriétaire qui était de nationalité anglaise. Ce dernier, par ailleurs champion de golf, venait poser son avion sur le terrain d’atterrissage privé du domaine adjacent (à la Tourangelle qui appartenait alors à un autre riche Britannique) dans les années 1930.

Il a réussi à faire fructifier la fortune familiale dont l’origine remonte à sa mère. Francis Francis aurait notamment contribué au développement de la compagnie Martin-Baker Aircraft qui fabrique des sièges éjectables.

La propriété en question aurait été liquidée voilà une quinzaine d’années, suite au décès de Francis Francis. Les nouveaux propriétaires seraient la famille Quandt, les héritiers de la marque BMW. Cette famille allemande posséderait une fortune de plus de 30 milliards de francs. L’été, l’Orchestre philharmonique de Berlin est déjà venu s’y produire pour célébrer certains anniversaires. On y trouverait aussi un parc à biches.

Plus près de Genève, à Prangins, on trouve la plus vaste propriété encore non morcelée sur les rives du Léman. Il s’agit de près de 300 000  m2 dont a hérité la princesse Alix Napoléon Bonaparte, soit la veuve de Louis, celui que les bonapartistes ont surnommé «Napoléon VI», décédé en 1997. Ce dernier avait hérité du domaine à la mort de son oncle Louis en 1932.

Plusieurs membres de cette famille ont résidé en Suisse. En 1811, l’impératrice Joséphine (1763-1814) acquit le château de Pregny près de Genève. Après la chute de Napoléon Ier, certains membres de la famille se réfugièrent en Suisse en 1814 et 1815: Hortense, dans le canton de Genève, Jérôme, Louis et Joseph, les frères de Napoléon, dans celui de Vaud. Joseph acheta le château de Prangins, ainsi que la Bergerie, la propriété voisine.

En 1859, le fils de Jérôme, le prince Joseph (surnommé Plon-Plon) racheta la Bergerie, vendue comme le château par son oncle et y fit construire en 1860 la villa Prangins. En 1870, il céda la plus grande partie de cette propriété à divers privés (des terrains qui, aujourd’hui, sont en mains du patron d’Ineos, Jim Ratcliffe, notamment) et fit édifier sur le restant du domaine la nouvelle villa de Prangins où il résida régulièrement.

Après sa mort en 1890, le domaine passa à son fils Louis, général dans l’armée impériale russe, qui y mourut en 1932 sans descendance. Son neveu, le prince Louis Napoléon (1914-1997), chef de la maison des Bonaparte, en hérita et y vécut sous le nom de comte de Monfort, son nom de résistant.

L’empreinte des Bertarelli

Plus contemporaine, une autre propriété, située à mi-chemin entre Crans-près-Céligny et Nyon, représente quelque 117 000  m regroupés par le milliardaire Ernesto Bertarelli qui a mis la main dessus en 2007. L’histoire de ce lieu a été mouvementée. En 1959, la baronne de Tatiana, une riche femme turque, décide de vendre une partie de son vaste domaine, soit 30 000  m2 (le site de Colovray), en limitant les droits à bâtir à 6 villas.

En 1981, un promoteur grec, Takis Solomos, reprend ce terrain et veut y construire 17 villas, ce que Nyon refuse. En 1984, le domaine voisin de Tatiana (environ 85 000  m2) est repris par Marco Baciocchi, un promoteur immobilier. Il parvient à faire déménager le Paléo Festival qui louait le terrain de Colovrex, mais tombe en faillite au début des années 1990, tout comme Takis Solomos. Les deux propriétés sont ensuite acquises par la famille Bertarelli, laquelle a récemment fait réaliser un grand jardin à la française devant la villa Tatiana.

Sur l’autre rive, il faut citer le château de Bellerive, construit entre 1668 et 1672. Il avait été à l’origine d’une grave crise diplomatique entre les Etats de Savoie et Genève: quelques années après l’Escalade, les relations restent tendues. La décision de Genève de lever un impôt sur le sel transporté via le lac Léman entre la Bourgogne et la Savoie provoque la colère des Savoyards. Le duc de Savoie décide alors de faire construire un dépôt de sel en dehors de la ville afin que les transports puissent contourner cette dernière.

Cependant, le bâtiment ressemble davantage à un château fort qu’à un dépôt de sel, avec ses six tours et son port fermé par des chaînes. Finalement, le successeur de Charles-Emmanuel II acceptera de modifier les plans du bâtiment pour le rendre plus conforme à sa première destination.

Inscrit comme bien culturel d’importance nationale, le château de Bellerive a été acquis par le prince Sadruddin Aga Khan dans les années 1980, ancien haut-commissaire aux réfugiés auprès de l’ONU (de 1965 à 1977). Etant décédé en 2003, le domaine revint à sa veuve, Catherine Aleya Sursock, laquelle le céda aux trois enfants qu’elle avait eus d’un premier mariage: Alexandre, Marc et Nicolas Sursock. On parle en tout d’un ensemble de parcelles qui représente plus de 66 000  m2.

Plusieurs propriétés en vente

Malgré la rareté des terrains, il y aurait à l’heure actuelle une quarantaine de propriétés en vente sur les rives suisses du lac. En voici une petite sélection en partant de Lausanne en direction de Genève: tout d’abord à Paudex, une magnifique propriété d’environ 1000  m2 habitables sur une parcelle d’environ 2600  m2 agrémentée d’un parking souterrain pour 10 véhicules, de terrasses, d’un jacuzzi et d’un terrain de volleyball-tennis. Un accès direct à la rive du lac, avec un ponton d’amarrage privatif, complète ce bien d’exception.

Second exemple, un domaine situé à l’abri des regards, près de Nyon, et qui dispose d’un parc arboré de 9000  m2, mêlant de nombreux arbres centenaires et des centaines de rosiers dans un jardin à la française. La propriété dispose d’une surface habitable de 1338  m2 répartie sur 4 niveaux et desservie par un ascenseur. Outre les 8 chambres à coucher, le salon de coiffure, ou la salle de billard avec bar, il y a un garage souterrain pour 9 voitures, un port privé pour 6 bateaux, ainsi qu’un ponton privé.

Egalement à vendre près de Nyon, le château de Promenthoux. Cette majestueuse bâtisse, construite en partie sur l’eau, et disposant d’un parc d’environ 37 000  m2, orné d’arbres séculaires, possède de quoi offrir une grande intimité. Cette demeure du XIXe siècle est dotée de 18 pièces, soit environ 1200  m2 habitables répartis sur 4 niveaux, en parfait état d’entretien. Le soubassement de la bâtisse permet d’abriter plusieurs bateaux au sein d’un vaste port privé. Le prix demandé s’élève à 48 millions de francs.

Autre exemple: à Céligny (GE), une propriété d’exception implantée dans un parc arboré de presque 9000  m et qui possède un ponton d’amarrage ainsi qu’un garage à bateau. Cette maison de style contemporain a été rénovée récemment. Elle est équipée d’une piscine intérieure chauffée. La surface habitable est de 700  m2, répartie entre 12 pièces sur trois niveaux.

Toujours sur Genève, mais sur la rive gauche, une propriété d’environ 11 500  m2, à l’abri des nuisances, cherche un acquéreur. Cette villa de 13 pièces, construite en 1879 sur plusieurs niveaux, a été entièrement rénovée en 2005. Elle offre des espaces de vie d’environ 500  m2. Un port privé, un pavillon de jardin et un garage de 40  m2  complètent ce bien.

Enfin, citons, proche de Collonge-Bellerive, une magnifique maison en cours de construction. Elle sera achevée dans deux mois et offrira une surface utile d’environ 1500  m2 avec une piscine intérieure, une piscine extérieure, un ponton privé, un garage à bateau, une hauteur de 3,35  m sous plafond et une suite parentale de 160  m2. Son propriétaire l’a mise en vente via un contrat exclusif.  

En vidéo sur bilan.ch
Partez en balade en bateau sur le lac Léman et découvrez les superbes demeures cachées le long de ses rives.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Du même auteur:

Le capital-investissement connaît un renouveau en Suisse
Le Geneva Business Center de Procter & Gamble récompensé pour ses RH

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."