Bilan

Ces cinq chronos qui ont traversé le temps

Ils se sont imposés comme des objets cultes aux yeux des amateurs de montres. Cinq chronographes iconiques pour autant d’histoires marquantes de l’horlogerie.
  • Breitling Navitimer

    Crédits: Dr
  • Zenith El Primero

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  • Omega Speedmaster

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  • Tag Heuer Carrera

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  • Rolex Cosmograph Daytona

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Nombre de chronographes entrés dans l’histoire horlogère ont été lancés dans les années 50-60. A cette époque, la fonction chronographe était réellement utilisée et les fabricants cherchaient avant tout à proposer des pièces fiables, lisibles et, si possible, adaptées aux exigences de l’activité à laquelle ils étaient censés répondre. C’était aussi les années du nouveau souffle d’après-guerre, des progrès techniques et des avancées industrielles stimulés par la dynamique des Trente Glorieuses.

C’est donc dans ce contexte que sont nés quelques-uns des chronographes les plus iconiques de l’horlogerie. Parmi eux, le Cosmograph Daytona de Rolex qui, du haut de son demi-siècle d’existence, demeure un chronographe à part. Né en 1963 sous le nom de Cosmograph (nom inventé par Rolex pour se distinguer de la concurrence), il se singularise non seulement par ses caractéristiques techniques, mais par l’attrait qu’il suscite. Au point que la version en acier – la moins onéreuse – est régulièrement en rupture de stock chez les détaillants.

En organisant la pénurie sur ce chronographe, Rolex a contribué au mythe Daytona. Dédié en premier lieu aux pilotes automobiles, le Cosmograph de Rolex s’est distingué dès 1963 par un travail esthétique sur la lisibilité des indications. D’où des compteurs de chronographes très contrastés en regard du cadran et une échelle tachymétrique repoussée à l’extérieur de la montre, sur la lunette.

Le Cosmograph connaîtra de nombreuses versions, dont celle qui deviendra célèbre sous le nom de « Paul Newman », car portée au quotidien par l’acteur et pilote, et qui se distingue notamment par une minuterie des secondes de la même couleur que les compteurs.

Dès 1988, le Cosmograph est relooké dans son design pratiquement actuel, mais il est surtout équipé d’un mouvement automatique - un El Primero de Zenith modifié, remplacé dès 2000 par un mouvement maison Rolex. Si le Cosmograph de Rolex a indéniablement marqué l’histoire, c’est qu’un nombre incalculable de personnalités l’a porté et a contribué à perpétuer son mythe. 

Lancé la même année que le Cosmograph de Rolex, également inspiré de l’univers de l‘automobile, le chronographe Carrera de Heuer (aujourd’hui TAG Heuer) doit son nom à un rallye mexicain réputé à l’époque. En lançant ce chronographe, l’objectif de Jack Heuer était de conquérir un public large, au-delà des seuls professionnels de l’automobile et du chronométrage. 

Dans l’histoire du modèle Carrera, l’année 1969 représente une date charnière puisque le chronographe se voit équipé du mouvement Chrono-Matic (premier mouvement chronographe automatique modulaire développé en partenariat avec Breitling, Büren Watch et Dépraz & Cie).

Après cette première historique, le chronographe Carrera de Heuer souffrira comme beaucoup de l’avènement du quartz. Mais ce modèle iconique est relancé avec succès à la fin des années 90 pour devenir aujourd’hui l’un des best-sellers de TAG Heuer.

Dans l’histoire du chronographe moderne, 1969 restera comme une date phare. Car outre le quatuor qui lance le Chrono-Matic, la manufacture Zenith frappe un très grand coup en annonçant peu avant ses concurrents l’arrivée du calibre El Primero, premier mouvement chronographe automatique intégré qui, de plus, bat à une fréquence de 36 000 alternances/heure, soit 10 alternances par seconde (ce qui lui permet non seulement de mesurer mais également d’afficher le 1/10e de seconde).

Le premier modèle El Primero, produit presque à l’identique aujourd’hui, se singularise par ses 3 compteurs de couleurs pour une meilleure visibilité de la fonction chronographe (anthracite pour les heures, bleu nuit pour les minutes et gris clair pour la pette seconde).

En 1975, face à l’avènement du quartz, les propriétaires de Zenith de l’époque décident de ne produire que des montres à quartz. C’est alors que l’horloger Charles Vermot cache les plans, pièces et outils nécessaires à la fabrication du mouvement El Primero – tous voués à la destruction.

Lorsqu’en 1984, les montres mécaniques sont à nouveau demandées, il restitue à Zenith l’outil de production qu’il avait mis à l’abri, et permet ainsi de redémarrer la fabrication du calibre El Primero. 

Quant au chronographe Speedmaster d’Omega, c’est d’une autre manière qu’il marquera son époque. Tirant son nom de l’échelle tachymétrique intégrée à sa lunette (une première), ce modèle est lancé en 1957. Le 3 octobre 1962, il accompagne l’astronaute américain d’origine suisse Walter Schirra – il avait acheté cette montre à titre privé - lors de ses six orbites autour de la Terre durant la mission Sigma 7 du programme Mercury.

Trois ans plus tard, le chronographe Omega Speedmaster est homologué par la Nasa pour toutes les missions spatiales habitées. Puis la Speedmaster entre à jamais dans la légende le 21 juillet 1969, peu après 2 h 56 UTC, en devenant au poignet de Buzz Aldrin – Neil Armstrong ayant laissé sa Speedmaster dans le module pendant son exploration lunaire – la seule et unique montre portée sur la Lune. En dépit d’autres exploits sur Terre et dans l’espace, le chronographe Speedmaster reste aujourd’hui encore « la montre de la Lune » et demeure l’un des best-sellers les plus emblématiques d’Omega.

Enfin, la Navitimer de Breitling n’est autre que le chronographe mécanique dont c’est la plus longue production dans le monde sans interruption. Il y a 62 ans en effet, Breitling - qui peut déjà se prévaloir de quelques premières dans l’univers du chronographe, lance sa fameuse Navitimer dotée d’une règle à calcul circulaire permettant d’effectuer de multiples opérations liées à la navigation aérienne.

Un argument qui convainc rapidement de nombreux pilotes et offre son statut de montre-instrument à la Navitimer. Mais c’est le 24 mai 1962 – soit 6 mois avant Schirra et son Omega – qu’une Navitimer accompagne Scott Carpenter lors de son vol orbital à bord d’Aurora 7. Cela fait de la Navitimer le premier chronographe-bracelet à voyager dans l’espace. Le mythe de la Navitimer peut commencer à s’écrire. 

Michel Jeannot
Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

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Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

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