Bilan

Bulgari, la maison qui charme les serpents

Le serpent fascine depuis toujours les joailliers. Animal sacré à la réputation sulfureuse, sa polysémie a inspiré les plus belles pièces horlogères de Bulgari. Retour sur la célèbre collection Serpenti.

La montre Serpenti Misteriosi Romani rend hommage aux racines romaines de Bulgari, aux gladiateurs et à la joaillerie antique.

Crédits: Bulgari

Le serpent est le motif dans le vent dans l’univers de la joaillerie… «On ne s’en lasse jamais», affirmait autrefois Diana Vreeland. L’ex-rédactrice en chef de Vogue US aurait pu ajouter que notre fascination pour les bijoux serpentiformes remonte à des temps immémoriaux. Cet être sans mains ni pieds était en effet déjà omniprésent dans l’Antiquité, ainsi qu’en attestent les nombreux fermoirs de colliers, bagues et bracelets en or spiralé à tête de serpent retrouvés dans les royaumes hellénistiques et dans des villes comme Tarente (Italie). «Ce type de bijou est déjà créé à la fin du IVe, début du IIIe siècle av. J.-C., explique Hélène Guiraud dans Un aspect de la bijouterie romaine: les bagues serpentiformes. Cette mode s’est ensuite étendue, dans le monde gréco-romain, sur sept siècles environ.»

L’animal totem de Bulgari love ses écailles le long du cou dans ce collier Serpenti head-over-tail datant de 1969. (Bulgari)

Elle ajoute que cette persistance est indéniablement liée au sens profond du sujet représenté dont l’essentiel subsiste quelle que soit la mode. «Comme les pendentifs en forme d’œil, de lunule et autres amulettes trouvés dans les fouilles romaines, la bague serpentiforme a une valeur superstitieuse.» Elle est, d’une part, portée dans un but prophylactique (ndlr: qui prévient la maladie). Asclépios, dieu gréco-romain de la médecine, est d’ailleurs toujours représenté avec le bâton d’Esculape autour duquel s’enroule un serpent. D’autre part, le serpent symbolise, par ses mues, la régénération et le renouvellement de la vie. Sa dualité intrinsèque – il est à la fois poison et antidote – ajoute à son charme fascinant.

Plus près de notre ère, au XIXe siècle, le courant sentimental inspire également des bijoux très symboliques, qui s’ornent de mains croisées, de colombes qui signifient gages d’amour, mais aussi de serpents pour la fidélité (l’ouroboros, le serpent qui se mord la queue, est considéré comme un symbole d’éternité).

Du mouvement du serpent à celui de la montre

Serpenti Incantati offre une nouvelle vie à son symbole. Après s’être enroulé autour du poignet, le serpent se réinvente en épousant, pour la première fois, le boîtier d’une montre ronde. (Bulgari)

Aujourd’hui, le serpent séduit toujours autant les orfèvres qui jouent de sa forme ergonomique, l’enroulant sur un ou plusieurs tours. Indétrônable symbole du féminin sacré, du glamour et de l’audace joaillière, il est l’emblème de la maison romaine Bulgari depuis les années 1940. C’est en effet à cette période qu’apparaît pour la première fois la montre-bracelet Serpenti. «Les premières versions étaient en or jaune, avec la tête et la queue du serpent serties de diamants. Le mouvement était fourni par des maisons comme Jaeger-LeCoultre, Movado, Audemars Piguet ou encore Vacheron Constantin. Le design et la fabrication du bracelet ont toujours été le produit du savoir-faire de la maison, indique Lucia Boscaini, directrice du patrimoine chez Bulgari. Depuis 2011, nous fabriquons nous-mêmes tous nos mouvements. Le corps de la Serpenti est fabriqué en Italie du Nord et la tête en Suisse. Ainsi, elle bénéficie de la mention Swiss made.»

La montre achetée par Elizabeth Taylor en 1962 est un exemple célèbre des premières Serpenti. L’actrice la porte sur les photos de tournage du film Cléopâtre, tourné à Rome. Pour la petite histoire, cette montre iconique s’est vendue en 2011 chez Christie’s au prix de 974 500 dollars (contre une estimation de 12 000 à 15 000 dollars). «Mais des Serpenti portées par des anonymes ont rencontré tout autant de succès, si ce n’est plus», poursuit Lucia Boscaini. En 2014, une Serpenti Black Mamba en émail et diamants datant de 1965 s’est vendue chez Christie’s pour 1,1 million de dollars (un montant trois fois plus élevé que la valeur estimée), un record mondial pour une montre-bracelet. «Acheter une Serpenti vintage est un très bon investissement. Malheureusement, le marché est inondé de montres contrefaites. Ces imitations réussies sont vendues à des prix très raisonnables, raison pour laquelle les acheteurs doivent être prudents. Car un prix élevé est souvent un indicateur d’authenticité.»

L’art du perpétuel renouveau

Montre Serpenti Tubogas deux tours en or et platine, sertie d’émeraudes et de diamants, ayant appartenu à Elizabeth Taylor, l’actrice aux yeux violets. (Bulgari)

Au fil du temps, fidèle à l’animal qu’elle incarne, la collection Serpenti n’a cessé de se renouveler, renaissant sous forme d’interprétations contemporaines captivantes. En 2015, sur la Serpenti Head-over-Tail, la tête du serpent repose sur le bout de sa queue. Suivront, en 2016, la Serpenti Spiga (oreille), la Serpenti Five-coil Tubogas, qui tient son nom de sa forme tubulaire légère et souple, et la Serpenti Incantati, ou serpent enchanteur, avec un serpent géométrique se mordant la queue en s’enroulant autour de la lunette d’un cadran rond. En 2018, l’Incantati Tourbillon Lumière Skeleton est la première Serpenti à complication. «Cette montre-bracelet est le témoignage du très haut degré de maîtrise technique des maîtres artisans des ateliers de haute joaillerie de Bulgari», précise Lucia Boscaini.

En 2019, Bulgari présente sur l’île italienne de Capri la Serpenti Misteriosi Romani, une montre à secret en or blanc, avec bracelet entrelacé, arborant une double tête de serpent ainsi qu’un nombre impressionnant de pierres précieuses. Avec une valeur de près de 2 millions d’euros, il s’agit de la montre la plus chère jamais réalisée par la maison romaine. En 2021, la dernière-née porte le nom d’une reine: Serpenti Misteriosi Cleopatra. Alors que ses sœurs s’enroulaient autour du poignet, la Cleopatra est une montre manchette flexible avec un cadran serti de diamants.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Auparavant, Amanda Castillo a travaillé six ans en tant que greffière-juriste au Tribunal des prud’hommes. Les nombreuses audiences auxquelles elle a assisté lui ont permis de se familiariser en détail avec les problématiques du monde du travail et de l’éthique professionnelle. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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