Bilan

Bürgenstock Resort: le nouveau joyau du Qatar en Suisse

C’est une petite ville perchée sur la montagne avec 720 employés pour gérer trois hôtels de 383 chambres et suites, 8 restaurants, des spas, des centres médicaux, un investissement de 550 millions. Rien n’est trop cher pour le riche émirat, dont le dirigeant vient d'inaugurer le complexe du Bürgenstock Resort, près de Lucerne.

Le cheikh Nawaf Bin Jassim Bin Jabor Al-Thani a été désigné en 2003 président de Katara Hospitality.

Crédits: DR

Un thon de 192kg pour 2m de long, une boîte de caviar de 10kg, 1500 huîtres, 20kg de foie gras,... rien n’était trop beau pour la “grande ouverture” du Bürgenstock Resort en présence de 1300 invités. Parmi lesquels Sean Ferrer, fils aîné d’Audrey Hepburn, la star qui s’était mariée en 1954 avec Mel Ferrer dans la petite chapelle jouxtant le palace nidwaldien, le Dr Michel Cymes, animateur à la télévision française, le grand chef alsacien Marc Haeberlin, des CEO de multinationales suisses, banquiers, directeurs d’hôtels, clients… Sans oublier le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, un peu perdu au moment de remercier le cheikh, dont il ne retrouvait plus le nom exact dans ses papiers. Rire, c’est bon pour la santé...

Un millliard de francs

Les Qataris étant les propriétaires du volumineux complexe, tout comme le Royal Savoy à Lausanne et le Schweizerhof à Berne (NdlR: un milliard d’investissements en tout), une tente arabe a été montée avec de la nourriture orientale, notamment 17 agneaux de lait. 

Comme hôte de marque, au sens premier de «celui qui reçoit ses invités», le cheikh Nawaf Bin Jassim Bin Jabor Al-Thani est le maître de cérémonie. Il a été désigné en 2003 président de Katara Hospitality, après une carrière à la tête de Qatar Airways. Mais, en dehors de la chaîne hôtelière, le fonds souverain du Qatar accumulerait des parts de 170 hôtels dans le monde, dont le Fairmont Montreux Palace via ses investissements au Credit suisse. Une imbrication très complexe.

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Né à Doha, l’homme d’affaires qatari est un cousin du chef d’Etat. Il appartient à la dynastie des Al-Thani qui dirige le Qatar depuis 170 ans, l’un des plus petits émirats du Golfe, quatre fois plus petit que la Suisse et beaucoup moins peuplé (3 millions dont 80% d’étrangers): «Nous sommes 5’500 princes et princesses à porter le nom d’Al-Thani», explique son Excellence, un cousin du chef d’Etat, un quadragénaire diplômé en économie de l’Université du Qatar.

Katara Hospitality: 60 palaces dans dix ans?

En 15 ans, le Cheikh Nawaf n’a cessé d’enrichir la chaîne pour la hisser au rang des plus prestigieuses du monde avec 39 établissements 5-étoiles. Il a été récemment nommé au conseil d’AccorHotels, dont les fonds qataris possèdent 10% et où l’on trouve aussi Nicolas Sarkozy. Le groupe français a aussi acquis il y a peu les chaînes Fairmont, Raffles et Swissôtel. Dans sa suite de 700m2 dominant le Lac des Quatre-Cantons, comme si l’on se trouvait à bord d’un avion, le cheikh, accorde audience.

Bilan: Pourquoi avoir acheté l’ancien hôtel du Bürgenstock en Suisse centrale et pas à Zurich ou Genève?

Nawaf Bin Jassim Bin Jabor Al-Thani: Nous étudions chaque jour à Doha toutes les opportunités qui se présentent partout dans le monde et le Bürgenstock constituait une fantastique opportunité. Avec nos autres hôtels à Berne et à Lausanne, c’est largement suffisant. La France est le pays où nous avons acquis le plus d’établissements en Europe (17 en tout), toujours des 5-étoiles: le Royal-Monceau Raffles, le Buddah-Bar Hotel et le Peninsula à Paris ainsi que le Carlton à Cannes, mais la Suisse est le No 1 en nombre de chambres: 700 chambres sur 3500 en Europe.

La rénovation du Bürgenstock a été un défi, êtes-vous satisfait du résultat?

Nous respectons le rythme de travail ici : sept mois sur 12. Nous avons dû arrêter le chantier en hiver et c’est normal. C’était un énorme défi. Je vous laisse juge du résultat.

Vous êtes entré tout récemment au conseil d’AccorHôtel. La Bürgenstock Sélection va-t-elle intégrer la chaîne française?

Je représente mon gouvernement au sein d’Accor et non pas Katara Hospitality. C’est différent.

Ne serait-ce pas plus avantageux d’intégrer la 6e chaîne mondiale?

Katara Hospitality croît chaque année en terme d’acquisitions de quelque 7 à 10%. Nous possédons 39 hôtels de prestige dans le monde. En 2030, nous en aurons peut-être 60. Nous venons d’acquérir le Fairmont Plaza à New York ; il va rester au sein de Fairmont. Le mois prochain, nous devrions annoncer une nouvelle acquisition.

Le fonds souverain du Qatar possède 16% de Credit suisse. Est-ce qu’il existe un lien étroit avec Katara Hospitality?

Je préside une compagnie privée où est représenté l’Etat du Qatar par son fonds souverain. Il s’agit de deux choses différentes.

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Les relations se sont envenimées avec les Etats du Golfe, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes notamment. Quelles conséquences sur vos investissements?

Le Qatar est très peu peuplé, mais il possède le plus haut revenu par tête au monde avec plus de 100'000 dollars. Nos réserves de gaz sont très importantes, donc sans conséquences pour le train de vie du pays.

Mais vous avez perdu des alliés et des amis…

Les amis vont et viennent. Nous avons de nouveaux amis aux alentours. C’est la vie.

Et avec l’Union européenne?

Il existe des accords entre l’Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe. Le GCC existe depuis 1981, soit bien avant l’UE.

L’Arabie saoudite projette de construire un canal de plus de 50 km dans le désert pour isoler le Qatar. Votre pays va devenir une île? Cela vous inquiète?

Pas du tout, on aura de nouvelles plages, de quoi construire de magnifiques hôtels! Nous en serions très heureux!

Vous venez souvent en Suisse pour des vacances et des affaires. Allez-vous venir à Davos au World Economic Forum? L’occasion de rencontrer d’autres dirigeants?

Jusqu’à présent j’ai eu d’autres choses à faire.

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Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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