Bilan

Ces objets atypiques estimés 1000, vendus 100'000

Tableaux de maître, meubles ou sculptures ont souvent vu leur prix multiplié par dix ou cent. Retour en images sur quelques histoires légendaires des ventes aux enchères.
  • 1. “Chouette sur un arbre dépouillé” par Caspard David Friedrich: En février 2010, ce petit tableau du peintre romantique allemand, estimé entre 80 et 100 euros, a été présenté dans une vente non cataloguée à Cannes. Il sera vendu une première fois pour 350'000 euros à deux galeristes parisiens. Frôlant l’annulation de la vente pour « erreur en substance », la propriétaire et les deux galeristes décideront d’en partager la propriété. En décembre 2011, le tableau sera de nouveau vendu pour 6,5 millions d’euros à un amateur français.

    Crédits: Interenchères.com
  • 2. Œuf Fabergé impérial: Commandé en 1887 par le Tsar Alexandre III en cadeau pour sa femme, l’œuf renferme entre autres une montre Vacheron Constantin. Disparu depuis les années 20, l’œuf a été retrouvé dans un marché aux puces par un ferrailleur américain du Midwest. Acquis pour environ 10'000 euros, il pensait pouvoir le revendre pour son or, mais aucun fondeur n’avait voulu l'acheter. C’est suite à la lecture d’un article citant Kieran McCarthy, directeur de la maison Wartski, spécialisée dans les œuvres de Fabergé, qu’il reconnaît son œuf. Il est estimé à 24 millions d’euros.

    Crédits: AFP
  • 3. Pot à lait du service de Marie-Antoinette: L’objet provient d’une vente non cataloguée de la maison Drouot. Mis en vente en vrac dans un panier (dit manette), le pot était estimé à 10 euros environ. Mais l’objet appartient à un service mythique de la laiterie du château de Rambouillet et plus spécifiquement à la reine Marie-Antoinette. Le pot a été estimé à 200'000 euros et vendu à Paris pour près d’un millions d’euros en 2011.

    Crédits: Maison Drouot
  • 4. Compendium par Christoph Schissler: Datant de 1557, l’instrument de navigation a d’abord été découvert lors d’un inventaire dans une maison en Normandie, conservé dans une vitrine de la chambre d’enfant. En 2007, la pièce avait été estimée entre 10’000 et 40'000 euros, et finalement vendue pour 700'000 euros à l’Hôtel des ventes de Bayeux.

    Crédits: Bayeux Enchères
  • 5. Samovar en fer de Tula: Ustensile traditionnel russe pour faire le thé, ce samovar en métal argenté est serti d’éléments en bois de cerf. En avril 2015, il avait été estimé par Genève Enchères entre 300 et 500 CHF. Suscitant beaucoup d’intérêt notamment des collectionneurs russes, il finira par être adjugé pour plus de 15'000 CHF.

    Crédits: Genève Enchères
  • 6. Icône russe: Idem, cette icône russe fut estimée entre 300 et 500 CHF par Genève Enchères en avril 2015, mais vendue pour près de 15'000 CHF.

    Crédits: Genève Enchères
  • 7. Le grand coffre du Cardinal Mazarin: La pièce laquée restait depuis des générations dans une famille de notable de Tours, et utilisée comme bar à vin ou cachette pour les enfants. Personne ne s’imaginait que le coffre avait pu appartenir au Cardinal Mazarin. Réalisé au Japon entre 1630 et 1640, il est incrusté d’or et de lamelles d’argent. Il a été estimé en 2013 à près de 200'000 euros, et acheté par le Rijksmuseum d'Amsterdam pour 7,31 millions d’euros. Un retour aux sources, car le Cardinal Mazarin, fin collectionneur, l’avait lui-même acheté aux enchères à Amsterdam en 1658.

    Crédits: Maison Rouillac
  • 8. Le Fauteuil Dragon par Eileen Gray: Deuxième meuble le plus cher de tous les temps, le fauteuil de la designer irlandaise Eileen Gray avait fait sensation lors de la vente de la collection privée d’Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé par Christie’s en 2009. Réalisé entre 1917 et 1919, il a été vendu pour près de 22 millions d’euros, alors qu’il était estimé entre 2 et 3 millions d’euros. Les acquéreurs, les galeristes Robert et Cheska Vallois, ont racheté ce fauteuil qu’ils avaient eux-mêmes vendu à l’époque au couple Saint-Laurent et Bergé.

    Crédits: Christie's
  • 9. Sceau impérial chinois: Gardé par une famille française depuis plusieurs générations, ce sceau était utilisé par les empereurs chinois de la dynastie Qing (1736-1795). Estimé entre 150 et 200'000 euros, le sceau en jade a été adjugé à Paris par la maison Artcurial pour 1,12 million d’euros. Point de controverse : l’Association pour la protection de l'art chinois en Europe (Apace) avait tenté de faire retirer la pièce de la vente, pour le motif qu’elle aurait été volée par des troupes franco-britanniques lors du pillage du Palais d’Eté de Pékin en 1860.

    Crédits: Artcurial
  • 10. Le bureau Présidence de Jean Prouvé: Inspiré par le design industriel, Jean Prouvé a crée en 1952 ce bureau fait de chêne massif teinté noir et de tôle d'acier laqué gris. Estimé entre 200'000 et 300'000 euros, il sera vendu aux enchères pour près de 1,2 million d’euros chez Artcurial. Le designer français serait très prisé par les architectes, artistes et musiciens actuels, à l’image de Renzo Piano, Brad Pitt ou Pharrell Williams. Un exemple parfait de l’influence de la mode sur le prix.

    Crédits: Artcurial
  • 11. « Nafea Faa Ipoipo / Quand te maries-tu ? » de Paul Gauguin: En comparaison, les ventes privées battent régulièrement des records par rapport aux ventes aux enchères. En 2015, ce tableau de Paul Gauguin a été cédé pour près de 300 millions de dollars. Vendue à l’émirat du Qatar, l’œuvre appartenait à la collection de la Fondation familiale Rudolf-Staechelin, et était exposée au Kunstmuseum de Bâle.

    Crédits: Kunstmuseum Basel

Soumis aux caprices de la mode, liés à des destins de familles ou tantôt rattrapés par l’Histoire, ces biens font régulièrement sensation lors de ventes aux enchères publiques.

Dans le cadre de ses nouveaux cours et cycles de rencontres, le Cercle Menus Plaisirs de Genève propose en collaboration avec Genève Enchères le cycle de cours « Estimés 1000, vendus 100'000, histoires d’objets d’exception passés sous le marteau » et de revenir justement sur ces histoires d’objets atypiques.

Provenance et grandes collections, deux effets de levier

Pour Olivier Fichot, commissaire-priseur de la maison de ventes Genève Enchères et responsable du cours, il existe une multitude de facteurs qui peuvent expliquer la fièvre des acheteurs : le mythe d’un designer ou d’un peintre et de sa cote sur le marché, le caractère « exceptionnel » de l’objet (de par son originalité, son impact sur l’histoire de l’art et sa place dans le parcours de l’artiste), sa nature unique, sa qualité muséable ou l’état du marché actuel.

La provenance est devenue un élément prépondérant pour les acheteurs. « Il faut réussir à remonter la provenance le plus loin possible. Quand nous savons que ces objets ont été identifiés et collectés, cela rassure les acheteurs », souligne-t-il.

Venir d’une grande collection est aussi devenu un facteur multiplicateur de valeur. « L’identité prestigieuse et l’histoire de l’ancien propriétaire font parfois rêver. Les acheteurs veulent s’offrir une part d’un mythe », explique Olivier Fichot. Exemple parlant, la « vente du siècle » de la collection d’Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé par Christie’s avait rapporté en 2009 près de 374 millions d’euros.

Un record qui devrait être pulvérisé en novembre prochain. Sotheby’s va mettre aux enchères la collection de son ancien propriétaire et président Alfred Taubman, décédé en avril 2015. Ce sont près de 500 œuvres qui seront mises en vente, de l’Antiquité jusqu’à nos jours, comptant des Picasso, Kooning, Rothko et Modigliani, pour une estimation totale de près de 500 millions de dollars.

La place de la culture

Les acheteurs étrangers se bousculent pour récupérer des pièces originaires de leurs pays. L’augmentation du pouvoir d’achat local, et une redécouverte d’un patrimoine parfois oublié, créent une vague sans précédent de nouveaux acheteurs, notamment chinois et russes, et plus récemment indiens. Des vases, sculptures ou icônes, souvent estimées entre 100 et 200 CHF, peuvent en réalité cacher une valeur bien plus importante dans leur pays d’origine.   

L’art de l’estimation

L’estimation relève plus d’une certaine alchimie que du simple hasard. L’expert va l’élaborer à partir de la cote de l’œuvre (une valeur reconnue par le marché de l’art inscrite sur des listes comme celle d’ Artprice ou d’Artnet), et construire une fourchette de prix de vente idéale.

Un jeu stratégique, qui doit à la fois répondre aux besoins d’un prix pour aider à se mesurer, susciter des impressions et donner envie aux potentiels acheteurs. « Un prix de départ trop bas  peut être suspicieux. S’il est trop haut, cela décourage les acheteurs. Il faut en plus négocier avec le vendeur, et lui faire accepter une estimation raisonnable pour attirer les acheteurs. C’est tout un travail de psychologie et d’accompagnement à faire », sourit le passionné Olivier Fichot. 

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