Bilan

Carole Bouquet l'épicurienne du bonheur

Yeux ravageurs, beauté froide mais fatale, gestuelle élégante. Carole Bouquet se laisse découvrir, immensément belle au fil des ans. Une icône française, en somme, bénie par Chronos. On l’imagine inaccessible, et pourtant elle est la première à aimer parler ouvertement de son amour, sous toutes ses formes. Pour le cinéma d’abord, pour la vie ensuite, et la gastronomie enfin, puisque l’actrice, vigneronne dans l’âme, a été l’ambassadrice des voyages gourmands organisés il y a peu de temps à Genève. Interview sans fard avec une personnalité hors du commun.

Actrice, femme engagée, mère, vigneronne, vous êtes une femme aux multiples facettes, parfois difficile à cerner… Qui est Carole Bouquet ?

Tout ça à la fois ! On ne peut rien m’enlever, rien n’est négociable. Mère bien sûr et pour toujours. Engagée, je le suis aussi au travers de mon association, La Voix de l’Enfant, qui prend de plus en plus d’envergure. Comédienne hier et aujourd’hui… Finalement, vigneronne, c’est mon identité plus que tout, c’est une aventure qui fait partie de moi. Je le suis devenue par amour d’une terre, car ce n’était pas un projet à la base. Il est venu après coup. Il est lié à l’amour du sud de l’Italie et de sa culture. Rien de tout ce que je suis n’est anecdotique, je ne peux donc rien laisser de côté.

Vous avez une carrière cinématographique impressionnante, quelle femme rêvez-vous d’incarner un jour à l’écran ? Vous savez, je n’ai jamais rêvé de jouer un rôle plutôt qu’un autre au cinéma, je préfère les surprises des metteurs en scène! Au cinéma, on est lié à un rôle construit par les scénaristes, non pas à un rôle historique. Au théâtre, c’est différent. Je m’attache à des personnages classiques. C’est plus facile, car on peut s’identifier à eux. Pour interpréter un rôle, vous êtes lié à une écriture, à des mots, à une mythologie.

Du coup, je reformule ma question, quel serait le rôle que vous rêveriez d’interpréter au théâtre ? Je suis ravie, car je vais l’interpréter : il s’agit de Médée, d’Euripide, avec une nouvelle traduction de Jean-Claude Carrière.

Cette année est celle d’un anniversaire, celui de James Bond. Si l’on retourne un peu en arrière, quel souvenir vous revient à l’esprit ? Honnêtement, c’est beaucoup plus sympa à regarder qu’à faire… Je dirais même que James Bond est amusant pour le metteur en scène et pour le public. Pour les acteurs, nettement moins ! De nos jours, les comédiens doivent simuler des scènes sur des fonds verts, puisque les décors sont réalisés par ordinateur. Hier, nous faisions semblant de sauter d’un hélicoptère ou d’une voiture sur des matelas, tout ça pour créer des effets spéciaux spectaculaires. Et je peux vous dire que ce n’est pas très plaisant, je trouve cela réellement plus dur à jouer que le reste ! (Silence…) C’est bien plus amusant de faire la sorcière dans Blanche-Neige et de se déguiser ! (Rires.)

Et l’évolution des James Bond girls, qu’en pensez-vous ? J’ai du mal à avoir un avis, car je ne suis pas la saga! Je vous avoue ne pas être très branchée films d’action, je trouve que c’est plutôt fait pour ces messieurs ! (Rires.) Par contre, je peux vous donner mon opinion par rapport aux images. Je les trouve de plus en plus coquines, plus dangereuses, nettement moins potiches qu’avant, et ça ça me plaît !

Du coup, si on vous le demandait, vous pourriez reprendre du service… Plus aujourd’hui, c’est trop tard !

L’amour est un thème qui revient régulièrement dans votre filmographie, pensez-vous aujourd’hui avoir percé le secret de l’amour ? (Silence.) Non… pas du tout… A vrai dire, je ne me pose même pas la question. Plus le temps passe moins on a de certitudes, plus c’est fragile. En plus, on perd l’insouciance de la jeunesse. Cela fait des siècles que l’on écrit sur ce sujet. C’est un thème inépuisable !

Est-ce plus facile d’aimer au cinéma ou dans la vie ? C’est bien évidemment beaucoup plus facile d’aimer au cinéma ! Il n’y a rien de douloureux, ni de joyeux… Ce qui est amusant, c’est de jouer. Jouer comme des enfants, c’est ça le métier de comédien, on joue à cache-cache et on s’amuse.

Vous êtes ambassadrice des voyages gourmands, qui se sont déroulés récemment à Genève. A quoi est comparable la saveur d’un bon mets ou d’un grand cru pour vous ? C’est véritablement un grand moment de bonheur et de volupté rare. C’est un moment précieux qu’il faut savoir partager, ne jamais le faire seul. On le savoure avec le chef de cuisine, ses amis, sa famille, mais pas avec n’importe qui, car il ne faut pas le galvauder !

Vous avez toujours aimé la gastronomie, c’est dans votre culture ? Non, absolument pas! Enfant, je n’étais pas très gourmande, j’ai su apprécier la cuisine à partir de mes 25 ans… Pour le vin, ce fut un choc la première fois. Je suis passée d’une boisson qui ne m’intéressait pas à un instant qui s’est offert à moi. Tout était à découvrir soudainement. Et pour la gastronomie c’est venu avec les femmes cheffes que j’ai eu la chance de rencontrer. Tout a commencé au Restaurant L’Olympe, à Paris. C’était il y a trente-cinq ans. C’est la première fois que la nourriture a changé de fonction pour moi : elle n’était plus là uniquement pour me nourrir, elle était là pour être savourée, appréciée.

La France est réputée pour ses grands chefs, mais la Suisse aussi. Avez-vous le souvenir d’une table d’exception ? Absolument. C’était au Restaurant de l’Hôtel-de-Ville de Crissier, le cuisinier était M. Girardet. J’ai passé un moment de dégustation inoubliable.

Diriez-vous qu’un bon vin, qui se bonifie avec le temps, est comparable à un homme ? (Rires) Non, je ne comparerais pas les hommes et les vins… D’ailleurs, je ne comparerais les hommes à rien d’autre qu’à des hommes! S’il fallait les mettre dans des « cases » pour qu’ils se bonifient, vous imaginez ? Le seul moyen pour un homme de se bonifier ou de se détruire, c’est de vivre. Un vin, lui, il faut le laisser se reposer. Par contre, je conseille de consommer les hommes plus vite que les vins !

Parlons cuisine. Quel est le plat pour lequel vous seriez prête à vous damner ? Sans hésitation des pâtes, des pâtes et encore des pâtes ! Je les aime toutes, c’est la base de ma nourriture!

Ah… donc pas de régime de star pour vous ? Non. Vous savez, les pâtes, ça ne fait pas grossir. Moi, j’en mange midi et soir. Tout dépend de ce que vous y rajoutez! Je trouve ce repas rassurant, joyeux, convivial et facile. Par contre, je déconseille les pâtes à la française, ça non ! En France, personne ne veut faire l’effort de les cuisiner ou ne sait pas les cuisiner comme en Italie. Je crois qu’il faut être Italien pour avoir le coup de main ou passer des heures à regarder cuisiner des Italiens ! (Rires.) Le seul endroit où j’ai été très agréablement surprise est l’établissement de Guy Martin, à Paris, dans le VIe arrondissement*, c’est l’unique lieu où j’ai pu déguster des pâtes dignes de ce nom !

Si vous pouviez remonter le temps et recommencer un choix de carrière, vers quoi se tournerait-il ? Comédienne, œnologue, autre chose ? Je ferais les mêmes choses, mais je commencerais juste plus tôt ! Des études d’œnologie, de sommelier, mais aussi de théâtre… Comédien est le plus beau métier du monde. Avant, j’avais le trac. Maintenant c’est fini. Pour moi, la scène, c’est un peu comme être dans ma cuisine, c’est chez moi!

Finalement, si vous deviez trouver des atouts communs entre la gastronomie et l’amour, quels seraient-ils ? Je ne sais pas si l’on peut trouver des liens entre les deux… Ce que j’apprécie, lorsque je découvre de grands chefs, c’est lorsqu’ils réalisent des mets simples que vous ne mangez jamais. Je n’aime pas la cuisine trop sophistiquée. Vous savez, j’adore savourer, mais j’aime aussi déguster un repas du regard. C’est un plaisir sensuel que de donner à goûter un plat à quelqu’un. Et les desserts, n’en parlons pas ! C’est un instant de pur bonheur, un moment qui me rend heureuse, car il joue sur la sensualité, la volupté. Mais aussi des endorphines… Tiens, c’est peut-être ça le lien !

Crédits photos: DUKAS/SIPA

Lucie Norari

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