Bilan

Ces femmes flamboyantes qui font vivre le champagne

Un mouvement de «women empowerment» se répand en Champagne, où des vigneronnes veulent faire leur place.

  • Les sept vigneronnes de l’association Les Fa’bulleuses de Champagne.

    Crédits: Olivier Douard
  • Vitalie Taittinger, 40 ans, reprendra dès le mois de janvier 2020 les clés de l’emblématique maison familiale.

    Crédits: Luc Valigny

Nombre de femmes ont écrit les plus belles pages de l’histoire de la Champagne. Il y a bien sûr Barbe-Nicole Clicquot-Ponsardin et Louise Pommery, qui, une fois veuves, sont devenues les premières femmes à diriger et à révolutionner une maison de champagne. Alors que la Veuve Clicquot crée la première cuvée millésimée en 1810, Louise Pommery augmente son territoire, creuse ses propres crayères, développe le marché international et invente le champagne brut nature en réduisant le dosage de sucre.

Plus récemment, Camille Olry-Roederer a sauvé l’empire familial après le décès de son époux en 1932. Arrivée aux commandes dans la période la plus noire de l’histoire de Roederer – avec la perte du marché russe, les effets de la crise de 1929 et la prohibition qui s’installe aux Etats-Unis –, cette femme de poigne a sauvé la maison de la faillite en reprenant la tradition du voyage et de la promotion.

Aujourd’hui, c’est l’emblématique maison Taittinger qui va être bientôt dirigée par une femme. A 40 ans, Vitalie Taittinger se verra confier dès le mois de janvier 2020 les clés de la maison familiale. Son père Pierre-Emmanuel Taittinger a voulu s’assurer de léguer son groupe à la génération suivante. Elle fera ainsi partie du cercle restreint des dirigeantes de maison de champagne.

Tout comme elle, Dominique Moreau a hérité du domaine familial il y a quelques années déjà. En hommage à son arrière-grand-mère Marie Courtin, agricultrice qui travaillait ses terres au cheval lorsque son mari était mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, elle a donné son nom au domaine. Aujourd’hui, Dominique Moreau travaille ses 2,5 ha de vignes, plantés quasi exclusivement en pinot noir, en bio et biodynamie. Les cuvées Marie Courtin sont réputées dans le monde entier. Elles se font rares puisque la viticultrice ne produit que 20 000 bouteilles par an.

Non loin de là, la vigneronne Périne Chartogne est à la tête du Domaine Pierre Baillette, situé dans la commune de Trois-Puits dans la Marne. «Elle a repris le domaine de son père pour insuffler une nouvelle dynamique au domaine, commente Axel Caubet, fondateur d’«Axel Votre Sommelier» à Genève. C’est mon coup de cœur, notamment ses cuvées millésimées et parcellaires.»

Laurence Ployez fait également partie de ces femmes chefs de cave. Formée dès 1988 par son père Gérard Ployez, elle dirige depuis 2006 la vinification et la commercialisation de la Maison Ployez-Jacquemart, tout en y apportant sa propre sensibilité.

Pour l’amour des vignes

L’an dernier, sept vigneronnes de talent ont créé l’association Les Fa’bulleuses de Champagne. Les vigneronnes souhaitent ainsi défendre avec féminité mais sans féminisme leur travail, leurs valeurs et leur passion. «Ces femmes exercent le noble métier de vigneronne dans son intégralité. Elles sont à la fois présentes dans leurs vignes, en vinification et dans la cave», explique la fondatrice de winequeen.net, Elsa Fuger. Chacune d’entre elles vient d’un village différent et possède une histoire singulière. «Mais ce qui nous unit avant tout, c’est l’amour inconditionnel que nous vouons à nos vins et à nos terroirs», explique la vigneronne Hélène Beaugrand dont le domaine du même nom fut le premier planté sur la colline isolée de Montgueux.

Mathilde Devarenne continue, quant à elle, à écrire l’histoire du champagne Rochet-Bocart, situé à Vaudemange, dans la montagne de Reims, et classé «Premier Cru». «Nous cultivons principalement le chardonnay. Et nos temps de vieillissement en cave sont supérieurs au vieillissement réglementaire
de l’AOC Champagne afin de donner de la personnalité et de la typicité à nos vins.»

De son côté, Delphine Brulez dirige le domaine familial La Maison Louise Brison. Elle ne produit que des champagnesde gastronomie millésimés et authentiques. Quant à Charlotte de Sousa, elle est revenue au domaine de Sousa en août 2011. «J’ai toujours été attirée par le métier qu’exercent mes parents», raconte celle qui a obtenu un master OIV (Organisation internationale du vin). Le domaine, implanté sur la prestigieuse Côte des Blancs depuis trois générations, est certifié depuis 2010 en biologie et biodynamie.

Transmettre aux nouvelles générations

Autre vigneronne de talent, Claire Blin, qui dirige la Maison Mary Sessile. Elle fait partie de la 4e génération à poursuivre l’aventure familiale se trouvant à Treslon, sur le coteau ouest de la montagne de Reims.

C’est à l’âge de 20 ans que Laureen Baillette a dû relever le défi de continuer l’aventure familiale auprès de sa maman et de sa sœur Justine. «Le champagne Baillette-Prudhomme est l’histoire de six générations d’enfants passionnés par la vigne et le vin.» Chacun s’est exprimé et a laissé une empreinte dans la maison. Aujourd’hui, Marie-France, Laureen et Justine apportent une touche féminine qui se manifeste dans tout le domaine.

Enfin, Sophie Moussié dirige la Maison Guy Méa, une affaire familiale depuis plus de 90 ans. «Petite, je ne cessais de répéter avec le sourire jusqu’aux oreilles et le regard malicieux que quand je serai grande, je serai «champagneuse.» L’enfant est alors élevé au rythme des saisons et des vendanges, imprégnée de l’ambiance et des odeurs des vins qui commencent à travailler en cave. Toute une histoire que ces héritières veulent poursuivre en laissant leur marque.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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