Bilan

Cent pur sang

Il a été créé par Dieu à l’aide d’une poignée de vent du sud, rapporte la légende du pur-sang arabe. Il passe pour la plus ancienne race de chevaux du monde. Dans son haras idyllique de l’Oberland zurichois, Ruth Maurer, 56 ans, élève depuis plus de vingt ans des chevaux aux pedigrees remarquables.
  • Crédits: Vera Hartmann
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Le spectacle est étrange et à couper le souffle. Sur fond de lac de Zurich, 25 juments pur-sang arabes galopent dans le sable de l’arène comme une tempête du désert.

Souples et véloces, elles traversent le nuage de poussière, leurs queues dessinant des arabesques dans la lumière du soir. On les dirait créées par la main d’un peintre, leur musculature apparente jouant sous la robe luisante, la puissance que l’on devine se dégageant d’un corps gracile.

« Mes chevaux doivent voler, ils ont besoin de mouvements fluides », s’enthousiasme l’éleveuse Ruth Maurer, debout au milieu de la ronde folle, dans le paddock de son haras Dachsegg. C’est son allure unique, littéralement ciselée, qui confère au pur-sang arabe son élégance et sa dignité.

L’encolure haute, à la courbe pleine de tempérament, se dresse sur un corps à la fois agile et compact. La queue voltige au-dessus de la croupe comme un drapeau. La forme de la tête est concave, les naseaux grands ouverts, les yeux grands et noirs. Le climat hostile du désert a dessiné un type de cheval d’une beauté exceptionnelle et d’une rare endurance.

La splendeur de ces chevaux nous invite à remonter dans le passé : à l’instar d’une œuvre d’art vivante, le pur-sang arabe a été de tout temps célébré pour son intelligence et sa beauté. 

Domestiqué dans le désert

L’origine du cheval arabe se situe au nord de la péninsule Arabique, ses aïeux y auraient vécu 2300 ans av. J.-C. déjà. Ce que l’on sait, c’est que les nomades se sont mis à le domestiquer au VIIe siècle environ. Les juments vivaient avec les familles de Bédouins, sous leurs tentes, et sont devenues des bêtes très attachées à l’homme.

Les Bédouins ont deviné qu’un élevage pur-sang était essentiel pour conserver les attributs physiques et le caractère de ces chevaux du désert servant de chevaux de guerre. Durant l’ère préislamique déjà, le pur-sang arabe faisait partie des richesses convoitées par les potentats locaux. Sa beauté et son endurance sont chantées aujourd’hui encore dans la poésie arabe.

L’Europe découvre l’arabe

La réputation de ces nobles pur-sang durs à la peine s’est étendue jusqu’à l’Europe centrale lorsque les Maures ont occupé l’Espagne. C’est pourquoi les maisons royales et les familles princières polonaises ont mandé, au XIXe siècle, leurs meilleurs experts dans les déserts de la péninsule Arabique pour acheter aux Bédouins des individus de race pure.

Rapidement, les éleveurs du monde entier se sont laissé fasciner par l’allure et le caractère de ces pur-sang et, en préservant la pureté de la lignée, ils ont voulu conserver les caractéristiques uniques de la plus ancienne race de chevaux du monde.

Cette passion du pur-sang arabe s’est aussi emparée de Ruth Maurer il y a une vingtaine d’années. Ecuyère de profession, elle s’est lancée dans une carrière d’éleveuse avec la jument « Elequance », une nièce du célèbre étalon égyptien « Madkour I », et avec « Rawayesh », une fille du désert « asil ». (Ce mot arabe signifie pur, noble ou encore au long pedigree, permettant de remonter aux arabes authentiques élevés dans le désert par les Bédouins.)

Plus de 60 poulains aux arbres généalogiques nobles sont nés depuis lors au haras Dachsegg, à Wald (ZH). Ruth Maurer dresse elle-même ses chevaux. Elle a connu des succès exceptionnels avec « Rumaya », « Pharina », «Aliah-Rè» et «Amira», la fille de « Rawayesh » : toutes ont conquis des médailles d’or dans les concours.

Jusqu’en 2012, le haras Dachsegg, et ses 50 arabes pur-sang, était le plus grand de Suisse. Des étalons titrés comme « El-Sahir » et « Psykan » ont engendré des poulains qui continuent à transmettre leurs gènes dans des haras du monde entier. Ruth Maurer a bien vendu ses précieux protégés. Actuellement, son élevage compte 30 pur-sang arabes, 25 juments, 2 étalons et 7 poulains.

Les juments vaquent librement

Les juments graciles, à la beauté fascinante, vivent dans des écuries ouvertes, comme c’est souvent le cas en Arabie. Elles se déplacent librement entre les abris, la grande cour et l’immense paddock sablonneux. Huit hectares de pâturages entourent le haras Dachsegg.

Après s’être défoulées, elles vaquent de-ci de-là, tranquilles et gracieuses, dans la lumière du soir. Le regard d’une jument blanche nous hypnotise : « Returnes Bint Eternity » est une égyptienne pure race à l’arbre généalogique aristocratique. Les Préalpes glaronaises se reflètent dans ses grands yeux noirs.

Les deux jeunes étalons vivent dans une autre partie du haras. « Al-Ahab », à la robe blanche, est âgé de 4 ans. A contre-jour, on dirait l’œuvre finement ciselée d’un sculpteur.

Son corps musculeux est parfaitement proportionné, l’encolure puissante reflète un tempérament prêt à exploser à tout instant, le front proéminent se joint en courbe douce aux naseaux frémissants. Il est d’une beauté incroyable et son pedigree est de premier choix : « Son père était « Al-Lahab », le célèbre champion du monde », explique fièrement sa propriétaire.

Ruth Maurer a une vision claire des résultats que son élevage doit produire. Elle veut élever son propre type : « Mes chevaux doivent avoir de grands yeux. J’aimerais encore sélectionner une tête concave à la manière des hippocampes, la nuque fine, une encolure point trop courte, une arrière-main plus robuste, un nez fin et de gros naseaux. » Et il va de soi qu’un mouvement harmonieux est essentiel.

« Pour qu’un élevage marche, il faut avoir l’œil, de solides connaissances des lignées et, ce n’est pas un détail, beaucoup d’intuition, explique-t-elle. Mais on n’obtient pas toujours ce qu’on a prévu. » Et c’est bien l’inconnue qui constitue le grand défi de l’élevage.

Il y a quelques années, la Zurichoise a même vendu des chevaux dans leur pays d’origine, la péninsule Arabique. Depuis quelque temps, les familles régnantes ont repris la tradition de l’élevage et, pour enrichir leurs haras, elles ont racheté des pur-sang arabes dans le monde entier.

Le cheval arabe est devenu un bien culturel et les Etats de la péninsule Arabique mettent en valeur leurs précieux héritages du désert par des courses de plat et d’endurance.

Galoper dans la neige

Un des plus célèbres promoteurs de courses de pur-sang arabes est feu le cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, émir d’Abu Dhabi et fondateur des Emirats arabes unis. En février dernier, son fils, cheikh Mansour, a organisé pour la première fois une course sur neige, sur la surface gelée du lac de Saint-Moritz, dans le cadre du White Turf.

D’autres événements ont lieu en Australie, Angleterre, France, Belgique, Pologne, Suède ainsi qu’aux Pays-Bas et à Berlin. La prochaine course démarre en juillet à San Francisco. 

Tanja Benz

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