Bilan

Brésil : l’expérience du tourisme vert

Longtemps tourné vers la mer, le village colonial de Paraty mise aujourd’hui sur un tourisme forestier, vert et durable.

  • Paraty, la ville coloniale en bord de mer, à 3 heures de route de Rio de Janeiro

    Crédits: Dr
  • Les jardins de la Pusada Literária en plein centre de Paraty

    Crédits: Selmy Yassuda

Paraty est proche du paradis. Au cœur de la Costa Verde, le long de l’Atlantique, à mi-chemin entre Rio de Janeiro et São Paulo, se niche ce petit port jadis prospère d’où partaient l’or et le café du Brésil colonial à destination du Portugal. Reflet de sa richesse passée, l’architecture de Paraty est désormais classée au Patrimoine mondial de l’humanité. Paradoxalement, c’est en sombrant dans l’oubli que Paraty a pu parvenir jusqu’à nous, tel qu’il était à la grande époque. Pendant plus d’un siècle, le village s’est refermé sur lui-même, difficilement accessible par la route et oublié des étrangers. A la fin du XXe siècle, Paraty s’est réveillé de son long sommeil grâce au tourisme. Jane Assis est, avec son mari, propriétaire d’une des célèbres adresses de Paraty, la Pousada Literária, maison d’hôte littéraire qui accueille chaque année les écrivains invités au Festival international de littérature*. « Nous avons acheté cette Pousada en 2011 à une actrice brésilienne, célèbre dans les années 1960, qui avait ouvert cette adresse pour fuir Rio et la dictature des années 1960-1970. Beaucoup d’artistes venaient s’y réfugier. Ils se sentaient plus en sécurité à Paraty. » Jane Assis, ancienne DRH de grands groupes internationaux au Brésil (dont Pernod Ricard), a rencontré son mari, financier, sur le tard. « C’est un deuxième mariage. Nos enfants étaient déjà grands quand nous avons décidé de démissionner pour lancer notre projet hôtelier. »

A Paraty, au cœur du Parc national «Serra da Bocaina» et ses nombreuses cascades. (Crédits: Dr)

En quatorze ans, les voici à la tête de six hôtels, tous développés autour d’une même vision : restaurer des lieux historiques et culturels du Brésil de petite taille (25 ou 30 chambres maximum) et promouvoir l’économie locale, loin des grandes villes. Jane et son mari savent s’entourer: la splendide rénovation de la Pousada, récompensée par de nombreux prix, est l’œuvre de l’architecte brésilien Bernard Jacobsen. « C’est une architecture très locale. Beaucoup de bois brut, certifié, aucun bois n’ayant été coupé pour cette rénovation. Notre ambition est de proposer à nos clients des endroits d’exception où ils peuvent se reconnecter à la nature, dans un cadre de développement durable», explique encore Jane Assis. C’est dans cette optique que le couple, épaulé par un investisseur brésilien Roberto Marinho, a racheté en 2014 une ferme historique à dix minutes de la Pousada Literária. « Cette ferme de 180 hectares, abandonnée depuis cent ans, a été un point central de l’économie de Paraty à l’époque du colonialisme. On y cultivait de la canne à sucre, du café, et des bananes », raconte la propriétaire.

La piscine de la Pusada Literária (Crédits: Selmy Yassuda)

Avant de la rénover, le couple avait étudié les nouveaux modèles d’agriculture durable en vogue aux Etats-Unis. « Nous avons importé le modèle éducatif de la ferme Shelburne dans le Vermont, explique Jane Assis. A Paraty, notre ferme restaure des cultures indigènes en voie de disparition et partage le savoir-faire avec le public et les locaux. » Cultiver, protéger et nourrir la nature comme elle nous nourrit. La ferme se visite à pied ou en voiturette électrique.

En tenue traditionnelle, les Indiens manifestent régulièrement dans les rues de Paraty pour défendre leurs droits. (Crédits: Dr)

On y découvre des cultures et potagers biologiques, des plantations en agroforesterie, ou encore des élevages d’animaux (poules, chèvres, vaches). Le restaurant « farm to table » permet de déguster les fromages et la production de la ferme. La beauté du lieu et des constructions nouvelles est saisissante. Comment imaginer que derrière ces barrières se cache une nature aussi sauvage et nourrissante ? 21 000 nouveaux arbres ont été plantés en trois ans, pour réparer la déforestation de la dernière exploitation de bananes. Cette ferme « pilote » équipée des dernières technologies a coûté 2 millions de dollars et est ouverte au public depuis 2017. Le projet, qui mobilise 65 salariés, n’en est qu’à ses débuts : sur la gauche, de grands rochers polis par le temps émergent d’une petite forêt de bambous.

La ville de paraty est un témoignage de l’architecture coloniale brésilienne. (Crédits: Dr)

Cet espace vert, qui garde sa fraîcheur en été, sera bientôt un centre de méditation et un spa de plein air. Un peu plus loin, une route fraîchement pavé, conduit à la cascade naturelle ou des petits-déjeuners à la ferme sont organisés.

La ferme de  180 hectares,  à 10 minutes de  la Pusada, pratique l’agriculture durable. (Crédits: Dr)

Cette cascade est le point de départ d’un trail unique dans la forêt tropicale du Brésil. Laïs Castro, agronome et coordinatrice des programmes éducatifs à la ferme, est fière d’en parler : « Cette passerelle de 2 km à travers la forêt dense est réalisée à partir de plastiques recyclés uniquement. Tout le long du chemin, le public peut observer la flore et la faune exceptionnelles. » Dans l’équipe, le talentueux ornithologue Luciano fait déjà la réputation du lieu avec ses enregistrements sonores des cris des colibris qu’il attire. Redécouvrir la forêt atlantique brésilienne est une expérience qui arrive à point nommé pour Paraty. A l’heure ou le réchauffement climatique se fait clairement sentir côté mer, le village se tourne vers sa forêt tropicale et dense, qui occupe encore 90% de son territoire.

* FLIP: Festival de littérature international de Paraty, du 10 au 14 juillet 2019.

(Crédits: Dr)
Nivez C Photoa
Catherine Nivez

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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