Bilan

Ces concerts qui en mettent plein la vue

En attendant la Cité de la musique à Genève, l’Europe se couvre de salles de concert imaginées par des stars de l’architecture. Un régal pour les mélomanes et pour les voyagistes spécialisés.
  • L’Elbphilharmonie de Hambourg (2017) signée par les architectes bâlois Herzog & de Meuron.

    Crédits: Michael Zapf
  • L’Elbphilharmonie de Hambourg (2017) signée par les architectes bâlois Herzog & de Meuron.

    Crédits: Hufton Crow
  • A Berlin, la salle Boulez (2017) a été conçue par l’architecte Frank Gehry.

    Crédits: Volker Kreidler

L’histoire dira si cela restera une parenthèse ouverte et fermée par la Suisse. Depuis la construction du KKL à Lucerne par Jean Nouvel en 1998 et jusqu’à l’ouverture de la Cité de la musique de Pierre-Alain Dupraz à Genève en 2022, les nouvelles salles de concert ou d’opéra signées par des stars de l’architecture se multiplient.

Lire aussi: Olivier Plan et Fabrizio von Arx veulent démocratiser les concerts classiques

Du coup, si Salzbourg et autres Scala restent des destinations prisées, les voyagistes de musique classique élargissent leurs offres. En cette fin mars, ils sont aux aguets. Les programmes des nouveaux opéras de Copenhague, d’Oslo et d’Athènes ou des philharmonies de Luxembourg, Paris ou de l’Elbe s’ouvrent aux réservations pour la prochaine saison.  

L’effet Elbphilharmonie

En tête des destinations les plus demandées: l’Elbphilharmonie de Hambourg (2017) signée par les architectes bâlois Herzog & de Meuron. Directeur de l’agence romande Voyages Opéra, Christophe Müller y a déjà organisé deux voyages pour une vingtaine de personnes. «C’est parti en quelques secondes car il est très difficile d’obtenir des places.» Un avis que corrobore Olivier Luciani, directeur de l’agence La Fugue à Paris.

«Avec des coûts dix fois supérieurs (789 millions d’euros, ndlr) à ceux prévus, décision a été prise de réserver les places en priorité aux citoyens de Hambourg et d’Allemagne.» Grâce à leurs contacts, Christophe Müller et Olivier Luciani parviennent à dénicher régulièrement des billets dans cette salle qui multiplie les atouts. «Malgré ses 2150 places, la grande salle donne un sentiment d’intimité avec des alvéoles qui forment des îlots d’une cinquantaine de sièges», relève Olivier Luciani. «La possibilité de loger dans le bâtiment même (un hôtel Westin 5 étoiles, ndlr) est un plus», ajoute Christophe Müller.

Si des visites du bâtiment sont organisées pendant le séjour, l’essentiel reste la musique. «La programmation est exceptionnelle parce que tous les grands orchestres souhaitent se produire dans cette salle à l’acoustique sèche mais belle, à l’opposé de celle ronde de la Philharmonie de Paris.» La proximité de cette dernière, conçue par Jean Nouvel (2015), n’en fait pas une destination au menu des agences francophones.

Lire aussi: Une fondation privée sauve la mémoire de la musique

En Allemagne, l’autre grande destination archi-musicale, en attendant la nouvelle salle de Munich, se situe à Berlin. «La salle Boulez (2017) conçue par l’architecte du Guggenheim de Bilbao Frank Gehry est sise dans l’enceinte de l’opéra et animée par l’académie Daniel Barenboïm, si bien que la programmation est remarquable», explique Olivier Luciani. Il y ajoute souvent un concert en plus d’un autre à la Philharmonie. En Europe, les autres salles de concert qui attirent pour leur architecture sont le Szczecin Philharmonic Hall (2014) de Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga en Pologne et la Philharmonie de Luxembourg (2005) de Christian de Portzamparc. 

Pour l’opéra, deux bâtiments récents en Scandinavie et un autre à Athènes sont sur les catalogues des voyagistes spécialisés. Financé par le propriétaire du groupe Møller-Mærsk et conçu par l’architecte Henning Larsen, l’Opéra de Copenhague (2005) rappelle, avec son foyer éclairé par les trois immenses lustres de l’artiste Olafur Eliasson, le soin intérieur en plus de l’acoustique exceptionnelle de ces bâtiments.

Conçu par le cabinet Snøhetta, l’Opéra d’Oslo (2009) est «remarquablement bien organisé avec des spectacles qui commencent tôt, observe Olivier Luciani. On dîne avec les Norvégiens sur de petits guéridons.» De son côté, Christophe Müller vise le nouvel Opéra d’Athènes pour un voyage l’hiver prochain. Entièrement financé par la Fondation Stavros Niarchos, cet opéra, comme la bibliothèque voisine, est signé par Renzo Piano. 

Le graal des inaugurations

En dehors de l’Europe, les grandes villes chinoises multiplient aussi les salles extraordinaires. Après l’Opéra de Shanghai (1998) de Jean-Marie Charpentier, Paul Andreu a fait sensation avec le dôme de titane et de verre de l’Opéra de Pékin (2007) qu’on pénètre en passant sous son lac artificiel. Depuis, toutes les métropoles, comme Harbin avec son Opera House (2015) de MAD Architects, rivalisent pour créer des salles futuristes. Jean Nouvel travaille sur plusieurs salles en Chine et La Fugue sur des voyages pour assister à leur inauguration avec l’architecte. Celles-ci sont l’occasion de concerts ou de récitals exceptionnels comme celui de Placido Domingo il y a deux ans à Dubaï.

Si leur principal atout, à l’heure d’internet, est d’avoir accès à des spectacles au mode de réservation souvent byzantin, les spécialistes du voyage musical ajoutent des exclusivités. Visites des coulisses, rencontres et même assistance à des répétitions d’artistes émergents comme le prépare La Fugue avec le ténor suisse Benjamin Bernheim. De quoi justifier les 1500 à 4000 francs que coûtent, tout compris, ces voyages.

Lire aussi: Méga concert à Chypre pour aider les plus démunis

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."