Bilan

Bradley Cooper : « Oser, c’est capital dans ma vie ! »

«A Star is Born» est déjà l’un des films favoris pour les Golden Globes et Oscars 2019. Henry Arnaud, envoyé spécial au Festival du film de Toronto.

Crédits: Getty

A 43 ans, Bradley Cooper a mis du temps à gravir les échelons à Hollywood. A ses débuts, il était cantonné à des rôles secondaires dans quelques épisodes de séries TV comme « Sex & the City » et « Alias ». C’est en acceptant des comédies loufoques, que beaucoup d’autres acteurs refusaient, qu’il a trouvé le succès. Ainsi, à la surprise générale, la comédie « Very Bad Trip » en 2009 est numéro 1 au box-office. Depuis il a été nominé 4 fois aux Oscars, a travaillé avec de grands réalisateurs comme Clint Eastwood.

Dans « Une étoile est née », le premier film que Bradley Cooper a lui-même réalisé, il incarne la plus grande star de la country music américaine tandis que Lady Gaga est une jeune artiste inconnue. Leurs chemins se croisent par hasard et le chanteur tombe amoureux de la talentueuse inconnue. C’est la quatrième fois qu’« Une étoile est née » est adapté au cinéma. La version 2018 a conquis le public et les critiques. A quelques semaines des nominations pour les premiers Awards 2019, Bradley Cooper a répondu aux questions de Bilan Luxe et s’est prêté à notre interview « oser ».

Est-ce que le verbe « oser » est important dans votre vocabulaire ?

Oser, c’est capital dans ma vie! Il faut avoir une dose de folie, de courage mais aussi de détermination pour se lancer dans le show-biz, quelle que soit sa voie artistique. Je ne pourrais pas vous dire le nombre de fois où je me suis dit « vas-y fonce et ose même si les autres se moquent de toi ». J’ai connu le succès avec des comédies loufoques que d’autres acteurs ont refusées parce qu’ils n’avaient pas le courage d’oser. Il ne faut pas avoir peur de se moquer de soi, de faire rire à ses dépens lorsqu’on fait des gags. A l’approche de la quarantaine, je me suis dit qu’il était temps d’oser passer à une autre étape de ma vie et c’est pour cela que j’ai voulu devenir réalisateur.

Est-il exact que Clint Eastwood devait réaliser cette version de « A Star is Born » ?

Exact. C’est Clint qui m’a fait ce cadeau et m’a parlé de ce projet. Je ne serais pas ici aujourd’hui si Monsieur Eastwood n’avait pas été trop occupé avec d’autres idées (rires).

Comment définir votre style de réalisation ?

C’est au public de le dire, pas à moi. Je suis un grand fan du réalisateur Darren Aronofsky dont j’ai adoré « Black Swan » avec Natalie Portman, « Requiem for a Dream » et « Pi ». Jennifer Lawrence et moi en avions discuté car elle est aussi passionnée par le travail de Darren et elle venait de s’engager pour tourner « Mother » avec lui. Jenn m’a donc présenté Darren et nous avons échangé lors de plusieurs discussions. J’avais même décidé d’aller à Montréal sur son tournage de « Mother » avec Jennifer Lawrence pour le voir à l’œuvre. Durant mes discussions avec les patrons de Warner, je n’arrêtais pas de dire vouloir une version noire comme « The Wrestler » de Darren Aronofsky avec Mickey Rourke. Je voulais être le plus réaliste possible dans l’approche de l’histoire et des coulisses en évitant le glamour.

Avez-vous hésité avant d’oser un remake de « A Star is Born » ?

Non, au contraire car c’est la première fois que je trouve un projet où je sentais qu’il était fait pour moi et que je pouvais investir 4 ans de ma vie en osant dire non à toutes les autres propositions. « A Star is Born » m’a permis d’associer toutes mes passions que je n’avais pas osé assouvir auparavant, c’est-à-dire de chanter et réaliser tout en étant comédien.

J’imagine qu’il fallait aussi oser se lancer dans un blockbuster de cette taille avec Lady Gaga en star ?

Beaucoup d’autres noms de chanteuses ont circulé avant que je ne rencontre Stefi (ndlr: Stefani est le vrai prénom et surnom de Gaga pour ses intimes. Beyoncé, Shakira et Jennifer Lopez avaient été citées dans la liste des prétendantes au rôle). Je l’ai entendue chanter « La vie en rose » d’Edith Piaf dans un gala de charité et je suis tombé sous son charme. Elle m’a invité à venir chez elle et nous avons tout de suite sympathisé. Stefi n’avait qu’une exigence, celle de la qualité artistique. Moi aussi ! Elle s’est laissédiriger sans jamais refuser d’essayer quelque chose de nouveau. Cela me fait plaisir quand on me parle de blockbuster car notre film a peut-être l’apparence d’une énorme production hollywoodienne mais je l’ai tourné pour un montant de 38 millions de dollars, ce qui est un tout petit budget pour un grand studio comme Warner Bros.

Pourquoi avoir tenu à dépenser le moins d’argent possible alors que votre statut de star aurait certainement permis d’avoir un budget de plus de 100 millions ?

Pour ma première mise en scène, je voulais être le plus modeste possible. Oser, c’est primordial mais je voulais assurer et ne pas me planter au box-office. Et pour cela il faut contrôler les coûts de production au plus serré. Notre production a été bouclée en 42 jours, ce qui est aussi un temps très court pour Hollywood. Je savais que je devais être rapide, agile en comptant sur mon instinct pour perdre le moins de temps possible lorsque j’ai commencé le tournage. J’ai regardé un documentaire sur le grand metteur en scène Mike Nichols. Il y expliquait sa méthode de travail, c’est-à-dire une intense préparation avant son premier jour derrière les caméras pour prévoir chaque scène en détail. Puis au moment de crier « moteur », il oubliait tout, jetait ses notes et se laissait guider par l’émotion et l’instant présent. C’est exactement ce que j’ai fait en passant des années à me préparer, puis j’ai eu la confiance en moi d’oser me laisser porter par chaque instant sur le plateau.

C’est votre première réalisation et j’imagine qu’on peut aussi dire qu’il fallait oser être à la fois devant et derrière la caméra puisque vous êtes également l’acteur principal face à Lady Gaga ?

Cela faisait partie de mes accords avec les dirigeants des studios Warner dès le départ pour obtenir le financement. Et, quand votre cœur est ouvert à toutes les expériences, il faut s’entourer d’une équipe technique qui réagit aussi de cette manière. J’ai eu la chance d’avoir ces grands pros à mes côtés. Je voulais Matty Libatique, le directeur de la photographie de la plupart des films de Darren Aronofsky. Ce gars est un génie qui sait faire des miracles. L’une des grandes séquences du film a été tournée durant le festival de Glastonbury au Royaume-Uni avec Gaga sur scène devant des dizaines de milliers de ses fans. Pour tourner ça, il n’y avait que Stefi, Matty et Steve Morrow en charge du son. Nous n’avions que 4 minutes pour réussir cette prise de vue, donc pas le droit à l’erreur. Des éclairages au cameraman en passant par la composition de la bande-son ou encore le montage, j’ai vraiment été inspiré par tous ceux qui m’ont fait confiance en tant que capitaine du bateau. Au final, c’est ça, un réalisateur !

© 2017 Warner Bros. Entertainment Inc. (Crédits: Dr)

Que dire justement de ces scènes devant un immense public ?

C’était indispensable pour donner du réalisme à mon personnage de Jackson, le chanteur star. Les organisateurs de Stagecoach, l’un des plus grands festivals de musique country d’Amérique, nous ont accordé 8 minutes pour une séquence primordiale où j’introduis Ally (ndlr: le personnage de Lady Gaga) à mon public en la poussant à venir sur scène pour un duo. Je dois mettre à l’honneur notre cameraman, Scott Sakamoto, qui a réussi à capturer l’intégralité de ces 8 minutes sur scène devant la foule en délire. La moindre erreur nous aurait coûté cher.

Avez-vous eu des moments de doute sur le plan artistique et financier ?

Absolument. Je n’oublierai jamais mon état d’esprit quelques heures avant la première mondiale du dernier Festival de Venise. Je ne m’étais jamais senti aussi vulnérable professionnellement. Je n’avais rien fait d’autre que bosser sur « A Star is Born » depuis 2015. Mon dernier job d’acteur était le 8 août 2015 pour la dernière représentation de la pièce « Elephant Man » à Londres. Beaucoup de gens du métier pensent que c’est OK d’essayer de nouvelles choses et de se planter. Mais j’aurais été profondément affecté si ce projet n’avait pas été une réussite. J’avais 39 ans en démarrant « A Star is Born » et j’ai tout donné pour que chaque élément soit le plus proche possible de la perfection : l’histoire, les personnages, la musique, la composition… Je pense avoir pris 10 ans dans la tronche en 4 ans sur ce boulot (rires).

(Crédits: Dr)

On parle de nominations aux Oscars et Golden Globes pour « A Star is Born ». A quel moment avez-vous compris que vous étiez vous-même une star ?

C’est drôle car c’est le titre du film mais je ne suis pas certain de savoir ce qui définit une star. Quand j’entends ce mot, je pense aux constellations et pas aux célébrités de Hollywood. Je pense qu’être une star aujourd’hui vous donne encore plus de responsabilité car, grâce aux réseaux sociaux, on peut utiliser sa célébrité pour faire passer des messages, aider des associations par exemple. Pour moi, tout a changé avec la sortie du premier film de la trilogie « Hangover » (ndlr: sorti dans les pays francophones sous le titre de « Very Bad Trip »). J’étais dans un aéroport et j’attendais un vol à destination de l’Europe. Keith Richards était là avec sa famille et je les ai entendus parler de mon film. La légende des Rolling Stones qui connaît mon existence ? C’était totalement surréel pour moi.

Prêt pour un Oscar ?

C’est une décision qui ne m’appartient pas !

Comme votre personnage du film, vous arrive-t-il d’espérer être moins célèbre que vous ne l’êtes ?

J’ai eu la chance de vivre plutôt discrètement depuis quatre ans et je n’expérimente la folie du star-system que lorsque je participe à un festival ou une première. Cela reste donc tout à fait facile à gérer. 

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